
Le juge vient de lire l'acte d'accusation et passe maintenant la parole à l'avocat de la partie civile.

"Ce n'est pas vrai ! Je vous interdis de dire ça ! Mais comment pouvez-vous penser une seule seconde que je puisse faire du mal à Benjamin ?" rugit Vanessa.
Elle s'était brusquement levée, sa crinière brune tombant désordonnément sur son visage, ruisselant de larmes.
"Voyons Madame, contenez-vous !" lui ordonna le juge, qui d'un geste intima aux gendarmes de contenir l'accusée. "Poursuivez Maître."
"Bien. Je pense que cette femme est dangereuse, pour elle-même comme pour son entourage, et c'est ce que je vais vous prouver à travers les témoins suivants : Mademoiselle De Lamarre, la sœur de l'accusée et Monsieur Calgar, son oncle."
"Maître, c'est à vous maintenant", dit le juge en se tournant vers un homme.
L'intervention de la défense

Il trouvait les failles, les plus minimes soient-elles, dans chaque accusation et savait les retourner en faveur de ses clients. Sa verve et sa détermination n'avaient d'égales que sa pertinence et son sens de la persuasion. Tout le monde était d'accord pour dire que Vanessa n'aurait pas pu choisir mieux pour assurer sa défense.
Maître Nansson s'approcha de la barre dans un silence quasi religieux.
Il réajusta sa cravate et commença à parler avec calme :
"Votre Honneur, les accusations portées contre ma cliente sont infondées. Vous avez devant vous une jeune femme qui ne comprend pas comment on peut lui attribuer de tels actes. Sa réaction précédemment en est une preuve flagrante ! Comment aurait-elle pu harceler sa sœur avec qui elle entretient depuis sa plus tendre enfance une relation basée sur la tendresse, la confiance et l'amitié ? Et surtout, comment aurait-elle pu pousser l'homme qu'elle aime par-dessus tout à se suicider ? Certes, elle a subi un choc intense à la suite de la perte de son enfant ; mais quoi qu'en dise mon confrère, Maître Mandier, elle n'a jamais perdu pied et sa thérapie prouve bien qu'elle a gardé le sens des réalités.
Les témoins qui vont suivre pourront confirmer tous mes dires : Madame Armando, la jardinière des Halliwell, Mademoiselle Starling, la psychologue de ma cliente, et Madame Beaumoulin, son ancienne nourrice.
J'appelle donc à la barre mon premier témoin, Madame Armando."
Témoignage de Madame Armando

Une femme en tenue décontractée s'avança. Elle tenait ses mains au niveau de son ventre et semblait en total désaccord avec l'impression qu'elle voulait donner d'elle-même. Elle essayait visiblement de paraître sereine, mais son visage trahissait un tout autre sentiment. Il était évident que c'était la première fois qu'elle mettait les pieds dans un tribunal. Elle s'approcha néanmoins et répondit d'une voix craintive :
"Je m'appelle Giselle Armando, j'ai 42 ans et je suis jardinière."
"Jurez-vous de dire toute la vérité, rien que la vérité ? Levez la main droite et dites 'je le jure'.", reprit le juge.
"Je le jure."
"Le témoin est à vous Maître."
"Madame Armando, vous êtes donc la personne qui a retrouvé Monsieur Halliwell. Expliquez-nous donc comment cela s'est passé."
"Eh bien voilà, j'étais en train de tailler un rosier dans le fond du jardin quand, soudain, j'ai entendu un grand cri, puis le bruit d'une chute qui me semblait parvenir de la maison. Je me suis donc précipitée et c'est là que j'ai vu Monsieur Halliwell."
"Mais n'avez-vous vu personne rôder autour de la propriété ?"
"Non, mais comme je me situais tout en bas, dans le jardin, il n'est pas impossible que quelqu'un était là et que je ne l'ai pas remarqué."
"Bien. Depuis combien de temps êtes-vous au service des Halliwell ?"
"Cela fait maintenant 5 ans et des poussières."
"Étaient-ils déjà mariés ?"
"Oui, depuis peu."
"Pensez-vous que Monsieur et Madame Halliwell étaient heureux dans leur vie de couple ?"
"Objection ! Madame Armando n'est pas habilitée pour définir cela !", intervint Maître Mandier en se levant d'un bond.
"Objection rejetée !", trancha le président. "Il me semble au contraire que, vivant avec eux presque tous les jours et ceci depuis plusieurs années, Madame Armando pourrait nous donner une idée de l'entente qui régnait entre les deux époux. Maître Nansson, veuillez poursuivre."
"Merci Votre Honneur. Alors Madame Armando ?"
"Je pense que oui, ils étaient heureux. En tout cas, ils montraient tous les signes évidents du bonheur. Et quand Mme Halliwell a annoncé à son mari qu'elle était enceinte, il était fou de joie ! Malheureusement, peu de temps après, Mme a perdu son bébé."
"Et quel fut la réaction de M. Halliwell ?"
"Comme vous pouvez vous en douter, il a été très affecté par ce drame, mais il a su se montrer fort pour réconforter sa femme."
"Y a-t-il eu des tensions dans le couple à ce moment-là ?"
"Oh non, au contraire ! Ils avaient plus que jamais besoin l'un de l'autre !"
"La conclusion que je peux donc retirer de votre témoignage est que les Halliwell étaient un couple amoureux et sans histoire. Est-ce exact ?"
"C'est tout à fait cela."
"Je vous remercie Mme. Je n'ai plus de questions Votre Honneur."
"Maître, souhaitez-vous poursuivre l'interrogatoire ?", proposa le juge Edwige.
"Oui Votre Honneur."
L'avocat se leva, s'approcha du témoin et commença sans ménagement :
"Vous êtes donc la jardinière des Halliwell depuis plus de 5 ans. Ne me faites pas croire qu'il n'y a jamais eu de disputes entre eux !"
"Mais, euh, je n'ai jamais dit cela", bégaya la pauvre Mme Armando. Le peu d'assurance qu'elle avait réussi à collecter précédemment venait de s'envoler en fumée.
Maître Mandier savait qu'elle était faible et il jouait sur ce point pour l'amener à se contredire.
"Il est vrai qu'ils ont eu quelques querelles passagères", reprit-elle, "mais quel couple n'en a pas eu ?"
"Sur quoi étaient fondées ces disputes domestiques, si j'ose m'exprimer ainsi ?"
"Mais je n'en sais rien ! Je suis jardinière, moi, pas espionne ! Je ne connais pas toute la vie privée de mes patrons !"
La faute était commise ; Nansson et Mandier le savaient, mais Mme Armando ne semblait pas s'en apercevoir.
L'avocat prit la balle au bond :
"Vous avouez donc ne pas connaître la vie privée de M. et Mme Halliwell ?"
Le témoin, emporté dans son élan, ne se rendait pas compte du piège qui, tel une toile d'araignée, se tendait devant elle, et fonça dedans tête la première :
"Eh bien oui ! Je travaille, moi, je ne suis pas toujours collée contre la porte à écouter leur conversation ! Je ne connais pas leur secret, moi, et cela me paraît normal. Vous devriez le savoir vous, en tant qu'avocat, que le respect de la vie privée d'autrui est nécessaire !" Mme Armando, fière de sa réponse, décocha à l'avocat un regard de victoire. Mais la lueur de triomphe qui brillait dans les yeux de Mandier la fit vite déchanter.
"Vous voulez donc dire que vous ignorez certaines choses de la vie de vos patrons ?", continua perfidement l'avocat.
Mme Armando se mordit la langue : elle venait de comprendre où voulait exactement en venir la partie civile.
Steeve Nansson se leva :
"Objection Votre Honneur ! Mme Armando a déjà répondu à cette question !"
"Objection rejetée ! Veuillez répondre Mme."
"Oui", murmura-t-elle.
"Alors, enchaîna Maître Mandier, comment pouvez-vous nous affirmer que les Halliwell vivaient le parfait amour ? Je n'ai rien de plus à ajouter Votre Honneur.
J'appelle à la barre mon premier témoin, M. Calgar."
Mme Armando retourna à sa place, penaude, et laissa ainsi sa place au nouveau témoin.
Contre-interrogatoire de M. Calgar
Un homme petit, chauve, au visage prématurément ridé, portant un pardessus gris usé jusqu'à la moelle, s'avança vers le juge et le devança :
"Je m'appelle Léon Calgar, j'ai 46 ans et je suis PDG."
"Jurez-vous de dire toute la vérité, rien que la vérité ? Levez la main droite et dites 'je le jure'."
"Je le jure."
"Allez-y Maître."
"M. Calgar, commença Mandier, vous êtes l'oncle de Mme Halliwell, est-ce exact ?"
"Oui, tout à fait."
"Vous la connaissez donc depuis... ?"
"Sa naissance."
"A-t-elle eu une enfance normale ?"
"Normale, oui, si l'on excepte ses changements d'humeur excessifs !"
"Comment s'exprimaient-ils ?" interrogea l'avocat.
"Vanessa devenait coléreuse, hargneuse, voire même violente. Vous savez, il m'arrive fréquemment d'avoir peur en la voyant dans cet état !"
"Sa violence était-elle physique ou verbale ?"
"Mais les deux, M. l'avocat ! Une vraie furie, je vous dis !"
"Si vous deviez définir votre nièce en quelques mots, quels seraient-ils ?"
"Hum... Je dirais instable et irraisonnée."
"Je vous remercie M. Calgar. Le témoin est à la défense."
"M. Calgar, débuta Steeve Nansson, comment sont vos relations avec votre nièce ?"
"Elles sont plutôt électriques ! Vanessa est si têtue..."
"Répondez seulement à la question M., veuillez ne pas extrapoler !"
"Excusez-moi Votre Honneur. Je disais donc : elles sont électriques."
"J'en déduis qu'il existe des tensions entre vous. Ma cliente en est-elle toujours à l'origine ?"
"À 90 % oui !"
"Et les 10 % restants ?"
"Il peut arriver, parfois, que ce soit de ma faute... Je m'emporte assez facilement, que voulez-vous, je suis fait ainsi, on ne me changera pas !"
"Si je relis votre témoignage précédent, je remarque que vous critiquez fortement votre nièce sur son côté irritable. Et vous nous annoncez maintenant que vous possédez le même trait de caractère ? Puis-je en déduire que ma cliente pourrait tenir les mêmes propos sur votre compte ? Vous me semblez pourtant tout à fait équilibré, M. Calgar..."
"Mais, je...", le témoin renonça finalement à s'expliquer et se tut.
"Ce sera tout M., je vous remercie. J'appelle à la barre Mademoiselle Starling, mon deuxième témoin."
Arrivée du témoin Clarice Starling

Le juge Edwige semblait apprécier la présence d'une aussi charmante personne dans son tribunal. Il s'était redressé de tout son haut et contemplait la nouvelle venue d'un air émoustillé. En effet, il était un excellent juge, impartial et juste, mais il avait également une solide réputation de Don Juan ! Son vrai péché mignon était les femmes. Et il est vrai que Clarice Starling était une ravissante créature. Ses cheveux blonds encadraient son visage sublime, aux yeux de biche et lèvres pulpeuses. Du côté de sa plastique non plus, il n'y avait pas grand chose à redire ! Elle avait des formes plus qu'avantageuses qui se distinguaient sans peine sous son t-shirt moulant. Ses jambes étaient longues et fines. Un bronzage parfait venait parachever le tout. En un moment, elle représentait l'idéal de la femme que se font tous les hommes.
Elle s'approcha de la barre d'une démarche lente et sensuelle et déclara :
"Je m'appelle Clarice Starling, j'ai 32 ans et je suis psychologue thérapeute."
"Jurez-vous de dire toute la vérité, rien que la vérité ? Levez la main droite et dites 'je le jure'", reprit le juge.
"Je le jure."
"Très bien Maître, vous pouvez commencer."