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Essais

Le truc (à la recherche d'Adam)

Un récit brut et poétique sur l'amour destructeur, la toxicomanie et la mort. Trois voix entrelacées dévoilent une spirale de douleur et de rédemption manquée.

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Monologue intérieur : l'ivresse de la fuite

« Je hais ce pus muqueux qui coule le long de l'aiguille, qui coule jusqu'à crever ma veine et la pénétrer. Vas-y, rejoins la circulation globuleuse, vas-y, rentre dans ma tête et donne-moi l'impression que mon cœur va danser jusqu'à s'étouffer. Oh saloperie si douce, offre-moi simplement l'illusion de vivre, car c'est en frottant le poil héréditaire de la mort que l'âme est la plus belle, que l'âme se sent plus légère, car c'est quand je chiale par peur de crever que je deviens humain.

Je m'étais promis de pas recommencer à m'enivrer de ces flux de passions, mais mon cœur clignotait trop des yeux et je craignais qu'il les ferme vraiment, le con. Ne me hais pas, c'est pas la peine, je m'en occupe déjà.

Tu sais, y'a pas que toi qui cours après l'amour, moi aussi je cherche ma correspondance pour le bonheur. Et ce soir, j'ai trouvé un semblant de paix dans cette seringue. Putain merde non, je suis pas retombé. Je suis pas un de ces camés, moi c'est juste pour me permettre de prendre plaisir le temps d'une nuit sans aucun remords à mon réveil.

Je te demande même pas de me comprendre, juste de ne pas essayer de me rendre coupable tout de suite. Juge-moi si tu veux, j'en ai rien à foutre, je n'ai rien à perdre. Ouais, cette merde me bouffe le corps, mais tu sais, ma conscience avait déjà commencé depuis longtemps.

Et puis, un cadavre craint-il l'ascension vers l'enfer ? Il l'a déjà vu, il en est revenu, il n'a plus besoin d'espérer une quelconque rédemption. J'appartiens simplement à cette putain de vie. »

Alice : entre vertige et fatalité

Elle ouvrit grand les fenêtres de sa chambre et s'installa sur le rebord, jambes repliées, la tête contre le volet. Elle aimait penser dans cette position, entre la sensation de liberté et de vertige, de bien-être et de pesanteur. Elle resta comme inconsciente quelques instants, totalement envahie par ses rêves et ses doutes, tenant dans sa main un petit canif qu'elle glissait entre ses doigts.

La lame lui tailla légèrement l'index, et la douleur la fit sursauter, l'obligeant à revenir à elle, un peu abasourdie. Elle vit ensuite une perle de sang sourdre hors de la peau, couler le long du doigt, laissant derrière elle un fin filet rouge. Par réflexe, elle porta l'égratignure à sa bouche. Mais dès que le sang frôla ses lèvres, elle sentit comme une fièvre brûlante l'envahir et cracha sa colère par la fenêtre. Elle revint ensuite dans la pièce brusquement, et se mit à hurler, prise d'une furie soudaine. Plus elle s'agitait, plus les gouttes tombaient à terre. Alice alors piétinait le sang, toujours dans cette frénésie aliénée qui l'avait envahie. Puis elle se précipita vers le lavabo, tournant à toute vitesse le robinet pour noyer son angoisse au plus vite. Elle ne retrouva son calme que lorsque le sang cessa d'apparaître. Soulagée, elle prit la première chaise pour poser ce corps qu'elle répugnait à présent.

La condamnation silencieuse

Elle allait mourir. C'était sa seule pensée depuis une semaine. Elle allait crever, pourrir, puis disparaître. Tout se dégradait en elle, et ce liquide intérieur qui en temps ordinaire transportait la vie était désormais son bourreau. Et mourir la terrorisait.

Tout d'abord elle avait des tas de rêves. Et puis elle aimait les enfants, et désirait offrir la vie à un sourire et des yeux malicieux. Mais elle savait qu'en étant amoureuse de Floriant, cela n'était pas possible. Car il était tout à fait incapable de regarder un môme en face. Il devait haïr les gosses, ce mec.

Pourtant Alice l'aimait. Depuis le premier jour. Et elle l'aimait encore, si incompréhensible que cela puisse être. Elle savait que jamais il ne serait véritablement un homme. Il marchait, mangeait, pissait, baisait, mais il ne vivait pas vraiment. Il n'était jamais le même, lumière une seconde puis nuit la suivante ; incapable de montrer une moindre étincelle de chaleur et pourtant si tendre parfois... C'était un drôle de bonhomme quand même. Et elle rit à cette pensée.

L'amour destructeur

Cet amour la bouffait, elle en était consciente. Elle aurait dû l'oublier, le laisser dans son néant, et non comme elle l'avait fait y plonger. Et maintenant le compte à rebours venait de se déclencher. Floriant l'avait totalement aspirée dans une lente destruction, dans un univers où la survie se doit de coucher avec la déchéance. Elle avait baisé avec la mort, et à présent elle portait ses enfants à travers ses veines. Sa dernière pensée fut un remerciement amer pour Floriant : Si, il aura bien été père de quelque chose dans cette vie en fin de compte...

Floriant : le poids des souvenirs

Il n'avait jamais été un monstre. Sa chair transpirait, comme tous les hommes, et il était sensible aux changements de température, comme tout être. Il n'était pas non plus dépourvu de tout sentiment humain. Mais surtout, et c'est ce qui le rendait un peu moins commun, Floriant souffrait. Mais pas d'un mal passager, non, d'une douleur permanente qui lui perforait le foie, lui chopait les poumons et lui écrasait le thorax lorsqu'il ne demandait qu'à offrir son amour.

Car Floriant aimait. Le lever du soleil, le vert, les timbres colorés, Mozart, la pluie, l'ananas, la montagne, rire, sourire, son violon, ses poèmes, monter sur le toit, la danse, et Alice aussi.

Mais Floriant avait un cancer : ses souvenirs. Et ça, il ne voulait pas l'admettre. Il préférait même croire qu'il était fou plutôt que de se rappeler la source de ses maux.

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zouille
zouille @zouille
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