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Essais

La melodie des anges

Sophia voit son père, mort depuis quatre ans, revenir pour chercher sa mère malade dans ce récit poignant.

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Elle n'avait plus aucune raison de se réveiller tôt. Et puisqu'elle ne pouvait pas quitter la maison et laisser sa mère seule trop longtemps, sa vie sociale se limitait à la famille proche. Elle ne s'en plaignait pas, car après une journée passée à dorloter sa mère, elle avait surtout envie de dormir. C'était tellement plus facile quand son père était encore vivant.

Pourtant ce matin-là, vers sept heures trente, elle était sortie de sous la douche et s'apprêtait à déjeuner. Elle ignorait quelle mouche l'avait piquée, mais elle se sentait parfaitement éveillée.

À l'extérieur, les rayons du soleil se mêlaient aux nuages grisonnants. C'est au moment même où elle regardait par la fenêtre que Sophia aperçut l'homme vêtu d'un pyjama. Il était debout au milieu de la pelouse, fixant la porte d'entrée de la maison d'un air fasciné. Sophia le regarda elle aussi un instant comme s'il s'agissait d'une bête de cirque.

Il paraissait sortir tout droit du lit. Elle aurait pu même croire qu'il dormait encore s'il n'avait pas eu les yeux grands ouverts.

Elle chercha ensuite à attirer son attention en cognant son poing contre la vitre, mais il ne bougeait pas. Son corps était comme paralysé par une force inconnue.

Tout semblait irréel, sorti tout droit d'une hallucination due à un manque de sommeil excessif. Malgré tout, intérieurement, Sophia trouvait cette vision si familière qu'elle ne pouvait provenir que de la réalité.

Alors que la jeune femme était prête à alerter la police, l'étranger se mit à avancer en direction du porche.

« Oh ! Seigneur, faites qu'il ne soit pas dangereux. Je suis encore trop endormie pour me défendre. »

Elle le vit appuyer sur la sonnette. Elle entendit la mélodie au loin comme dans un rêve. Machinalement, elle se dirigea vers le hall d'entrée, tourna la poignée et ouvrit la porte.

— Papa ?

Ce mot s'échappa de sa bouche de lui-même et elle sentit ses jambes se mettre à trembler. Voilà pourquoi l'étranger lui paraissait familier. Elle le connaissait, mais se refusait à se l'admettre. Son père, mort quatre années plus tôt, se tenait devant elle, vêtu du même pyjama que le jour où il s'était éteint dans son sommeil.

— Est-ce que ta mère est ici ? dit-il d'une voix douce et rassurante.

— Elle est à l'étage. Papa, pourquoi nous as-tu quittées ?

Il tendit la main et caressa tendrement son visage.

— Je ne pouvais plus rester. Mais sache que c'était un choix difficile et que vous me manquez beaucoup. C'est pour cette raison que je suis revenu.

— Vas-tu rester ici ?

— Non...

— Pourquoi ? J'ai besoin de toi. Maman est malade.

— Je sais. Je suis venu la chercher.

Sophia resta silencieuse, s'efforçant de trouver un sens à ces paroles.

— Ta mère a pris la décision de partir elle aussi et on m'a chargé de venir la chercher. Elle est trop faible pour se rendre à nous, seule. Tu me laisses entrer ?

Elle recula, lui laissant suffisamment d'espace pour entrer, et referma ensuite la porte. Une larme coula sur sa joue et elle s'empressa de l'essuyer.

— Conduis-moi à sa chambre, veux-tu ?

C'est ce que Sophia fit. Elle n'avait jamais désobéi à son père. Lorsqu'ils arrivèrent devant la chambre, il se tourna vers elle.

— Laisse-moi seul avec elle, s'il te plaît.

Il entra, referma la porte derrière lui et Sophia attendit patiemment qu'il sorte. Après de longues minutes, elle trouva assez de courage pour entrer à son tour. Son père n'était plus là. Elle ne vit dans la pièce que sa mère couchée dans son lit, les paupières closes. Sur son visage frêle et malade se dessinait un sourire passionnément amoureux.

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saraqiel
saraqiel @saraqiel
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