
Quelle date sommes-nous ? Le 3 mai 1942. Voilà bien une semaine que je suis en cavale. Une semaine également que ma famille a disparu, fauchée par les uniformes SS du troisième Reich.
Quel profond chagrin... Ce jour-là, j'étais simplement parti chercher du lait à la ferme d'en face. Soudain, des moteurs ont rugi. Une pétarade brutale m'a déchiré le cœur et, en rentrant, tout n'était plus que cendres et souvenirs. Depuis ce drame, je fuis sans répit. Pourquoi ? Pour échapper à l'orphelinat, mais surtout pour tenter de vivre pleinement ce qu'il reste de mes heures, loin de la cruauté du monde.
Je m'avance sur un long sentier poussiéreux, bordé d'une nature indifférente à ma douleur. Pourquoi ? Pour marcher, tout simplement. Le silence est bon. Parfois, il est lourd et effrayant, chargé de présages ; mais aujourd'hui, il est apaisant, presque réconfortant.
Là-bas, au loin, je remarque que quelque chose brille sous les rayons du soleil.
Je cours voir de quoi il s'agit. Pourquoi ? Pour voir, c'est tout. Je découvre une flaque d'eau, limpide et précieuse. Je bondis vers cet or liquide, le porte à mes lèvres avec espoir... mais l'eau s'infiltre trop vite entre mes doigts et je n'ai le droit qu'à quelques gorgées insuffisantes. Ce maigre réconfort a pourtant réveillé une soif terrible en moi.
C'est alors que de l'autre côté du pont, j'aperçois un puits... Une promesse de vie. Alors je me précipite vers cette source tant espérée.
Mais le pont céda. Dans un craquement effroyable, la structure fut pulvérisée par une explosion dont je ne verrai jamais la cause... Ici s'arrête ma course. Ici s'arrête ma vie. Pourquoi ? Parce que c'était le destin.
Ainsi va la vie, et ainsi vient la mort. Alors que l'on commence tout juste à goûter au bonheur, il nous file entre les doigts, insaisissable. Et un jour, la mort survient sans que l'on s'en aperçoive, brusque et définitive.
Le bonheur est comme l'eau. Il est partout autour de nous, sans que l'on y fasse attention au quotidien. Parfois même on le gaspille, alors que d'autres en ont très peu et savent l'apprécier à sa juste valeur.
Attention : un peu d'eau désaltère, mais trop d'eau noie... Pourquoi ?
Parce que.