
« Tout a commencé lors de cette soirée de mars, quand nous nous étions tous réunis dans le pré où je me rendais sans arrêt. Cet endroit totalement banal nous attirait parce qu'il restait désert. La personne qui s'y rendait le plus souvent, c'était probablement moi. Cette grande étendue d'herbe demeurait dans le calme, et nous pouvions nous y retrouver et faire les fous toute la nuit sans qu'on nous remarque.
Nous nous amusions beaucoup. La joie était au rendez-vous ce soir-là. Nous réussissions toujours à mettre une ambiance agréable sans toucher à l'alcool ni à toutes ces drogues. Je me souviendrai toujours de ce soir où Aly avait imité notre prof de maths, un gros gars baraqué d'une cinquantaine d'années, avec de grosses lunettes noires qu'elle avait empruntées à son père. Mais arrivé vers 23 heures, Billy, qui s'ennuyait toujours un peu avec nos enfantillages, sortit quelque chose de semblable à une cigarette, mais j'avais l'intuition bizarre que ce n'en était pas une. Et j'avais raison, car peu de temps après, il avoua :
— Eh, ça vous tente de goûter un peu à ça pour réchauffer l'ambiance ?
— Mais qu'est-ce que c'est ? demanda aussitôt Audrey.
— À ton avis. Allez, prenez-en un peu, vous allez voir, on va s'éclater !
Et alors que tout le monde s'était laissé tenter sauf moi, parce que je trouvais ce comportement trop déplaisant, je commençai à partir en pleurant d'énervement : la soirée avait bien commencé, mais il avait fallu qu'il sorte cette merde de sa poche. Mais Aly est vite venue me supplier de rester parmi cette bande de shootés, et j'ai fini par accepter et par prendre un peu de cette saloperie. J'ai du mal à me souvenir de ce qui s'est passé après, vous comprenez, je n'étais plus tellement dans mon état normal. Désolée, je ne parviens plus à me rappeler.
— Ce n'est rien Flora, tu te souviendras mieux la prochaine fois, tu as déjà été très courageuse de nous raconter le début de cette soirée. Tu peux retourner dans ta chambre, je te souhaite une bonne journée.
Je répondis tout simplement merci et m'en allai dans ma chambre, d'une blancheur qui m'empêchait toujours de m'imaginer ailleurs que dans cet hôpital. Personne ne m'avait apporté de décoration, pourtant tout le monde savait que je resterais ici pour un bon moment encore. Mes parents venaient souvent me voir, trop souvent. Pour les entendre me demander dans quel état je me sentais, ce n'était pas la peine de se déplacer. Je voulais être seule, j'en avais besoin. Malheureusement, c'était rarement le cas ; quand ce n'était pas ma famille, les médecins m'entouraient. Je ne parviens pas à comprendre pourquoi je suis ici, et un médecin m'a expliqué que j'étais touchée d'amnésie, tout à fait normal après un grave accident. De plus, le fait que j'aie pris cette malheureuse drogue n'avait pas arrangé les choses. Personne ne voulait me dire ce qu'il s'était passé pour que je me retrouve bloquée ici, pourtant je sais qu'ils pourraient m'aider. Je suppose juste que c'est en lien avec cette soirée et ce que j'ai déjà raconté à ce gendarme, car ce sont les seules images qu'il me reste de mon passé. »