
La mort de l'âme est souvent considérée comme fictive, pourtant elle existe ! Je crois que les gens ne comprennent pas forcément de quoi je parle : je parle de la destruction de soi-même. Comment peut-on en arriver là ? Comment pouvons-nous nous détruire nous-mêmes ?
La mort d'un être cher, une haine de la vie, la sensation d'être coupable de quelque chose, le viol, l'inceste...
L'inceste : un tabou qui détruit
L'inceste, c'est un viol (souvent à répétition) par un membre qui a autorité sur vous (père, frère, beau-père, oncle, cousin... un membre de la famille masculin ou féminin).
Quand on a 7 ans et demi, on ne comprend pas forcément que les câlins que nous fait notre beau-père ne sont pas bien, on ne comprend pas qu'il faut en parler. Les endroits qu'il touche de ses mains froides ne lui appartiennent pas, il n'a pas le droit de les toucher. Pourquoi on ne dit rien ? Parce qu'on a peur, peur de lui, des coups qu'il nous donnera, des mensonges qu'il racontera pour essayer de prouver qu'on ment.
La descente aux enfers
Doucement on perd pied, on s'enfonce dans une torpeur, on a grandi, on a compris que ce n'est pas bien. Mais à qui peut-on en parler ?
L'auto-mutilation, la déprime, les cauchemars, la fuite, les fugues, les idées noires, les tentatives de suicide... Tout s'enchaîne, s'embrouille dans notre tête. Où aller ? Où se réfugier ?
« Je veux oublier, m'échapper ! J'aimerais tant que tout s'arrête ! »
Tout continue, jusqu'à ce qu'on parle. 7 ans de viol continu, de maltraitance, de honte.
Je crois qu'on n'oublie jamais, on vit avec, on grandit avec l'idée que jamais on n'aura de vraie « première fois », avec les cauchemars, les endroits, les odeurs, les paroles qui nous rappellent tant ces mauvaises années.
La reconstruction après un traumatisme
On essaie de se reconstruire. Mais où est donc passée notre âme ? Elle est morte, un jour où quelqu'un a abusé de nous.
Le viol, l'inceste, ce sont des choses trop graves pour qu'on laisse « couler », pour qu'on ne dise rien.
Mon histoire est en partie celle que j'ai retracée ici en quelques mots, seulement je ne vous ai pas tout dit. Mon beau-père n'a toujours pas été jugé et moi je vis dans la peur qu'il soit acquitté. La pression du procès est forte, mais c'est le seul moyen de s'en sortir !
À côté de ça, il faut avoir des amis qui nous soutiennent, une famille présente, un moral de battant et une envie de s'en sortir vraiment.
J'ai repris goût à la vie, aux joies du monde qui m'entoure, mon meilleur ami est près de moi pour m'aider... Je peux dire qu'aujourd'hui je suis presque sortie de ce tourbillon d'enfer dans lequel j'étais il y a quelques temps. La dépression me guette, je la vois parfois au coin de ma rue qui ricane de moi, mais je lui tire la langue comme une petite fille qui prend sa revanche sur sa propre vie.
J'ai exorcisé mes peurs, notamment celle des hommes, je n'ai plus peur d'eux car ils ne sont pas tous pareils, c'est sûr !
Les séquelles durables de l'inceste
Il me restera toujours un goût amer, celui d'une enfance détruite par un pédophile, celui d'une vie brisée, celui d'une âme envolée, morte, détruite un jour de l'année 1994.
J'ai 20 ans aujourd'hui, je suis libérée de mon bourreau depuis bientôt 6 ans, mais il m'arrive parfois de croire qu'il est encore là derrière moi à regarder ce que je fais, il m'arrive parfois de sentir son odeur...
Je m'en sors comme je peux, je suis presque guérie, pas totalement, pas tout à fait... Je ne le serai jamais entièrement je pense...
Le tout est d'y croire, de ne pas oublier mais d'accepter qu'on n'est pas coupable, qu'on est victime !