
Il prit à droite, puis à gauche. S'arrêta devant un bar. Tourna la tête, réfléchit, avança de deux pas, puis finalement retourna sur ses pas et rentra dans le bar. Juste un verre. Toutes les tables étaient prises, il s'assit alors au comptoir, commanda une boisson. Puis se prit la tête entre les deux mains. Il était épuisé. La barmaid posa un verre devant lui, et se mit à parler :
— Mauvaise soirée ?
— Vous ne pouvez pas savoir à quel point !
— Dites-moi ce qui vous tracasse, et je vous raconterai pire.
Il le lui dit.
— Vous avez de la chance que ça soit juste ça.
— Je sais.
— Combien de fois ?
— 256 fois.
— Et vous ne vous êtes aperçu de rien ?
— N'en rajoutez pas.
— Je suis désolée.
Il tourna la tête vers la droite, puis vers la gauche, et fixa la jeune fille dans les yeux.
— Elle vient de passer la porte.
— Comment elle sait que vous êtes là ?
— Je n'en sais rien, mais je n'attendrai pas qu'elle vienne me l'expliquer.
Il se leva, fit deux pas... Trop tard. Elle avait posé sa main sur son épaule.
— Que veux-tu ?
— T'expliquer. Ce n'est pas de ma faute.
— Je ne veux pas t'entendre. Tu aurais dû me le dire.
— J'ai essayé, mais on m'en a empêché.
— Qui ça, le bon Dieu peut-être ? Non je sais, Satan c'est bien son genre. Il a fait ça à ma cousine.
— Ne dis pas n'importe quoi, Satan n'intervient que quand on a fait un crime.
— C'était du sarcasme.
— Écoute, je sais que tu es en colère, mais toi aussi tu l'as été 103 fois, alors tu sais ce que c'est.
— Moi au moins je te l'ai dit.
— Mais tu t'attendais à quoi ? Que je ne le sois jamais ?
— Non, mais au moins tu me le dis. D'accord, comment tu veux que je te le dise : « Chéri, on m'a tué 256 fois, tu veux du lait avec tes céréales ? »