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Essais

Le coût d'une vie (suite et fin)

David apprend la vérité : le boîtier promet 20 000€ contre la mort d'un inconnu. Déchiré, il finit par céder… et découvre avec horreur que sa femme Caroline est la victime.

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Ce soir-là, quand la femme et l'ami de David rentrèrent après un long câlin à l'arrière de la voiture, dans un parking désert, ils trouvèrent un petit mot sur la table de la cuisine :

« Ne m'attendez pas pour manger, je suis allé au bureau récupérer un dossier. Je ne sais pas quand je rentre. »

Sans plus s'étonner, les deux jeunes gens se réjouirent du temps supplémentaire qui leur était imparti.

David, quant à lui, ne s'expliquait pas pourquoi il avait menti. Tout en marchant dans la rue sombre vers le café, col remonté jusqu'au menton et mains dans les poches, il se demandait pourquoi il ne leur avait pas dit la vérité. Peut-être pour avoir le plaisir de leur annoncer lui-même la nouvelle. C'est vrai : depuis que Jonathan était là, une grande complicité s'était installée, plus forte qu'auparavant, entre sa femme et son meilleur ami. David sentait qu'il n'était plus la vedette. C'était donc un moyen comme un autre de reprendre un peu d'importance.

La rencontre avec le propriétaire du boîtier

Au fond du café, sous des nuées de fumée de cigares et de cigarettes sur lesquelles les habitués tiraient avec abondance, se tenait le propriétaire. Il buvait une bière.

David reconnut immédiatement la silhouette de cet homme à la cinquantaine bien marquée, le dos voûté et les épaules basses. Il semblait porter sur lui toute la misère du monde. David marcha vers lui d'un pas assuré et, lui tendant une main amicale, le salua :

— Bonsoir, monsieur Mélanne.

Mais au grand étonnement de David, l'homme ne lui serra même pas la main. Il prit une gorgée de bière et souffla un « bonsoir » assez lugubre.

David s'assit en face de lui et attendit que le vieil homme lui parle.

— Je savais bien que ça finirait par arriver, que quelqu'un le trouverait.

David ne l'interrompit pas, car il sentait que ce que cet homme avait à lui raconter était assez éprouvant, et surtout très intéressant. Alors, comme un enfant à qui l'on raconte une histoire passionnante, il écarquilla les yeux et écouta attentivement.

Le secret du boîtier révélé

— C'est un boîtier, effectivement, que votre dame a trouvé… Un foutu boîtier… Écoutez, dit-il plus fort, relevant pour la première fois le visage vers David et le regardant dans les yeux. Je vais vous dire quelque chose que vous aurez sûrement du mal à croire, mais c'est vrai. Quoique vous puissiez penser, je ne suis pas fou.

Il n'en fallait pas plus pour exciter la curiosité naturelle de David, qui se pencha légèrement sur la table poisseuse afin de ne pas perdre une miette du récit.

— Vous avez remarqué le bouton, sur le devant du boîtier…

David ne répondit pas, ce n'était pas une question.

— Écoutez bien. Si vous appuyez sur ce bouton, une personne va mourir.

— Quoi ?! cria presque le jeune homme. Mais qu'est-ce que…

— Laissez-moi finir ! l'interrompit le vieil homme. Laissez-moi finir jusqu'au bout, s'il vous plaît. Si vous appuyez, vous dis-je, quelqu'un, quelque part, va mourir. Une personne que vous ne connaissez pas. Et 24 heures plus tard, vous recevrez 20 000 euros.

David était à présent tout à fait atterré par ce qu'il entendait, et s'il ne posait aucune question, ce n'est pas parce qu'il n'en avait pas, mais parce qu'il en était tout à fait incapable.

— Vous pourrez appuyer autant de fois que vous le désirerez. Personne ne vous demandera jamais d'où vient l'argent.

Le vieil homme avait fini. Il reprit une gorgée de bière, puis attendit les multiples questions qui allaient certainement fuser.

Le dilemme moral de David

Des questions, David en avait à la pelle, mais ne savait pas dans quel ordre les poser. Elles fusaient dans son esprit à une vitesse vertigineuse, et des milliers de fourmis parcouraient son corps tout entier.

— 20 000 euros, souffla-t-il. Mais… d'où ? Comment ?

David s'accorda quelques secondes, le temps de faire le tri dans les idées qui le traversaient.

— La personne qui… mourra, vous êtes sûr que je ne la connaisse pas ? Je veux dire, ce ne sera pas un parent, un proche, un collègue ?

Monsieur Mélanne reprit encore une gorgée, puis posa son verre délicatement.

— Vous appuyez, vous recevrez cet argent.

David regardait intensément le vieil homme, mais ce n'est pas lui qu'il voyait. Ce qu'il pouvait voir, presque le sentir, c'était des liasses de billets, ainsi que ce qu'il pourrait en faire.

Cette nuit-là, ce fut au tour de David de ne pas trouver le sommeil. C'était lui qui se retournait dans son lit, sous les protestations de Caroline.

20 000 euros…

Il s'était gardé de tout dire aux autres. Ils ne lui avaient pas demandé pourquoi il revenait les mains vides, alors qu'il était censé aller chercher un dossier au bureau, comme l'indiquait le mot qu'il leur avait laissé. Oui, il était revenu les mains vides, mais la tête pleine.

Une semaine de torture

Pendant toute la semaine qui suivit, la dernière que Jonathan devait passer parmi eux, David n'eut qu'une chose en tête, une question : le faire, ou non ?

C'était une somme considérable, certes, mais méritait-elle une vie ? Et cette vie, celle de quelqu'un que David ne connaissait même pas, ne valait-elle pas tout cet argent ?

David était torturé, jour et nuit, minute après minute. Il ne parvenait pas à penser à autre chose, perdit le sommeil et l'appétit. Les amoureux, de leur côté, ne s'aperçurent de rien, ayant oublié le boîtier depuis longtemps et s'adonnant à leur amour tant qu'ils le pouvaient.

Le choix fatal

Le jeudi suivant, une semaine exactement après la rencontre avec le propriétaire, David avait pris sa décision.

Le soleil radieux avait poussé Caroline et Jonathan dans le centre-ville, où ils devaient à cette heure siroter une boisson fraîche à la terrasse d'un café, David n'ayant pas tenu à venir.

Le soir tombait, et l'on pouvait voir, par la baie vitrée, le soleil se coucher derrière les buildings de la ville. David, assis en tailleur sur le parquet, regardait le boîtier. Il fallait faire vite, se décider vraiment. Ils n'allaient pas tarder à rentrer, une demi-heure, pas plus.

Alors David ferma les yeux comme on s'en lave les mains, et d'un doigt tremblant, appuya sur le bouton rouge.

Il resta ensuite de longues minutes assis sur le carrelage, méditant.

La terrible révélation

Une sonnerie stridente le tira de sa torpeur. Le téléphone.

David se leva lentement et se dirigea vers l'appareil. Il décrocha.

— Allô ?
— Allô ? David ? David, mon vieux, c'est affreux, oh mon dieu, David…

C'était la voix de Jonathan, sans dessus dessous, effondré.

— Quoi ? Quoi ?! Mais parle, nom de Dieu !
— C'est Caroline, David. On était en train d'attendre le métro, il y a eu une bousculade et, elle est tombée, oh mon dieu…
— Quoi ? hurlait David, tombée où ?! Quoi ?
— Elle est tombée sur les rails, et le métro est… Oh mon Dieu ! Elle est morte, David…

David lâcha le téléphone et tomba à terre.

Ce n'était pas une coïncidence, il l'avait tuée. En appuyant, il en était sûr, c'était de sa faute.

Mais ? Ne lui avait-il pas dit que celui ou celle qui mourrait, il ne la connaîtrait pas ?

Accablé comme on peut l'être à sa place, David pleura pendant des heures, la tête dans les mains, agenouillé par terre. Jonathan rentra, et ils pleurèrent ensemble, jusqu'au matin.

L'assurance vie et le dernier coup de fil

Le téléphone sonna encore, lorsque David, effondré sur le canapé du salon, avait sombré dans le sommeil chimique d'un somnifère. Il était 18h30, cela faisait exactement 24 heures que David avait appuyé sur ce fichu bouton rouge.

Il fit un effort surhumain pour se lever et décrocher.

— Allô ? réussit-il à articuler.
— Allô monsieur Lebreton ? David Lebreton ?
— Moi-même…
— Je suis désolé de vous appeler en de pareilles circonstances, monsieur. Je me présente : Maître Dastier, je suis le notaire de votre femme, Madame Caroline Lebreton.
— Oui ?
— Elle avait souscrit une assurance vie, comme vous le savez, et comme il s'agit tout de même d'une somme de 20 000 euros, dont vous héritez, j'ai pensé que nous devrions nous fixer rendez-vous dans les plus brefs délais.

David raccrocha. Cette fois, il en était sûr, l'homme lui avait menti. David avait tué sa femme. La somme d'argent qui l'avait tant fait hésiter lui paraissait à présent tout à fait dérisoire.

Alors qu'il allait prendre un deuxième somnifère et retourner se coucher, comme l'avait fait Jonathan, le téléphone sonna encore. Pensant qu'il s'agissait encore du notaire, David n'y prit pas garde, mais le téléphone sonna, encore et encore, et, énervé, David consentit alors à décrocher.

— Oui, allô ?
— C'est moi, David, c'est Mélanne.

David reprit alors tous ses esprits.

— Espèce de salaud ! Menteur ! À cause de vous ma femme est morte, pourquoi vous ne…
— Je vous arrête ! coupa Mélanne d'une voix autoritaire. Ce n'est pas moi qui ai appuyé sur le bouton, il me semble…
— Mais, reprit David, vous m'aviez dit que je ne connaîtrais pas la personne qui allait mourir, et c'était ma femme !

Alors Mélanne, calmement, lui répondit la chose suivante :

— Mais êtes-vous bien sûr, David, que vous la connaissiez vraiment ?

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elodelu
elodelu @elodelu
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