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Essais

Le syndrôme du Playmobil

Maudit par un Norbule, Sacha affiche un sourire permanent. Sa quête pour retrouver sa tête normale va tout changer.

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Sacha est un individu lambda.
Il n'est ni plus ni moins bien que son voisin, pas plus moche ni plus riche. Il a une femme de base avec des fonctions de base, et trois enfants normaux qui courent, crient, disent des gros mots et cassent des choses sans faire exprès.
Sacha est ce genre d'individu dont personne, à part la mère et la femme, ne peut dire quand il est heureux ou triste.

Vous en connaissez sûrement, de ces gens qui n'éclatent pas de rire, ne sautent pas de joie, ne pleurent jamais, ne lâchent rien !
On dit de Sacha que même si on lui fracturait intentionnellement la clavicule, il hausserait à peine les sourcils et se dirigerait stoïquement vers le centre de soins le plus proche.

La rencontre dans la forêt du Gâvre

Le dimanche matin, chez Sacha, c'est un rituel : toute la famille va se balader dans la forêt du Gâvre. Youpi.
Après une heure de balade, alors que Sacha se trouve accroupi entre quelques buissons pour effectuer une action de purge naturelle, il se retrouve face à face avec un être qui n'entre dans aucune classification connue.
Un être tout petit, mignon, poilu, avec un air sérieux et une chemise hawaienne.
Sacha réagit alors comme nous l'aurions tous fait, je pense :

_« Hooooooo, comme c'est mignon, viens, mon bonhomme, viens kik kik kik, n'aie pas peur....
_ Hé ho ! Ça va aller, oui ?! Ne me touchez pas ! Je ne suis pas ce que vous croyez !
_ Mais... vous êtes.. quoi ?
_ Un Norbule, de la famille des xonidés herbivores, monsieur ! Chapitre trois du livre de sciences de la vie et de la terre niveau cinquième, ça ne vous rappelle rien ?
_ Non, c'était il y a longtemps... Ho ! je peux vous montrer à mes enfants ? Ils n'en n'ont jamais vu ! Les enfants ?
_ Mais non, enfin ! Chut ! Je ne suis pas une bête de foire ! Je suis un être entier, j'ai une famille, des enfants, je travaille et je paie mes impôts ! Enfin, vous voulez que je vous montre à mes enfants, moi ?
_ Ho oui, des touts petits enfants, tout poilus, avec des p'tites chemises hawaiennes, ça doit être trop choupinou ! »

Bon, là, le Norbule en a eu marre. Ce sont des êtres pacifiques, certes, mais faut pas les chercher trop longtemps. Il a regardé Sacha dans les yeux, a pointé son petit doigt poilu et boudiné (c'était trop mignon).

_« Humain ! Vous êtes des êtres immondes et misérables, la preuve en est que vous venez chier sur notre territoire ! Vous venez de poser votre fiente sur notre jardin potager. Je vous méprise. Et quand à toi, qui te moques de ma race, je te maudis. Comment tu t'appelles ? Sacha ? Sacha ! Jusqu'à ta mort, Sacha, je te condamne à être heureux et à le montrer. Ha ben oui tu rigoles, mais tu verras, rentre chez toi, et que l'œil de la malédiction te suive où que tu ailles ! »

Sous les yeux écarquillés de Sacha, le Norbule s'évapore dans un nuage bleuâtre.
Sacha sort de son buisson, sa famille l'attend un peu plus loin. Sa femme lui fait d'ailleurs remarquer qu'elle commençait à s'inquiéter.
Tout en se rhabillant, ce qu'il n'avait pas encore eu le temps de faire, Sacha lui répond :
(sourire niais)
_« Je faisais caca. On rentre à la maison ? J'ai faim. »

Pendant tout le reste de la promenade, Sacha est, comment dire... exalté.
Tout l'intéresse, tout l'émerveille, tout n'est que beauté, luxe, calme et volupté. Les cailloux sont magnifiques, les flaques de boue merveilleuses. Les glands sont flamboyants, les feuilles mortes sentent tellement bon !
Sa femme, ravie de le voir aussi heureux, de le voir courir et jouer avec ses enfants, converser avec les papillons, commence tout de même à se poser des questions lorsque son mari s'extasie devant un champignon somme toute banal.

Tout ce petit monde rentre à la maison. Ils dînent, regardent un peu la télé, un film triste devant lequel Sacha est mort de rire du début à la fin. Sa femme est bouche bée, elle n'avait jamais remarqué le côté comique de "La liste de Schindler".

Les conséquences de la malédiction

Le lendemain, Sacha se réveille, toujours aussi exalté. Mais il a un souci : un souci de mâchoire. En effet, une douleur insupportable s'étend sur la partie inférieure de son visage. Un rictus niais est collé à sa figure et, malgré la douleur qui l'accable, il ne peut s'en défaire.
Malgré sa crainte des docteurs, Sacha est bien obligé de s'y rendre. Imaginez, ce que c'est que d'être dans une salle d'attente, où tout le monde est malade, où tout le monde préférerait être ailleurs, et de voir arriver un énergumène avec un sourire qui s'étend d'une oreille à l'autre.

Sacha est enfin appelé.
_« Bonjour, Docteur. Je ne sais pas ce qui se passe, depuis ce matin je suis comme ça, j'ai essayé de me... décoincer mais, j'y arrive pas ! »

Il évite bien évidemment de lui parler du Norbule, de peur de passer pour un fou.
_« Je ne peux quand même pas aller travailler dans cet état, je n'aurai aucune crédibilité. Je suis agent de pompes funèbres... En plus ça fait super mal ! »

Sacha sort de chez le médecin avec une ordonnance pour un décontractant musculaire et un arrêt de travail de trois jours.
Mais malgré la prise régulière de Calmicaz et de Tétrazépamol, le même rictus affligeant s'étale sur son visage. Sacha n'a plus mal, il a toujours l'air heureux, et en plus il est très décontracté. En fait, on dirait qu'il a fumé de la drogue !
En désespoir de cause, il décide d'essayer de retrouver le Norbule, afin de s'excuser et de retrouver sa tronche de dépôt de bilan à laquelle il tient énormément.

La quête du Norbule

Il marche pendant des heures et des heures à la recherche du fameux buisson près duquel il s'était soulagé.
Mais vous en conviendrez, rien ne ressemble plus à un buisson qu'un autre buisson. Et Sacha est bien forcé, à la tombée de la nuit, de rentrer chez lui, toujours affublé de son rictus.
Mais il ne laisse pas tomber pour autant. Il décide de se documenter, de tout apprendre sur les Norbules, afin de débusquer ce maudit porteur de chemise hawaïenne poilu.

Il passe désormais des heures dans les bibliothèques de la ville à lire des livres et des livres sur les korrigans, les elfes et tout le petit peuple connu. Mais point de Norbule.
Sur Internet ! Bien sûr, le pouvoir d'Internet, le merveilleux Internet ! Haaaaa !
Mais sur Internet, "Norbule" n'est que le pseudonyme d'un mec bizarre sur un tchat sado-maso...
Sacha se désespère... Il doit bien y avoir un moyen de retrouver cet endroit !

Alors un dimanche, il décide de partir avec de quoi tenir une semaine : une tente, de la nourriture, une boussole, etc... Et il ne reviendra que lorsqu'il aura retrouvé ce Norbule !
Nan mais !
Il y passe la journée dans cette forêt, s'arrêtant à chaque fois qu'il pense reconnaître telle clairière, tel arbre. Appelant le Norbule, scrutant les couleurs vives des chemises hawaïennes qui se fondent si mal dans les tons verts de la nature.

À la nuit tombée, après le départ de toutes les familles, promeneurs, ramasseurs de champignons et autres, il monte sa tente dans un endroit dégagé et se fait réchauffer sur le feu une boîte de haricots tout en fumant sa pipe.
C'est alors que dans la pénombre :
« Tu fumes la pipe, humain ? »
« Norbule ? Norbule c'est toi ? »

C'est alors que le Norbule approche, lentement, son visage éclairé par les flammes du foyer.
« Tu viens ramper à genoux devant moi, humain ? Tu en as assez d'être heureux et de le montrer ? »
« Parce que tu crois que ça me rend heureux, de me trimballer avec ce sourire stupide sur la tronche ?! Tous mes clients pensent que je me fiche d'eux ! Ma femme me prend pour un fou ! Si c'est ça être heureux, rends-moi triste ! »
« Rends-moi ceci, fais cela, mais débrouille-toi ! Pour enterrer mon jardin sous ta fiente, tu n'as eu besoin de personne ! »
« Mais t'es marrant, toi, je savais pas, j'avais pas vu ! »
« Ha bah j'avais pas vu, mais vous ne voyez rien, vous les humains ! Vous ne regardez rien, vous écrasez tout avec vos gros sabots ! Ça fait des siècles qu'on porte des chemises hawaïennes multicolores et vous ne nous avez toujours pas vus ! Vos chiens creusent la terre et détruisent nos galeries ! Vos enfants cassent nos maisons à coups de bâtons, piétinent nos récoltes ! Vous êtes des égoïstes ! »
« Mais, mais, peut-être que si vous alliez ailleurs... »
_« Ailleurs ? Nan mais je rêve ! Nous étions là bien avant vous, nous étions déjà là quand vous n'étiez que des êtres grotesques, mal dégrossis, quand vous viviez à poil en vous extasiant comme des abrutis parce que vous aviez réussi à produire une étincelle en tapant un caillou contre un autre caillou. C'était d'un ridicule !
Et maintenant il faudrait qu'on parte parce que vous êtes trop aveugles pour regarder où vous posez les pieds ? »

« Écoute, je m'excuse au nom de tous les humains, d'accord ? Rends-moi mon vrai visage et je ferai construire un parc, une réserve naturelle, rien que pour vous. Aucun humain ne viendra y poser le pied ou quoi que ce soit d'autre, d'accord ? »
« Aucun humain ? »
_« Aucun... Peut-être moi, quand je viendrai surveiller pour que.. nan nan d'accord, même pas moi. Oui, non, aucun humain. »

Le Norbule tourne le dos, rentre dans un petit trou. Il y reste quelques minutes et en ressort avec d'autres Norbules. Des dizaines de Norbules poilus et barbus, avec des chemises de toutes les couleurs. L'un d'entre eux tient un parchemin.
_« Signe ici, fils d'Ève. »

Sacha s'exécute. Les Norbules s'évaporent.
Sacha remange ses haricots et passe une nuit agitée dans sa tente.
Lorsque le lendemain matin il se réveille sur la pelouse devant chez lui, il se dit qu'il n'a pas rêvé. Et lorsque, devant le miroir de sa salle de bain, il se voit tirer une tête de trois mètres de long, il en est persuadé.

Dès ce jour, il se démène comme un forcené auprès de toutes les administrations pour faire construire une réserve naturelle Norbulienne.
Il y parvient, quitte son emploi dans les pompes funèbres et devient garde forestier.
Et puisque grâce à ses recherches il connaît le petit peuple sur le bout des doigts, il devient également conteur. Grâce à lui, les humains sont éduqués, avertis, mis en garde. Ils apprennent à faire attention où ils mettent les pieds et le reste.

THE END

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elodelu @elodelu
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