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Essais

La vie d'une sourde au quotidien

Du silence absolu aux appareils auditifs : immersion dans le quotidien d'une femme sourde, ses défis et la réalité de l'illettrisme.

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Le matin, elle se réveille. Sa première préoccupation, comme tous les matins, c'est de mettre son appareil auditif à l'oreille droite et l'implant cochléaire (la partie externe) à l'oreille gauche. Une fois ces appareils en marche, tilt, son cerveau se réveille pour de bon. Le monde bruyant jaillit du silence absolu. Elle s'habille : froissement de vêtements. Elle se lave : bruit de l'eau qui coule, de la brosse à dents qui fait chrrrchrrchrr sur ses dents...

Elle salue sa chatte, cette dernière lui répond. Elle l'entend, tout comme son ronronnement. C'est toujours grâce aux appareils qu'elle entend tout dans sa vie. Si elle les enlève, plof, son cerveau entre dans le monde mou, plat, un monde de sommeil. Ses yeux ont beau rester ouverts, son corps a beau bouger, s'agiter : le monde reste désespérément étrange. Comme si l'univers était tout moelleux, ouatiné. À deux pas de la mort. Imaginez ce monde : les gens qui te parlent, et tu n'entends pas une moindre voix, ni souffle. Le vent qui souffle fort dans les arbres, et pas un moindre bruit. Idem pour le chat qui ouvre sa gueule pour miauler, le fracas de vaisselle dans l'évier, le vacarme des voitures... Silence absolu, avec un grand A. Même sa propre voix, rien.

C'est pour cela que, comme tous les sourds, elle a été un enfant très bruyante. Comme beaucoup de sourds, quand elle n'a pas ses appareils, elle émet sans s'en rendre compte de doux grognements. Comme la majorité des sourds, elle n'est pas muette. Le préjugé qui veut que les sourds soient muets est complètement caduc.

Comment les sourds communiquent-ils au quotidien ?

Quand elle parle avec ses proches, les entendants, elle lit sur leurs lèvres. Elle répond oralement, bien sûr, même si elle connaît la langue des signes.

À la télé, elle regarde des sous-titres. Autrement, la télé sans sous-titrage, elle déteste. Elle râle des fois si le sous-titrage ne marche pas en disant par exemple : « On s'en fout de nous, les sourds, merde ! Nous aussi, on veut comprendre ! » Elle n'écoute jamais la radio. C'est vrai, elle entend avec les appareils la voix à la radio. Mais elle ne comprend pas. Trop de gens confondent le verbe « entendre » avec le verbe « comprendre ». Pourtant, comprendre, c'est avoir la capacité d'analyser tout ce que l'on entend. Pour comprendre, il faut absolument qu'elle lise sur les lèvres. Au téléphone, elle ne peut pas. Son proche peut servir d'interprète pour elle : son ami téléphone à sa mère par exemple, pour elle.

Scolarité et surdité : un parcours semé d'embûches

Dans les études, si en maternelle, primaire et même collège et lycée, il existe des classes adaptées aux sourds, ces sourds s'intègrent parfaitement bien dans une école normale. Mais grave défaut : à partir du bac, ploc, rien. Des aides dans les études supérieures existent, mais sont toujours très insuffisantes.

Revenons à cette femme sourde : elle a eu son bac, elle a essayé l'IUT. Plouf, dégringolade, échec absolu. Abandon d'études obligé. Mince, elle qui aimait beaucoup la biologie, elle qui rêvait de faire un métier qui lui plaît. Elle se retrouve secrétaire, métier qu'elle était obligée de faire.

Origines génétiques de la surdité

Sa surdité est probablement génétique. On dit que la surdité peut être due à plusieurs gènes. C'est pourquoi c'est difficile de cerner les gènes de la surdité. À part celui qui intervient dans la synthèse de connexine.

Tous ses ancêtres sont entendants. Mais elle a une nièce sourde. Allez savoir comment cela s'est apparu ! Début de mutation des chromosomes ? Mystère absolu !

Dépistage et statistiques de la surdité en France

Le dépistage des enfants sourds n'est pas bien mis en place. En France, il y a 4 millions de sourds, mais sur ces 4 millions, il y a seulement 100 000 sourds profonds ou totaux. Cette femme en fait partie. Les autres, ce sont principalement des devenus sourds pour diverses raisons : vieillesse, traumatismes sonores, maladies...

Les parents qui apprennent que leur enfant est sourd vivent toujours un drame. D'un côté, c'est vrai, c'est un drame. D'un autre côté, ils ont un peu tort de s'inquiéter. Les sourds ont une vie plus normale que les handicapés moteurs ou cérébraux. Mais ils souffrent beaucoup de difficultés de communication, et donc de la solitude morale dès leur berceau.

Qualités et modèles inspirants des personnes sourdes

Les qualités qu'ont les sourds par rapport aux entendants : ce sont très souvent leur talent dans les travaux manuels, leur créativité, leur sensibilité humaine, et leur vision poétique de la vie. Ils sont parfois terriblement naïfs, tellement ils croient tout ce que leur disent les entendants. Les adultes sourds restent plus longtemps « purs, enfantins » que les adultes entendants.

Leur idole, chez les jeunes ? C'est surtout Emmanuelle Laborit ! Avant, c'était surtout Helen Keller, dont beaucoup d'enfants sourds ont lu la biographie. Helen Keller était une Américaine sourde, muette et aveugle, du XIXe siècle. Héros que toutes les écoles des sourds honorent chaque année ? C'est l'Abbé de l'Épée, le premier qui a mis au point la méthode d'éducation des sourds.

L'illettrisme chez les sourds : un défi majeur

L'écriture est un outil extrêmement important pour les sourds. Elle permet à elle seule d'intégrer les sourds dans le monde des entendants. Malheureusement, de nos jours, 70 % des sourds profonds sont illettrés : ils ont appris l'écriture à l'école, mais ne la maîtrisent pas bien et ils l'ont oubliée plus ou moins après leurs études. C'est très dommage...

Voilà, ah oui, cette femme : c'est moi...

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hjoly10
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