
Un rayon de lumière lunaire se faufilait par un interstice entre les lourdes pierres qui avaient servi à construire le château. Il était temps : Éléna était restée trop longtemps enfermée, il fallait qu'elle parte. Elle avait souvent essayé, mais chaque fois avait échoué. Car la forteresse du seigneur Morg était bien surveillée — c'est d'ailleurs pour cela qu'elle avait la réputation d'être un endroit imprenable. S'il était facile d'y entrer, il était quasiment impossible d'en sortir. Tant de souffrance semblait avoir été exprimée en ces murs ; ils semblaient encore hurler la peine des occupants de la forteresse. Il arrivait, de temps en temps, qu'on raconte des histoires d'évasion — des rumeurs seulement, mais quelles rumeurs !
C'est d'ailleurs pour ça qu'elle et son groupe avaient tenté de libérer le seigneur. Quel orgueil ! Elle s'était crue plus forte que le Seigneur de la Lune. Et s'il n'y avait eu que lui à combattre… mais il y avait aussi sa Dame et tous ses soldats. Vraiment, ils avaient été des sots d'avoir cru pouvoir se mesurer à une telle puissance. Et maintenant, la voilà bien : elle avait voulu jouer les héros et elle se retrouvait toute seule dans une geôle infecte, incapable d'utiliser ses pouvoirs, sans savoir si les autres étaient encore en vie.
Mais l'heure n'était pas à se plaindre — elle avait eu tout le temps pour ça, même trop. Il était temps maintenant d'agir.
À ce moment, on toqua à la porte. Mais qui pouvait bien être ? Ce n'était pas l'homme qui lui apportait à manger. Alors qui ?
Éléna songea avec amusement que, si elle avait été dans un mauvais film d'horreur, la porte se serait ouverte dans un horrible grincement. Mais il ne fallait pas rêver : on était à Cavaillon, et rien d'inquiétant ne pouvait se produire. Soudain, dans un silence assourdissant de sommeil, la porte s'ouvrit pour laisser apparaître sa mère. Enfin, plutôt la tête de sa mère. Avec tous ses produits cosmétiques sur la tête, elle ressemblait à un extraterrestre qui avait visiblement essayé de se déguiser en humain. Comment ses parents pouvaient-ils accepter l'ennui de leur vie ? Pour autant qu'elle puisse s'en souvenir ou d'après ce qu'on lui avait raconté, sa mère avait toujours eu une vie terne : ni mauvaise ni bonne, moyenne. Elle s'était mariée, avait eu un enfant, avait divorcé et travaillait au supermarché du coin. Quelle vie plus ennuyeuse pouvait-on trouver ?
Tout à coup, un éclair traversa la pièce et vint la toucher en plein cœur.
Tout devint noir.