
- Armaël... Mon sauveur...
Il me regarde en souriant. Son teint est pâle, comme s'il s'était inquiété pour moi. Ses longs doigts retiennent toujours le poignet de Serpente. Alors je ne vais pas mourir ! Cette perspective m'enchante. Jamais je n'ai autant aimé la vie.
- Serpente... Ma vieille ennemie...
C'est Armaël qui a dit ça, mais j'aurais tout aussi pu le dire. N'était-ce pas elle qui avait commencé par m'attaquer ? Un souvenir, aussi net qu'un film, s'impose à mes yeux.
Flash-back : les origines de l'affrontement
J'étais assise, ou plutôt affalée, sur un gros pouf couleur groseille. Mes lèvres remuaient, je récitais une incantation aux accents qui chantent encore à mon oreille. La poupée de toile, que ma mère m'avait offerte quand j'étais enfant, fut soudain dotée de vie propre. Elle souleva son petit chapeau rose et fit une révérence. Puis elle se mit à danser. J'étais si contente que je faillis sauter de joie. Oh, pas parce que la poupée animée m'amusait — à 13 ans, j'étais loin de ces enfantillages — plutôt parce que j'avais réussi mon premier sort. Et pas des plus simples ! Même le nuage, dans le ciel, semblait me féliciter. Même le lourd grimoire dans lequel j'avais tout appris.
Oui, tout me revient à présent. J'avais trouvé ce grimoire et j'avais appris la magie. J'avais toujours été très douée. Et puis un jour...
La première rencontre avec Serpente
J'avais été élevée par ma mère, laquelle était partie faire les courses. À quatorze ans, je pouvais bien rester seule ! J'en profitais pour m'entraîner à la magie. Ma mère, ignorant tout de cette mystérieuse pratique, son absence m'était indispensable. J'avais fait d'indéniables progrès depuis l'animation de la poupée, et j'essayais cette fois de jouer avec le feu. J'avais, par l'incantation qui réunit les runes flamboyantes, allumé une petite flamme, et j'entreprenais de la dresser. Je m'amusais, je lui avais même trouvé un nom : Fiorersa. Le nom de la première rune flamboyante.
Soudain, un courant d'air entra par la porte et l'éteignit. Si seulement le courant d'air était entré seul ! Il était accompagné de celle qui essaierait ensuite cent fois de me tuer. Oh, cent fois, j'exagère ! Disons, au moins cinq fois. Mais elle était ma vieille ennemie tout de même. Elle entra donc et je tentai de résister. Je sentais la haine en elle. Je récitais à toute vitesse une incantation qui aurait balayé n'importe quel humain, mais elle ne chancela même pas. Elle me lança un sort et ma tête cogna le sol. Je me sentais à sa merci lorsqu'une autre personne entra dans la pièce. Il lui jeta un regard furibond et elle partit, sans même combattre. Mais qui était-il ? Que se passait-il ? Soudain, je le reconnus. Il se nommait Alexander et je l'avais rencontré, un jour, au détour d'une bibliothèque. Nous avions bavardé longtemps. Nous étions presque devenus amis.
-
Alexander... Que fais-tu là ? Que se passe-t-il ?
-
Je me nomme Armaël. Je suis ton ange gardien.
La fuite de Serpente et la menace qui plane
Voilà, voilà tout le début de l'histoire, ma rencontre avec Armaël. À partir de ce moment-là, sa voix avait été un peu plus grave, un peu plus assurée. J'avais commencé, désespérément, à l'aimer. Et à présent, il avait mon ennemie — notre ennemie — à sa merci, comme elle m'avait eu si souvent à la sienne. Mais qu'allions-nous en faire ? J'avais élaboré, dans mon cerveau d'enfant, mille tortures pour elle. Mais maintenant qu'elle était là, j'avais même un certain dégoût à l'idée de la tuer. Je n'étais pas une assassine, mais si je ne la tuais pas, elle ne se priverait pas...
Pour retarder un peu la question et comme elle allait parler, Armaël l'assomma. Nous étions tranquilles pour un petit moment, mais qu'en faire ? Nous passâmes trop de temps à réfléchir. Utilisant un de ses tours de magicienne — mais les miens étaient les mêmes ! —, elle disparut. Ne laissant comme souvenir qu'un mot dans la terre de la caverne, comme gravé avec du sang :
« On se reverra »