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Essais

La perfection humaine

Simon, jeune héritier solitaire, confronté à sa mortalité et à l'absurdité d'une vie privilégiée mais vide. Un récit poignant sur la solitude et la quête de sens.

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La conscience de la mort

Je vais mourir. Non pas aujourd'hui, mais qui sait de quoi demain est fait ? Alors je vais mourir. Peut-être demain ou ce soir, dans une semaine ou dans un an, mais n'importe quand, je serai toujours prêt.

Cependant, la question du « comment » m'inquiète bien plus. On a vu des accidents de route arriver à des êtres qui avaient encore toute leur vie devant eux, ou encore les suicidaires en morceaux éparpillés sur un trottoir au pied de cet immeuble… Moi, je ne veux pas de ça. Pas de fanfare, pleurnicheries et cris de peur de la part de mes proches. De toute façon, je n'ai pas de proches. Tout de même, je veux pouvoir partir en silence, et de préférence sans souffrir.

Une existence vide de sens

Je n'ai jamais cru en Dieu. Sûrement parce que je n'en ressens pas l'utilité. Je gagne bien ma vie en puisant dans la fortune de mes parents morts (qui doivent se retourner dans leur tombe en entendant que leur fiston dilapide les investissements de papa), ne suis jamais malade, ou très peu, ne me drogue pas, regarde le téléfilm du samedi soir, comme tout bon citoyen… Non, vraiment, je n'ai jamais eu besoin de quelque chose.

Une femme ? À quoi bon ? Je me contente de l'essentiel, évitant de près ou de loin ce qui pourrait se présenter comme un problème à mon bonheur. Je suis sûrement trop dur, et ma mère vous raconterait déjà toutes mes erreurs de jeunesse en fondant en larmes sur votre épaule. Pauvre maman, qui a toujours cru que son fils était un surdoué…

Voilà cinq ans que je vis seul dans la maison familiale, et seulement deux minutes où je m'inquiète de ma propre mort. On peut dire que mes géniteurs ont eu de la chance. Accident d'avion. Un réacteur a pris feu et en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, l'avion s'est écrasé en pleine mer ne laissant aucun survivant. Bien que je considère cela comme une chance, je n'aurais pas voulu être à leur place. Je ne sais pas nager.

Les fantômes du passé

Je crois bien que l'ennui me fait délirer. J'aurais aimé avoir la chance de converser avec ma tendre mère, qui était si attentionnée envers les gens… Ou avec mon père qui semblait avoir créé le monde, tant ses connaissances étaient vastes. Ne pas pleurer. Et pour ça, il suffisait que je m'abstienne de remémorer ces souvenirs tant douloureux. Je vivais, dormant ma vie, certes pas celle dont j'aurais rêvé, mais dont beaucoup m'enviaient.

Un jour, mon meilleur ami m'a dit : « Simon, un jour on fera un road-trip, on prendra mon vieux tacot et on fera le tour de l'Europe… » Longtemps j'ai voulu le croire, et j'ai attendu patiemment qu'on fasse nos bagages. Mais aujourd'hui Van (oui, c'est mon ami), a fondé une famille, avec femme et enfants, crédits et tout ce qui s'ensuit, et le terme « voyage » est désormais totalement sorti de son langage, à mon grand regret.

L'éveil

J'ai presque honte de toute cette richesse. Après tout, je n'ai rien fait pour mériter cela, et souvent je me dis que cet argent ne sera pas éternel. Alors si je dois mourir, je veux que ce soit avec le sourire, avec une vie derrière moi, et surtout sans souffrir, bien entendu.

Il était donc temps que je me prenne en main…

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dwigo
dwigo @dwigo
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