
Départ
... Tu me manqueras tellement. Malgré toutes ces années passées avec toi, je n'ai jamais eu le courage de te le dire et je pense qu'il faut que je le fasse maintenant... Je t'aime... Adieu.
Voilà les derniers mots que j'ai de lui. Quand je suis partie de New-York pour vivre en France avec mon père, j'ai dû tout abandonner : mes amis, ma mère, ma sœur et lui... Lui, c'est Lucas, mon meilleur ami, un blond de 1,80 m avec des yeux bleu océan et un charme fou. Sauf que voilà, c'est mon meilleur ami, celui que j'ai toujours considéré comme le frère que je n'ai jamais eu. Et voilà que quelques jours après mon arrivée chez mon père, je reçois cette lettre où il me dit qu'il m'aime.
Cela fait maintenant 4 mois que je suis sans nouvelles, j'espère chaque jour qu'il m'enverra une nouvelle lettre ou un mail. Cependant, rien n'arrive.
À part ce détail, ma vie en France me plaît vraiment. Certes, c'est difficile de s'adapter, mon dieu ce que le français est difficile à apprendre !
Ah, pardon, je ne me suis pas présentée ! Je m'appelle Rachel, j'ai 20 ans et je viens de New-York. Mes parents ont divorcé quand j'avais 5 ans, ma sœur Jane en avait 3. Ils sont restés bons amis malgré leur séparation, c'était plus facile pour nous deux. Et un jour, mon père est parti refaire sa vie en France. Oh, bien sûr, on avait des nouvelles régulièrement et la technologie nous permettait de nous voir. Mais 5 ans sans le voir, c'était beaucoup trop long, alors j'ai décidé de partir vivre avec lui. Ma mère est triste de ma décision mais elle la respecte parce qu'elle sait que c'est important pour moi.
Cette décision m'est venue assez facilement en fait... Je venais de me faire larguer par Henri, mon petit ami depuis 3 ans, et je ne me sentais pas très bien. Je discutais avec mon père pour savoir comment il allait quand d'un coup l'idée m'est venue :
« – Salut Papa.
– Salut ma belle, comment vas-tu ?
– Oh Papa (sentant les larmes monter), c'est affreux, Henri vient de me quitter...
– Hé, il ne faut pas pleurer, tu sais ça peut arriver à tout le monde, je sais que c'est difficile mais tu verras, tu t'en remettras !!
– Mais comment ? Tout ici me rappelle les moments passés avec lui, il faudrait que je change tout mon univers pour passer à autre chose...
– Oui, mais fuir n'est peut-être pas la meilleure solution parfois, ma chérie. Bon, je suis désolé, je dois y aller !
– ...
– Tu es toujours là ?
– Dis-moi papa, que dirais-tu si je te demandais de venir vivre avec toi ?
– Oh !
– Je sais, c'est un peu soudain mais...
– Oh, ça serait vraiment génial !! Tu adorerais la France en plus !
– Dans ce cas...
– On en reparle plus tard, je suis un peu pressé là. Prends quand même le temps d'y réfléchir, j'en parle à Marie ! Bisous.
– Bye papa. »
Conclusion, malgré ma belle-mère et le regard accusateur de ma mère, je prenais mes dispositions et 1 mois plus tard j'étais dans l'avion.
Ah oui, Marie, je n'y avais jamais vraiment pensé. La seule fois où je l'ai vue, c'est au mariage... Elle ne nous aime pas beaucoup, Jane et moi, mais bon, comme un océan nous séparait, ce n'était pas vraiment problématique et puis, on ne se voit jamais, même en vivant dans la même maison.
Qui est Lucas vraiment ?
Pour revenir à Lucas, je dois dire qu'il me manque énormément. On se connaît seulement depuis 4 ans mais on est rapidement devenus très proches, aussi proches que les doigts de la main. J'étais persuadée qu'entre nous il n'y avait aucune ambiguïté, mais apparemment, je me suis trompée... On s'est rencontrés le 12 juillet 2005, j'étais à Central Park avec des amies quand une bande de mecs, tous plus canons les uns que les autres, est venue nous accoster. Il était là, tout timide, au milieu des autres beaucoup moins timides qu'eux. D'ailleurs, je suis en train de penser que j'ai rencontré Henri en même temps... Non, non, pas Henri, c'est trop difficile d'y penser... D'ailleurs, ça me fait penser qu'ils ne se parlaient plus depuis qu'Henri et moi... J'aurais peut-être dû faire plus attention aux signes, enfin !
Cela étant, depuis mon arrivée en France, tout ça cogite dans ma tête et je me pose beaucoup de questions : Henri était-il vraiment le C** que les apparences montraient ? Lucas était-il l'homme de ma vie ?
Était-il trop tard ? Avais-je bien fait de venir en France ? Serais-je en sécurité ici ?
La menace des Eristas
Oui, en sécurité. En étant à New-York, la question de ma sécurité ne se posait pas, la ville disposait d'une protection naturelle contre elles. Elles... Notre pire cauchemar. J'avais découvert leur existence il y a une dizaine d'années. J'étais partie avec l'école à Washington pour visiter le musée de l'air et de l'espace. Lors d'un arrêt sur le chemin du retour, elles sont apparues... J'étais partie aux toilettes quand j'ai entendu leurs voix pour la première fois :
« – La voilà, enfin !
– Contrôle-toi Marissa, elle peut être dangereuse !
– Qui êtes-vous ?
– Te moques-tu de nous, jeune hybride ?
– Mais puisque je vous dis que je ne vois pas de quoi vous parlez !!
– Hé Rachel, on doit y aller, au fait à qui parles-tu ?
– À deux... Non à personne. »
Elles avaient disparu, deux êtres ressemblant à des jeunes femmes d'une beauté parfaite. Je dis « êtres » parce qu'elles ne sont pas humaines. Elles ne sont rien d'autre que pure noirceur, tout en elles est mauvais. Elles existent depuis la création du monde, elles ont vu les premiers êtres vivants, ont poussé les dinosaures à la disparition, les Mayas à tracer les lignes de Nazca, les Américains à Roswell, les hommes à la destruction de leur propre monde... Les filles légitimes d'Éris, déesse du Chaos.
Je fais partie d'une race hybride mise au point par une entité supérieure et destinée à les combattre. À combattre les Eristas. Nous sommes en partie humains, notre corps l'est, il nous permet de vivre parmi les humains et d'avoir des enfants afin que notre race se perpétue ; notre esprit, lui, est différent, notre cerveau nous permet de développer des capacités hors du commun. J'ai appris tout cela en rentrant de Washington. J'étais passée voir ma grand-mère et là, elle les a senties. C'est elle qui m'a tout expliqué, qui m'a aussi dit que ma mère avait toujours voulu me protéger et que c'est pour ça qu'elle n'avait jamais voulu que Jane et moi partions avec notre père en France.
Après ces révélations, j'ai dû m'éloigner quelque temps de ma mère et de ses secrets, sans sortir de New-York pour autant, comme me l'avait demandé ma mère et la sienne.
Et puis un mois plus tard, c'est arrivé. J'étais avec Lucas au cinéma quand tout d'un coup je me suis mise à penser à ma mère, l'instant d'après j'étais chez elle... Mes capacités se réveillaient suite à mon contact avec les Eristas. Bien entendu, Lucas était complètement paniqué de ma disparition. Mais je n'avais pas le droit de lui révéler mon secret, premièrement pour le protéger et surtout parce que j'avais peur qu'il me prenne pour une folle et me fasse interner !
Cette situation ne faisait qu'empirer les choses, certes en restant avec moi Lucas ne craignait rien, mais si l'on entretenait une relation, pourrais-je lui cacher mon secret ?
Juste avant mon départ, il y avait eu une sorte de réunion avec tous les hybrides de New-York. Bien entendu, tous étaient fermement contre mon départ en France, ils comprenaient mon désir de changer de vie mais ne pouvaient prendre le risque de me perdre. J'ai alors fait une chose assez embarrassante : je les ai suppliés... Le verdict est alors tombé, je pouvais partir, à condition d'emmener quelqu'un d'autre avec moi, un autre qui soit hybride bien sûr... J'ai alors pensé à ma sœur, mais eux voyaient les choses sous un autre angle.
Conclusion, je me coltine l'autre affreuse qui me suit partout comme, bah, comme personne en fait. Leur choix s'était porté sur Élodie Hart. Une hybride de 50 ans, aigrie, miteuse et très imbue de sa personne. Son rôle était de me protéger contre les Eristas le temps que j'apprenne à utiliser mes capacités et que je puisse me défendre seule. Malgré ma réticence face au personnage, je dois admettre que c'est une bonne pédagogue et que je progresse vite, mais je ressentais chez elle une tension, elle ne m'en a pas parlé.
Chagrin
« Aujourd'hui, nous étudierons les rites funéraires chez l'homme de Néandertal.
– Super, encore un cours où on va dormir !
– Tu abuses comme toujours ! Moi je trouve ça super intéressant !! »
Ça, c'est bien Jesse, toujours motivée même si le prof est soporifique à souhait !! Je vous promets, dès qu'il commence à parler, j'ai la tête qui commence à tanguer.
Ce n'est pas que je n'aime pas ce que je fais, au contraire, j'adore l'histoire !! Mais ce prof-là, c'est pas possible ! Le cours commença donc et mes pensées partirent ailleurs. Je me mis à penser au dernier entraînement avec Elodie. Encore une fois, elle ne m'a pas fait de cadeages. J'étais épuisée, j'avais du mal à voir devant moi et pourtant elle voulait que je pousse plus loin encore... L'exercice portait sur ma capacité à changer la forme de certains objets. En me concentrant sur l'objet, je devais le visualiser autrement afin de changer sa forme. Au début, c'était assez facile, mais maintenant la fatigue m'empêchait de me concentrer totalement. L'exercice se révéla être une catastrophe aujourd'hui et je sentais venir la dispute habituelle :
« Comptes-tu t'investir un jour dans ce travail ? Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi peu coopératif dans un entraînement. Il est important que tu apprennes à te défendre ! Je ne serai pas toujours là !!
– Je sais, mais tu ne me laisses jamais assez de temps pour me reposer, laisse-moi souffler quelques jours s'il te plaît !
– Il n'en est pas question !
– Tiens, le contraire m'aurait étonné ! Mais sache que je n'en peux plus ! Tiens, d'ailleurs je décide que demain je fais grève, je m'octroie une journée de total repos !
– JE... »
Mais j'étais déjà partie (merci la téléportation !).
Ma fatigue se ressentait beaucoup, dans mes études, sur mes capacités et sur mes rapports humains. À mon arrivée en France, je m'étais liée avec pas mal de personnes, du fait que je sois New-Yorkaise, pas mal de gens gravitaient autour de moi. Certains par curiosité : les Américains étaient-ils si prétentieux que ça ? Pour d'autres, j'étais la nouvelle attraction. Certes, l'amphi est grand et bien rempli, mais je suis arrivée au milieu du semestre en cours de TD et l'annonce de mon arrivée s'est répandue comme une traînée de poudre.
J'avais commencé à me lier avec plusieurs personnes, on sortait souvent. Mais Elodie a commencé à enchaîner les entraînements, poussant de plus en plus loin et de plus en plus souvent. La fatigue s'est alors fait sentir, je suis devenue facilement irritable et agressive parfois. Ils ont cherché à comprendre mon changement d'humeur, mais mon secret ne me permettait pas de leur expliquer ce qui se passait. Prenant cela pour un rejet, ils ont commencé à ne plus me parler. Seule Jesse restait avec moi maintenant, elle ne cherchait pas à connaître la cause de ma fatigue, non pas que ça ne l'intéressait pas, mais elle ne voulait pas me forcer. Malgré notre amitié, mon meilleur ami continuait de me manquer. J'en avais parlé avec quasiment tout le monde, et deux solutions revenaient : la première était de laisser tomber, ce qui était hors de question, la deuxième que ce soit moi qui fasse le premier pas. Mais celle-ci me terrifiait, qu'est-ce que je pouvais bien lui dire ? Après sa déclaration, il attendait peut-être une réponse que je ne pouvais lui donner. Cependant, je ne voulais pas le perdre en tant qu'ami, j'avais trop besoin de lui, il était comme un phare dans la nuit de mes problèmes.
« Sur ce, je vous dis à la semaine prochaine.
– Hé, tu fais quoi ce soir ?
– Je mange avec mon père et je suis crevée donc je vais me coucher tôt ! Pourquoi ?
– Pour aller en boîte, mais bon tant pis.
– Hum, tu penses rentrer tard ?
– J'en sais rien.
– Bon, je veux bien venir, à condition qu'on ne rentre pas tard et que ce soit moi qui conduise !!
– Ça marche !! Je suis chez toi à 23H !!
– Ok »
22H30, reste plus que le maquillage et je suis enfin prête. Une robe noire à paillettes, des escarpins assortis, sans vouloir me vanter je suis pas trop mal comme ça.
D'un coup, on sonne à la porte, ça m'étonne, Jesse est rarement en avance, elle est plutôt du genre à être en retard. C'est mon père qui ouvre la porte :
« – Chérie, c'est pour toi !
– Qui est-ce ?
– Moi... »
Oh mon dieu !! Me jetant à son cou :
« – Lucas !! Mais qu'est-ce que tu fais là ? Je n'avais plus de nouvelles, j'étais inquiète mais après ta... Enfin tu vois, je n'ai pas osé. (Me mettant à pleurer) Tu m'as tellement manqué.
– Hé, bah arrête de pleurer, je suis venu m'excuser pour ça ! Jamais je n'aurais dû te le balancer à la figure par lettre alors que tu venais de tout quitter pour changer d'air. Je m'en suis voulu, alors j'ai pris mon courage à deux mains, un billet d'avion et me voici !
– Je suis trop contente que tu sois là.
– Si ça te fait plaisir, alors j'ai réussi mon coup !! Je suis trop fort ! Mais dis-moi, t'es superbe, où tu vas ?
– Ah, je sortais avec une amie ce soir, mais je vais lui dire que j'annule pour qu'on passe un peu de temps ensemble.
– Non, surtout pas ! Je peux venir ?
– Bien sûr, quelle question ! »
Nouveau coup de sonnette. Je reconnus le bruit des pas de Jesse.
« – Sal... Euh bonjour.
– Hé Jesse, je te présente Lucas, mon meilleur ami !
– Enchantée, j'ai beaucoup entendu parler de toi.
– Enchanté aussi.
– Ça te dérange si Lucas vient avec nous ?
– Pas du tout !
– C'est parti alors ! »
Quelle super soirée, la musique est géniale, l'ambiance est au top et Lucas est là, juste là, à côté de moi en train de danser. J'ai une pêche d'enfer ! Tout d'un coup, Lucas se retourne et me regarde intensément. Je hausse les sourcils en signe d'interrogation, quand il me prend par le bras pour aller dans un coin tranquille.
« Il faut qu'on parle. »
Il avait cet air sérieux qui lui va si bien, mais que je n'appréciais pas sur le moment.
« – Ce que je t'ai dit dans cette lettre était réel. Je t'ai ouvert mon cœur et toi tu n'as jamais répondu !
– J'avais tellement peur de te perdre, je te considère comme mon frère, j'ai toujours été persuadée qu'il n'y avait pas d'ambiguïté entre nous, que l'on serait toujours amis.
– Mais moi, je veux plus.
– Je ne peux pas te donner plus, Lucas.
– Dans ce cas, je crois qu'on a plus rien à se dire...
– Quoi, tu as fait des milliers de kilomètres simplement pour me dire que si on ne devient pas un couple, notre amitié ne peut pas exister ! Tu es infect ? Si c'est tout ce que tu avais à dire et bien va-t'en ! Je ne veux plus jamais te voir ! »
Je retournai près de Jesse, qui, quand elle vit mon expression, se demanda quelle mouche avait bien pu me piquer. Cependant, comme à son habitude, elle ne posa pas de question. Elle savait que je lui parlerais quand je serais prête à le faire. J'étais dans une rage noire et ne fis pas d'effort pour me changer les idées. Jesse décida que vu mon humeur, il était préférable de rentrer. Dans la voiture, je ne dis pas un mot, et malgré moi, les larmes se mirent à couler le long de ma joue.
« – Tu vas me dire ce qui s'est passé ou je vais devoir attendre que tu te calmes ? Tu m'inquiètes un peu là !
– Pas envie d'en parler.
– D'accord je n'insiste pas, mais il va falloir que ça sorte et je crois que là, ça ne peut pas attendre !
– Demain tu veux bien ?
– J'ai pas vraiment le choix. »
Une fois rentrée chez moi, je m'allongeai sur mon lit en contemplant le plafond. Mon chagrin prit le dessus...
Rencontres
Je me sens si mal. Est-il possible que la douleur ne s'arrête pas ? Quand je repense à toutes ces choses horribles qu'il m'a dites, à son regard... Heureusement, mes larmes ont fini par se tarir, si je puis dire, parce que la peine est toujours là.
Ça fait maintenant deux jours que la soirée s'est déroulée, deux jours de souffrance, de pleurs et encore de souffrance. Le lendemain, Jesse est passée me voir, mais j'ai à peine réagi à sa présence, ayant juste assez d'énergie pour lui dire ce qui s'était passé. Pour dire, même Elodie a compris qu'il fallait me laisser tranquille. Elle est aussi passée le lendemain en pensant me faire la morale, mais quand elle m'a vu... On peut dire qu'elle a fui. C'est au moins ça.
J'essaie de ne plus y penser, d'oublier cette soirée, de l'oublier lui. Mais c'est impossible. Et puis, comment on avait pu en arriver là, lui qui avait toujours été là, même dans les pires situations ? Il y a 2 ans, j'ai perdu une cousine, Maria, nous étions assez proches et son décès a été une véritable déchirure. J'étais inconsolable, même Henri avait arrêté d'essayer, mais pas Lucas. Sa bonne humeur constante a fini, au fil des mois, par déteindre sur moi.
Lundi. Les cours. Je n'ai absolument pas envie d'y aller, mais il faut au moins que je suive mes cours, histoire de ne pas prendre de retard. J'arrivai en amphi et me dirigeais vers ma place habituelle, à côté de Jesse.
« – Salut, ça va mieux ?
– Pas vraiment, je ne pleure plus, c'est déjà ça.
– Je suis vraiment désolée. Je ne sais pas trop quoi te dire. Ça doit être dur.
– Hum...
– Allez courage ! C'est juste une mauvaise passe. Ça ira mieux dans quelques temps. »
Et le cours débuta. Je finissais tôt le lundi, à deux heures de l'après-midi j'étais chez moi à ruminer dans mon lit.
Le même schéma se répéta le reste de la semaine : je me levais le matin, allais en cours, puis à mes entraînements avec Elodie. De ce côté-là, c'était de pire en pire, je mettais ça sur le compte de ma tristesse. Lors de mes premières leçons, nous avons fait beaucoup de théorie. Elodie m'a expliqué que nos capacités pouvaient être influencées par nos sentiments si ceux-ci étaient forts. Vu l'état pitoyable dans lequel j'étais, je ne posais pas plus de question, elle non plus. Puis les semaines passèrent, et je n'avais toujours pas de nouvelles.
« – Mince, réveille-toi Rachel, ça fait deux mois maintenant, passe à autre chose !
Jesse m'avait pratiquement hurlé dessus.
– Tu as raison, mais c'est encore difficile...
– Je ne veux pas savoir, tu es apathique depuis trop longtemps, moi j'en ai marre de te voir te lamenter sur ton sort. C'est arrivé à d'autres personnes tu sais, alors tourne la page !
– D'accord, d'accord ! Tu as gagné. On sort ce soir ?
– Yahou !! Un billard ?
– Ça marche. On se retrouve là-bas, 22h ça te va ?
– Parfait ! »
Sur le chemin du retour, je réfléchis. Elle a peut-être raison, s'il ne donnait plus de nouvelles, c'est qu'il s'en fichait. Je me préparais tout en me persuadant qu'il fallait que je passe à autre chose. La soirée m'aida, on s'est bien amusées, on a rencontré des gens sympas avec qui on a prévu une autre soirée le week-end d'après. J'étais à ce moment-là regonflée à bloc, et cela se vit à mon entraînement du lendemain. Je devais former un bouclier autour de moi pour parer une des attaques lancées par Elodie. Les autres tentatives avaient été des échecs cuisants, certains de mes hématomes pouvaient encore en témoigner. Mais ce jour-là, je réussis à former une protection suffisamment solide pour la repousser. Une semaine plus tard, je lui rendis la monnaie de sa pièce en la repoussant violemment. Elle me lança un regard noir, mais ne broncha pas parce qu'elle savait que maintenant je maîtrisais ma défense.
Arriva le week-end et cette soirée avec les gens rencontrés la semaine dernière : Greg, Dimitri, Aurélie, Bastien et Nadège. Cinq personnes de notre âge, bien sympas. Greg et Nadège formaient un couple trop mignon et les autres étaient célibataires.
« – Salut les miss, ça va ?
– Hey Greg, super et vous ?
– Bah écoute, nous deux ça va ! Les autres devraient pas tarder mais je crois que Lili avait quelques soucis vestimentaires. »
Nous étions encore en train de rire lorsqu'ils nous rejoignirent. Bastien était plutôt mignon, je l'avais déjà remarqué la semaine dernière, mais là, dans sa chemise et son pantalon de costume, son coiffé-décoiffé très réussi, il me fit fondre. On passa la soirée à discuter, et tout vint naturellement : ma vie à NYC, sa vie à Paris, ma décision de venir vivre en France avec mon père, sa décision de partir de Paris pour vivre près de Lyon...
En partant, Bastien me proposa de me ramener, ce que j'acceptais avec joie. Sur le chemin du retour, on continua à discuter. Soudain, je me sentis mal à l'aise, mon instinct me disait d'être attentive, quand je les entendis derrière nous :
« – Je t'avais bien dit qu'elle avait quitté la ville.
– Heureusement qu'on a suivi l'autre imbécile surtout.
– Murmurant Bastien, sauve-toi...
– Ça va pas, je te laisse pas...
– S'il te plaît, ne fais pas d'histoire !!
– Oh, regarde, elle essaie de protéger l'autre.
– C'est tellement touchant.
– Ne le touchez pas ! »
Je sentais la colère monter en moi. Tout en poussant Bastien à s'enfuir, je réfléchissais à un moyen de les repousser. Mais j'avais pour le moment étudié la défense et non l'attaque avec Elodie. À ce moment-là, la peur commença à monter. Mais mon désir de protéger Bastien était plus fort, et alors il se produisit quelque chose d'incroyable : de lui-même, mon corps commença à vibrer, de plus en plus vite, et une onde d'énergie émergea de mon corps, si puissante que le souffle repoussa les Eristas. Il ne suffit pas cependant. Je me mis derrière un bouclier.
« – Tu te débrouilles pas trop mal pour une débutante.
– Elle a peut-être raison...
– Tais-toi !
– Sache que nous détenons quelqu'un qui t'est cher.
– Oui, qu'est-ce qu'il m'ennuie, il te réclame la nuit quand il rêve.
– De qui parlez-vous ?
– De ton ami Lucas.
– Lucas...
– Oui, ça a été plutôt facile, juste après votre dispute il a pris le premier avion pour NY et on a juste eu à le cueillir à l'aéroport, personne ne s'est rendu compte de rien...
– Relâchez-le, il n'a rien fait... »
Puis il y eut un grand éclair dans le ciel étoilé, et elles disparurent.
« – Rachel, mon dieu, tu vas bien ?
– Oui merci, mais que fais-tu là, Elodie ?
– J'ai senti que quelque chose n'allait pas et j'ai réussi à te localiser à temps on dirait !
– Elles ont Lucas, mon Lucas !
– Oh, là nous avons un problème...
– Je veux aller le secourir !
– J'aimerais accéder à ta requête, mais ce n'est pas aussi simple.
– Et pourquoi ça ?
– Parce qu'elles ont dû l'emmener dans l'endroit le plus sûr qu'elles connaissent.
– C'est-à-dire ?
– Chez leur mère... Mais cela fait des années que nos forces tentent de localiser l'endroit et jusqu'à aujourd'hui, c'est un échec.
– Je dois essayer.
– Nous t'aiderons. Mais nous devons retourner à NYC au plus vite afin d'établir une stratégie et de trouver l'endroit où ton ami est retenu. »