
Cette phrase a été prononcée par un homme d'une trentaine d'années portant l'uniforme de la police. Je ne savais pas du tout ce qu'il pouvait avoir à me dire, surtout qu'à ce moment, j'étais en cours d'histoire. Tous les élèves me regardaient comme si j'étais une criminelle. Il était accompagné d'une jeune femme d'une vingtaine d'années, qui devait sortir de l'école de police.
« Euh oui. Que se passe-t-il ? » demandai-je, assez inquiète.
« Pouvons-nous sortir ? Je pense que ce serait mieux, nous avons quelques questions à vous poser », dit la jeune femme en regardant autour d'elle.
Nous avions à peine fermé la porte que le lieutenant Limitas commença à parler.
« Écoutez, nous avons une mauvaise nouvelle. Luis James est votre père, n'est-ce pas ? » demanda-t-il.
« Euh oui », acquiesçai-je.
« Votre père a été assassiné, nous avons trouvé le corps ce matin. Je suis désolé », annonça-t-il.
À ce moment-là, je sentis le sol se dérober sous mes pieds. Mes jambes ne me portaient plus. Cela ne pouvait pas être vrai ! D'ailleurs, je lui dis ce que je pensais, mais il me prouva qu'il disait la vérité en me montrant une photo de son cadavre. Alors je sentis monter en moi une colère noire, et je donnai un grand coup de poing dans la porte de la salle d'histoire. Pendant ce temps, la classe essayait d'entendre ce qu'on me disait, puis elle sursauta en entendant le bruit.
Je rentrai prendre mes affaires, quand mes jambes lâchèrent. Je me retrouvai par terre, en pleurs devant une classe ébahie. Mes yeux jouaient les chutes du Niagara. Mes amis vinrent tout de suite me voir pour savoir ce qui se passait, mais j'étais dans un autre monde et je mis quelques minutes à me rendre compte qu'ils me parlaient. Je leur dis en quelques mots que mon père avait été assassiné et leur demandai de me laisser tranquille. Je rangeai mes affaires et je commençai à partir, quand le lieutenant Limitas me dit que je devais le suivre au commissariat. Je ne pouvais pas refuser. De toute façon, même si je l'avais voulu, je n'étais pas en état de le faire.
Arrivés au commissariat, le lieutenant devint méchant et sa collègue jouait la gentille. Ça me fit un choc : fan de romans policiers, je savais que c'était les suspects que l'on traitait ainsi en général. La technique du « bon et du méchant flic » aurait pu me faire quelque chose, si j'avais su pourquoi il me suspectait.
« Excusez-moi, mais je pourrais savoir pourquoi vous me suspectez ? » demandai-je.
« Qui vous a dit que nous vous soupçonnions ? Nous cherchons simplement à comprendre ce qui s'est passé », répondit Limitas.
Quand je sortis du commissariat, j'avais la tête sans dessus dessous. Je ne savais plus du tout où j'en étais. Je n'étais plus moi-même, et sans comprendre comment, j'étais en train de descendre la côte du lycée. Arrivée en bas, je vis une dizaine de journalistes qui me mitraillaient de toutes parts. Je ne comprenais pas, jusqu'à ce que l'un d'entre eux s'approche de moi, en me demandant si la police avait du nouveau concernant l'assassinat de mon père. Et voilà que ma colère revient. Sans savoir comment, je me retrouve en train de boxer ce pauvre journaliste.