
Eh oui, trop petite pour s'en sortir toute seule, la couveuse est devenue son cocon, sa maison. Son petit cœur a besoin d'une assistance pour recevoir l'amour de ses proches. Les semaines passent. Tout va très bien pour toi, tu prends du poids et tes poumons se forment. Nous sommes tous rassurés, plus qu'une petite opération bénigne et tu changeras de service. Nous pourrons enfin te voir.
Nous n'aurions pas dû nous réjouir à ce point. Car le jour de tes cinq semaines, un dimanche dans l'après-midi, ton Papa nous appelle pour nous annoncer que l'espoir est terminé.

La fin d'un rêve
À partir de ce jour, ma vie a changé. Je n'ai plus goût à la vie, je ne pense plus qu'à toi. C'est une douleur indescriptible. Mon esprit est hanté par les seules images que j'ai de toi... Et elles ne sont pas des plus gaies. Je me vois rentrer dans cette horrible pièce. Tu étais endormie dans un petit lit, vêtue de rose avec ton petit doudou serré contre toi. Quand je suis entrée, j'ai d'abord été choquée par ta taille. Je savais que tu étais petite mais la réalité surprend plus qu'une simple photo.
Ce moment fut très dur car c'est là que j'ai réalisé que tu étais partie pour de bon. À ce moment-là, j'en ai voulu à la terre entière. Comment la mort peut-elle nous enlever une si petite fille ? C'est une chose cruelle.
Je t'ai touché la joue mais j'ai retiré ma main instantanément car tu avais la peau glacée. Ton sang ne circulait donc plus, ton cœur ne battait plus, tu t'étais endormie à jamais.
Le lendemain était le jour de l'enterrement. Cette fois, tu n'étais plus dans un lit mais dans ce que j'appelle ta dernière demeure : un petit cercueil blanc. Dans la chambre, seule avec toi, je te dis que je t'aime, que je ne t'oublierai jamais. Et je t'embrasse encore et encore en espérant que tu as ressenti mon amour.
Aujourd'hui, ceci est notre moment à nous deux. Malheureusement, je n'en ai pas eu d'autre et je n'en aurai jamais.
Il est désormais l'heure de te dire adieu. Ton « berceau » blanc est fermé à jamais. Ça y est, nous ne te reverrons plus. Ce fut le pire moment pour moi, je crois.
Car certes, tu t'es endormie avant-hier, mais en te voyant j'avais l'impression que tu étais toujours parmi nous. J'aurais égoïstement souhaité te garder avec moi mais ce n'est pas possible.
Ensuite vint le trajet de l'hôpital au cimetière. Durant 45 minutes, j'ai fixé l'arrière de la voiture où tu étais, ne réalisant pas ce qui m'arrivait. Je ne savais pas où j'étais et pourquoi, je ne voulais pas y croire. Je pleurais, puis je m'arrêtais et je recommençais, et ceci pendant ces minutes qui me paraissaient une éternité.
Puis, nous sommes arrivés au cimetière où quelques personnes étaient venues te rendre un dernier hommage. C'était le moment le plus dur, bientôt on allait te quitter pour toujours. On t'a sortie de la voiture puis on t'a emmenée devant ce qui va être ta première et dernière maison. Et là, impossible de retenir ses larmes...
Voilà, ce fut les trois jours les plus horribles de ma vie. Ceux où j'ai perdu la nièce, la plus belle du monde. Aujourd'hui, on pense tous encore à toi et ne t'inquiète pas, on ne t'oubliera jamais.

Vivre le deuil au quotidien
La vie reprend son cours, avec un gros manque. On pleure, on rit, on se dit : « et si elle n'était pas partie ? » Et ça nous ronge, on se fait du mal mais on ne pense qu'à ça. On se demande encore pourquoi. Parfois, on a l'impression qu'elle est encore là, qu'elle va sortir bientôt de l'hôpital. Mais cela ne dure pas. La réalité, aussi cruelle soit-elle, reprend vite le dessus.
Nous sommes au mois d'octobre, le mois où tu aurais dû naître. Ça nous fait mal d'y penser. Tu aurais aussi pu sortir de l'hôpital pour rejoindre la « vraie vie ». J'en rêve parfois, je voudrais rester endormie pour te connaître et t'aimer encore plus que maintenant.
Depuis ce 1er août 2010, j'ai perdu tout espoir, la vie n'a plus aucune magie pour moi puisqu'elle ne t'a pas laissée avec nous. Pourquoi faire ça à un bébé d'un mois ? Certes, on dit que dans la vie il y a des hauts et des bas, mais jamais je n'aurais pu imaginer une telle chose.
Cet événement était le pire que l'on puisse vivre, personne à part ceux qui le vivent peuvent imaginer la douleur que l'on ressent. Après quelques semaines, les gens nous disent d'oublier, ils ne comprennent pas, personne ne comprend. On fait face à la vie malgré tout, on fait croire que ça va mieux mais en réalité on se meurt tout doucement chaque jour de plus en plus.
Voilà, tout ça pour dire que Inès, je ne t'oublie pas, je t'aime vraiment très fort et tu me manques beaucoup. Pas un jour ne se passe sans que je ne pense à toi. Je t'aime, je voudrais que tu le saches...