
Vous en voulez encore, des anecdotes marrantes sur mes trois semaines de colo ? OK, qu'est-ce que je ne ferais pas pour vous faire plaisir et raconter ma vie !
Avant de vous raconter l'anecdote sur le petit X (je préfère ne pas dire son prénom pour des raisons personnelles), il faut que je vous plante le décor. Et croyez-moi, quand je dis « personnage », c'est... un euphémisme.
Il a cinq ans. Et c'est l'enfant le plus insupportable qu'il m'ait été donné de rencontrer dans... ma vie, oui, je crois que je peux dire ça. Et pourtant, j'en ai vu des vertes et des pas mûres, quand je travaillais en pleine magnifique cité. Je me suis fait cracher dessus, insulter, mes tibias se sont pris des coups de pieds quand j'essayais de contenir des crises de nerfs. X n'a jamais tapé personne, il ne dit pas de gros mots. Non, lui, il te regarde avec des yeux noirs, trop noirs pour des yeux de cinq ans, et il te sort : « T'es moche, je t'aime pas, toi, t'es pourrie ! »
Et quand vous voulez lui expliquer les raisons pour lesquelles il ne doit pas faire ceci ou cela, il vous sourit et vous regarde comme si vous étiez la dernière des merdes que la terre ait jamais portée.
Alors le pire, ce n'est pas qu'il vous flingue vos activités, ni qu'il embête le monde et qu'il ne respecte pas les règles. Le pire, c'est l'image que cela vous renvoie de vous-même. Parce que pour tout animateur qui se respecte, se dire : « Quel animateur je suis pour ne pas pouvoir me faire obéir d'un môme de cinq ans ? Suis-je vraiment faite pour ça ? »
Quand vous sentez qu'un enfant ne vous aime pas — et avec eux, on le sent tout de suite, car ils sont vrais, c'est d'ailleurs pour ça que je travaille avec eux — ça vous déprime vraiment.

L'enquête mystérieuse des tongs disparues
Bref, l'anecdote de X.
Un midi, on sort de la cantine, et comme d'habitude, on emmène tous les « petits » à la sieste. Évidemment, il faut aller chercher X et le traîner par le bras, sinon, il reste sur place. Vous pouvez lui raconter n'importe quoi, que des renards vont venir, que vous allez le pendre, rien ne marche ! (Bien sûr, on n'a jamais dit à aucun gamin qu'on allait le pendre, c'était pour renforcer l'atmosphère.)
Alors Hélène, une anim, traîne X par le bras. Et là, il fait bien sûr exprès de retirer ses tongs tout en marchant. L'animatrice lui dit que si c'est ce qu'il veut, on va les laisser là : il viendra les rechercher après la sieste, il avait qu'à pas faire ça. C'est dire le niveau de lassitude des animateurs.
Alors on les laisse là, on couche notre petit monde, tout va bien.
Quand Hélène revient pour chercher les tongs, elles ne sont plus là. Bon sang, on les a cherchées ! Pourtant, les enfants, les anims, la directrice, le jardinier, les dames de la cantine... tout le monde a passé un interrogatoire pour savoir si on n'avait pas vu les tongs de X.
Personne ne les avait vues. X a donc porté des bottes pendant le reste du séjour.
Le dernier jour, craignant de se faire enguirlander par les parents de X — ça arrive souvent — Hélène interroge encore tous les enfants. Alors, une petite voix lui répond :
« Elles sont cachées dans un buisson. »
Il faut savoir que cette petite voix vient d'une minuscule puce qui passe son temps à observer les mouches et les fourmis, et qui, si on ne vient pas la chercher, elle aussi, resterait bien là toute la nuit à observer comment les insectes vivent.

Alors bon, on tente le tout pour le tout. Hélène l'emmène dehors pour qu'elle lui montre.
Et les tongs sont bien là, au fond d'un buisson, tranquilles pépères, à trois mètres de là où elles avaient été laissées.
On demande évidemment à notre petit détective en herbe pourquoi les tongs de X se sont retrouvées au fond d'un buisson. Et elle nous répond, comme si on était tous des débiles profonds :
« Ben je les avais mises là pour que personne ne les vole ! »
Eh ben, j'espère qu'il n'y a pas trop de buissons autour de chez toi, ma vieille, parce que ta mère risque d'avoir de sacrées surprises !
Clément et Marie : une sieste inattendue
Allez, une autre pour la route, elle est mignonne celle-là.
Ça parle du petit Clément, cinq ans, acteur et chanteur né, capable de vous chanter du Brassens et de faire un sketch devant toute la colo. Et de la petite Marie, quatre ans, actrice née aussi, mais dans le mauvais sens du terme, qui vous simule des apoplexies cardiaques dès que vous avez l'audace de lui refuser quelque chose.
Un après-midi, ils ont voulu dormir dans la même chambre pour la sieste. Sachant qu'ils avaient tous les deux moins de six ans (mixité interdite après cet âge), je les laisse faire et les installe chacun dans un lit. Doudou, tétine, duvet, tout est là. Je m'en vais voir les autres pitchouns.
Quand je reviens, quelle surprise ! Je les retrouve endormis dans le même lit, dans les bras l'un de l'autre.
Vous me direz : c'est touchant. Mais bon, par mesure de sécurité et surtout de bon sens, j'ai ramené Marie dans sa chambre.
Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui parce qu'il faut quand même que j'aille bosser !
Je vous laisse sur ces bonnes paroles !