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Essais

La vie d'une berceuse

Une berceuse de chambre d'enfant raconte son quotidien auprès d'une famille : 15 ans à bercer des générations, des nuits magiques et des liens précieux qui se tissent dans le secret de l'intimité.

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J'avais toujours été une chaise toute simple. Les gens me voyaient comme une berceuse bien banale. Pourtant, moi, je me sentais différente. Je vivais dans cette famille depuis déjà 15 ans. J'avais bercé chacun des enfants du couple. Chaque soir, chaque nuit. Je les avais vus rire, pleurer, sourire et grandir ensuite. J'avais vécu avec eux les plus beaux moments de ma triste vie.

C'est fou comme ça peut être ennuyant, le jour, d'être une berceuse, mais quand la nuit arrive, tout devient magique. Je me souviendrai toujours de cette journée où ils ont ramené à la maison leur premier enfant. Une belle petite fille, on aurait dit un petit ange : Léa. Ils hésitaient à la coucher dans la chambre qui lui était destinée, avec moi à l'intérieur. Ils hésitaient, car ils voulaient la garder près d'eux. Ils succombèrent. J'étais placée face à la fenêtre. Je pouvais voir le ciel briller. Une toile complètement noire, illuminée par quelques petites étoiles qui ressemblaient à des diamants. Il y avait dans l'air une fébrilité qu'il n'y avait jamais eu avant. Même pas lorsqu'ils ont appris qu'elle était enceinte. Ils m'avaient choisie en fonction de la décoration de la chambre. Je suis toute bleue, avec de petits points blancs. Je suis bien simple, mais je suis heureuse.

Cette nuit-là, la petite s'est réveillée très souvent. Six fois au moins. Chaque fois, c'était pour moi un énorme bonheur. Je savais que je servirais à quelque chose. Qu'une mère allait choisir de s'asseoir sur moi pour bercer son enfant. Sa petite fille si chère à son cœur. J'avais été désignée pour être le refuge de ces deux personnes si intimement liées. Juste avant cette nuit-là, magique, je m'étais beaucoup inquiétée. Plus personne ne venait à la maison. Ils étaient partis il y a cinq jours, et ils ne revenaient que très rarement. L'homme seul, jamais avec la femme. Pourtant, c'était elle que je préférais. Elle s'asseyait sur moi et commençait à me parler. Elle me demandait si j'allais prendre bien soin de sa fille, si j'allais la bercer jusqu'à ce qu'elle soit en sécurité. Je ne comprenais pas trop, mais j'aimais qu'elle me parle. Parfois, elle mettait de douces berceuses, comme pour m'indiquer le chemin que je devrais prendre pour arriver là où elle me demandait. Elle me présentait à mon allié le plus précieux pour rendre les nuits de sa fille douces et calmes.

Léa, la petite fille, a grandi. Aujourd'hui, c'est sa fille à elle que je berce. Toujours près d'une fenêtre, mais avec une musique différente. C'est sa fille à elle que je protège jusqu'aux premiers rayons du soleil. C'est maintenant elle qui me parle, le soir, pour me dire que je suis son refuge...

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laulo
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