
Nuit du 28 février 2003 vers 23h55 : la jeune fille se réveilla en sursaut. Non, non, non, elle n'irait pas. Elle ne voulait pas y aller... Elle ne voulait pas aller à cette messe le lendemain.
Non pas qu'elle ne soit pas croyante : au contraire, elle venait de retrouver sa foi, plus forte qu'elle ne l'avait jamais été. Mais LUI serait là, c'était certain. Elle ne voulait plus le voir depuis qu'il l'avait laissée tombée après quinze mois de bonheur. Surtout que la raison de cet abandon était sa religion. Et pourtant, ce pressentiment, comme un appel... elle devait y aller. Elle était appelée, mais par qui ?
Ça suffit. Il faut qu'elle se calme, après tout, ce n'était sans doute qu'un rêve. Elle se rendort vers d'autres rêves, plus joyeux.
Le matin des 18 ans
Le 1er mars 2003 au matin : elle ouvre les yeux. Cette journée est particulière, mais pourquoi ? Ah oui, c'est son anniversaire, le jour de ses 18 ans. Une onde de joie la parcourt pendant quelques secondes. Puis disparaît. C'est vrai, elle était seule, IL l'avait abandonnée.
On lui avait dit qu'avec le temps, la douleur s'atténuerait, que la souffrance disparaîtrait. MENSONGE. La peine est toujours là, omniprésente, depuis maintenant 18 jours. Pour ses amis, c'est déjà du passé ; tous ceux qui l'avaient entourée se désintéressaient d'elle maintenant qu'ils avaient prouvé leur compassion. HYPOCRISIE TOTALE.
Allons, il faut se lever. Dans la cuisine, sa mère est debout, elle a préparé du café.
— JOYEUX ANNIVERSAIRE ! lance-t-elle avec bonne humeur.
La jeune fille se força à sourire et à la remercier. Comment sa mère osait-elle lui parler de joie ? Cette journée s'annonçait décidément très mauvaise.
Le retour à l'église
Le 1er mars 2003, la journée : succession de coups de téléphone. JOYEUX ANNIVERSAIRE.
Combien de fois a-t-elle entendu aujourd'hui cette maudite phrase ? Trop de fois sans doute. N'ont-ils rien de mieux à faire que de la harceler ainsi ? Ça lui rappelle : elle doit faire quelque chose d'important aujourd'hui. Mais quoi ? Cela a un rapport avec un rêve... Ah oui, il faut qu'elle aille à cette messe.
La jeune fille demande à sa mère de l'emmener. Celle-ci ne comprend pas pourquoi sa fille veut absolument y aller, surtout que IL sera là. Mais c'est son anniversaire, elle ne peut pas refuser quelque chose à sa fille :
— Très bien, si c'est ce que tu veux, je t'y emmènerai à 6 heures. Ensuite, je reviendrai te chercher pour que l'on aille manger dans ce fameux restaurant dont tu me donneras des nouvelles.
La confrontation avec l'ex
Le 1er mars 2003 à 18h05 : cela fait déjà cinq minutes qu'elle vient d'arriver, tous l'ignorent. À une époque, ils seraient déjà tous venus lui dire bonjour. Mais depuis sa rupture, elle était devenue insignifiante pour eux.
Mais que faisait-elle là ?
— Que fais-tu là ?
C'est LUI. Son cœur palpite comme à chaque fois qu'elle le voit. Ô mon Dieu ! Il n'a pas l'air content. Vas-y, souris, soit naturel, réponds-lui.
— J'ai reçu une invitation de Thierry !
— Oui, il a invité tous ceux qui ont fait du catéchisme. Mais cela n'explique pas ta venue. Pourquoi viens-tu me harceler jusqu'ici ?
— Je ne suis pas venue pour TOI ! Mais je crois que quelqu'un t'appelle près de l'autel, tu devrais y aller.
— Je ne te crois pas, mais je n'ai pas le temps d'en discuter avec toi, je dois y aller ! Au fait, joyeux anniversaire.
Encore et toujours cette phrase. HYPOCRISIE.
L'ascension et le souvenir
Le 1er mars à 18h17 et 55 secondes : encore cinq secondes. Cinq, quatre, trois, deux, un... NAISSANCE. Voilà, cela fait exactement 18 ans qu'elle est née.
Mais que se passe-t-il ? Ses jambes la portent vers l'autel... Elle n'a plus aucune VOLONTÉ. Encore cinq marches, quatre, trois, deux, une, elle est en haut de l'autel.
Tous la regardent, abasourdis. Des cris commencent à retentir : Que fais-tu là ? Descends immédiatement ! Tu gâches la messe ! La jeune fille ne sait plus quoi faire, elle ne peut pas bouger. Que va-t-Il penser d'elle maintenant ?
Soudain, une voix retentit :
— Ma fille !!
SILENCE. Plus un bruit dans l'église, chacun se demande ce qu'il se passe. La jeune fille sait qu'elle devrait avoir peur, pourtant un sentiment profond de plénitude l'envahit. Elle se sent de nouveau elle-même, comme si elle récupérait quelque chose qu'elle avait perdu depuis longtemps. Ses vêtements se transforment en une longue tunique blanche.
— Ma fille, souviens-toi !
Et elle se souvient. Bien avant sa naissance : elle est dans un lieu paradisiaque. On vient la chercher... Son père veut lui parler :
— Ma fille, les hommes me fatiguent avec leurs bons sentiments et leur méchanceté omniprésente, mais il est de mon devoir de leur donner une dernière chance. C'est ce que je fais à chaque fois : il y a eu Moïse, Noé et bien sûr mon fils bien-aimé Jésus. Alors je t'envoie sur terre pour une période de 18 ans afin que tu juges si les hommes méritent encore d'exister. Mais cette fois, je vais t'enlever tout souvenir de cette conversation pour que tu puisses juger en toute équité.
Voilà, ces 18 ans de vie d'adolescente banale avec tous ses inconvénients sont terminés. Maintenant, elle doit rendre son verdict. Les hommes méritent-ils ou non de continuer à vivre ?
— Ma fille, ton jugement !
Tous maintenant sont suspendus à ses lèvres. Que va-t-elle répondre ?
Elle se souvient :
Un an : SÉPARATION. Ses parents se séparent et s'en vont chacun de leur côté. DÉCHIREMENT entre les deux.
Six ans : son père part à l'autre bout du pays pour des raisons certes très bonnes mais incompréhensibles pour elle.
Les années se succèdent, chacune apportant son lot de malheur comme l'acné, l'incompréhension de la part des autres et tous les autres petits malheurs d'une vie d'adolescente.
Arrive l'année de ses 16 ans, elle LE rencontre. JOIE, AMOUR, BONHEUR. TOUTE la misère du monde est oubliée, elle ne prête plus attention aux malheurs qui pourtant l'assaillent.
10 février 2003 : SÉPARATION, DOULEURS, SOUFFRANCES.
À cela s'ajoutent toutes les fois où elle s'est demandé la raison de vivre de ce monde. DÉGOÛT. Et tous les secrets inavouables des gens qui l'entourent. Les faux chrétiens qui se complaisent dans leur pseudo-compassion. Jamais elle n'a rencontré un seul être humain qui n'agisse pas pour son propre intérêt, même si parfois ce dernier est juste le plaisir de paraître bon. ORGUEIL, VANITÉ.
Toute joie est accompagnée d'ÉGOÏSME. En effet, comment peut-on être joyeux quand le monde va si mal ? Sa décision est prise. Il serait inhumain de continuer ainsi.
Le verdict final
Les Hommes méritent-ils de continuer d'exister ?
Tous attendent sa réponse dans la crainte et l'espoir. Alors elle répondit enfin à cette question : NON.
Épilogue
Le 1er mars 2003 vers 18h01 : Néant.
FIN.
Je tiens à signaler à ceux qui ont lu cette histoire que si je me retrouvais dans cette situation, je ne choisirais certainement pas la fin du monde. Mais l'histoire demandait à finir ainsi.