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Essais

Le destin de Laure (5 et fin)

Laure retrouve enfin Azure, celle qui la protégera toujours. Mais l'adieu d'Armaël ravive le traumatisme de la mort de sa mère dans ce final bouleversant.

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Le contact était petit. Encore plus petit que moi. Sans être obèse, il était un peu gros, potelé. À pas de loup, mes talons cliquetant sur le plancher brun, je m'approchai de lui. Je murmurai quelques mots, remuant à toute vitesse mes lèvres fardées de rouge, mais il ne sembla pas les entendre. C'est, du moins, ce que je crus jusqu'à ce qu'il pose discrètement son doigt d'enfant contre sa bouche, contre sa bouille d'enfant. Oui, c'était une bouille qu'il avait. Il ressemblait à un enfant déguisé en magicien et de son chapeau, je m'attendais à voir sortir, à tout moment, des lapins et des colombes. Il me fit signe de le suivre et je m'exécutai.

Lorsque nous fûmes si isolés que personne ne pouvait nous entendre, il prit enfin la parole. Même sa voix laissait croire qu'il n'avait pas plus de dix ou douze ans.

— Ainsi, vous la cherchez.

— Oui. J'ai besoin d'elle, vous comprenez...

— Pourquoi ?

— J'ai une ennemie. Puissante. Elle veut me tuer et vous comprenez...

— Je comprendrai si vous m'expliquez clairement.

— Je n'ai que 14 ans et mes pouvoirs ne sont pas très développés...

Cette absence de bonjour me troubla un bref instant, puis je repris contenance. Le petit homme qui, je l'appris plus tard, se nommait Mino, me questionna pendant une durée indéterminée, puisque je n'avais pas de montre assortie à ma robe, mais longue. Très longue. Il voulait savoir les moindres détails sur moi. Il avait vraiment l'air de vouloir protéger Azure. Qui était-il, pour elle ? Son ami, son amant ? Son ange gardien ? Non, elle était trop forte, trop puissante, elle n'avait pas besoin d'ange gardien. Finalement, à l'issue de la soirée, alors que mes yeux papillonnaient, il me donna rendez-vous le lendemain. Alors, il m'amènerait à elle. J'avais montré patte blanche, je lui avais prouvé que je ne lui voulais aucun mal. Je m'étais exposée, un bref instant, j'avais été vulnérable. J'avais fait apparaître une petite brebis blanche, douce et figée. Je lui avais montré mes pouvoirs. Il m'avait cru, aidé.

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Le chemin vers Azure

Armaël m'attendait à la sortie. Je respirais enfin un peu d'air pur. Fini, le calvaire mondain, fini. Quelques heures de sommeil plus tard, j'étais avec mon ange sur le lieu du rendez-vous. Il y avait des arbres. Une petite forêt même. C'était mignon comme décor. Adorable. Soudain, Mino apparut. Il avait une petite salopette, cette fois, il avait encore rajeuni. Il me vit et sourit. Puis aperçut Armaël. Quelque chose le dérangeait...

— Qui êtes-vous ?

— Armaël. Protecteur de Laure. Ange de niveau 12.

L'homme-enfant avait l'air impressionné. Moi-même, je ne m'y connaissais pas en hiérarchie angélique, mais je devinais qu'Armaël était d'un échelon assez élevé. Il n'y avait qu'à sentir la puissance qui émanait de lui...

— Vous ne pouvez pas venir.

— Pourquoi ? fit mon protecteur, glacial.

— Vous n'êtes pas attendu.

— Je connais Azure depuis dix ans. Elle a toujours pu compter sur moi. Et je resterai avec Laure. Jusqu'à ce qu'elle soit en sécurité.

Un frisson parcourut mon échine. Il me quitterait un jour ? Mais je fus distraite par le frissonnement de Mino. Il se ratatina sur lui-même, tandis qu'Armaël rangeait dans sa poche une goutte gelée. Une larme ? De qui ? D'Azure ? Un talisman peut-être ? Je ne pus poser de question car « le contact » se mit en route. Malgré sa petite taille, il marchait vite. Armaël s'élança à sa suite et je le suivis. D'instinct, je savais qu'il nous menait vers Azure.

En effet, une dizaine de minutes et maints raccourcis plus tard, une porte se dressait devant nous. Enfin, elle ne se dressait pas exactement. C'était plutôt comme l'entrée d'un tunnel, un peu en ruine, juste assez pour ne pas attirer l'attention. Ma robe, que j'avais gardée, effleura les marches de marbre usé. Et devant moi, avec une lenteur que je croyais réservée aux films, la porte s'ouvrit.

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La rencontre avec Azure

Elle était là, droite sur son trône clair. Elle. Elle qui m'hypnotisa de ses yeux bleu lagon. Elle qui portait une armure d'or sur sa robe blanche, pure. Elle dont les longs cheveux bruns encadraient un visage où se disputaient le miel et le chocolat. Elle dont la présence limpide me calma instantanément. Elle qui me protégerait, toujours et à jamais, jusqu'à ce que je puisse voler de mes propres ailes. Elle. Azure. J'esquissai une révérence, intimidée. Je sentis une main amie sur mon épaule. Armaël.

— Je pars, Laure. Tu seras bien avec elle.

— Non.

— Tu seras en sécurité.

— Non.

— Si.

Je voyais celui que j'avais tant aimé s'éloigner à pas lents. Puis il disparut dans la brume. J'étais figée. Puis je me précipitai dans les bras d'Azure et j'éclatai en sanglots. Il était parti ! Comment pourrais-je vivre sans lui ? Viens me chercher, Serpente, il est parti, ma raison de vivre avec lui ! Viens me chercher, ma mort, je t'attends encore ! Ma gorge bloquée par les sanglots, je manquai de m'étouffer. Des larmes brûlantes roulaient sur mes joues, mes yeux étaient rougis. C'est alors que je sentis une main fine dans mes cheveux. Rassurante. Une autre main amie. Azure. Je mordis mes lèvres pour me calmer. Je respirai doucement. Mais les souvenirs me revinrent en flots.

Je bavardais avec ma mère en l'aidant à éplucher des tomates. Nous plaisantions gaiement et j'éclatais de rire. Lorsque la porte s'ouvrit d'un coup. Défoncée. Celle qui hante mes cauchemars se tenait dans l'encadrement. Je voulus crier, hurler à ma mère de se mettre à l'abri, mais ma gorge était occupée par un gros nœud. Un doigt à l'ongle gris se pointa vers ma génitrice, meurtrier. Elle ne comprenait rien, ma mère. Moi je compris. Trop tard. Figée à jamais dans une expression de stupeur, la femme que je chérissais le plus gisait déjà au sol. J'eus un choc au cœur. Puis un deuxième. Matériel, celui-là. Un poignard s'enfonça dans ma poitrine comme dans du beurre. Je m'affalai, inconsciente, peut-être à jamais. Mais avant de sombrer, j'entendis Armaël arriver. Encore une fois. Pour moi. Pour que je ne meure pas. Il terrassa le monstre qui partit en ricanant. Mais lui était resté. Je fis un grand effort de volonté, contre cette douleur qui grognait en moi...

En silence, je soulevai mes paupières meurtries.

FIN

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lizewilan
lizewilan @lizewilan
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