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Essais

Le vieux et sa belle

Un octogénaire découvre que sa jeune épouse est enceinte. Comment révéler la vérité avec tact ? Une fable malicieuse sur l'art de communiquer.

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Un octogénaire s'inquiète à la vue de sa femme, âgée de 18 ans seulement et enceinte à peine installée chez lui. Pour dissiper son doute, il se rend chez un docteur qui lui conte l'histoire suivante :

« Un chasseur rentré chez lui un peu tard pose son fusil de chasse près d'un parapluie aussi délabré qu'on aurait dit qu'il datait de la Première Guerre mondiale. De bon matin, le vieil homme sursaute de son lit, pressé d'être le premier à poser les yeux sur ses pièges et pourquoi pas de ramener un bon gibier noctambule qui aurait encore du mal à se faire aux lueurs aveuglantes du soleil matinal. Il emporte ainsi avec lui, dans la pénombre qui hante traditionnellement sa cabane vétuste et sans s'en apercevoir, le fameux parapluie.

Sur le terrain de chasse, il se retrouve nez à nez avec un lion affamé, le ventre ondulé sur les flancs sous l'effet des côtes qui attendent toujours d'être garnies d'une couche grasse de viande fraîche. Il "tira" donc par instinct de survie sur son parapluie qui se déploya en direction du fauve, couvrant ce faisant le vieil homme gelé jusqu'aux os par une de ces peurs bleues qui jugeait mieux de garder l'incognito. Les secondes qui suivirent le "tir" furent ponctuées d'un silence scandé de gémissements momentanés. L'homme crut un moment avoir tué l'animal. Qu'en penses-tu ? » interroge le docteur.

« Eh ! C'est évident qu'il n'a pas tué le lion. Il y avait certainement un autre chasseur dans les parages. »

La leçon de communication

Prendre la parole n'implique pas nécessairement de se faire entendre, mais mieux, de chercher à se faire comprendre. Et se faire comprendre ne signifie pas non plus présenter crûment la réalité, mais encore la décrire avec malice et clarté. C'est seulement ainsi que nous parviendrons à exprimer à la fois notre compassion et notre respect à l'égard de l'interlocuteur attentif.

Après maintes réflexions, le vieil homme comprit, inspiré par la maïeutique socratique, qu'il était temps de voir la réalité en face. Voici le mot qu'il laissa à sa belle en quittant le foyer conjugal le lendemain :

Ce qu'on dit aisément
N'est pas toujours plaisant ;
Ce qu'on dit avec peine
Est sincère et sans haine.

Celui qui a du mal
À dire le moins banal,
Celui qui dit la confiance
Et l'amitié sans méfiance ;

C'est lui qui ce matin,
Jour de la St-Valentin,
A bien voulu t'exprimer
Sa façon à lui d'aimer.

Pour que dans tes pensées
Aux vertus si sensées,
Ce portrait que tu mérites
Te console au plus vite.

Ton amitié si précieuse,
Je ne la mérite pas,
Mais la savoir si gracieuse
Demande un air sympa.

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ddnat@france-jeunes.net
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