
Il ferma les yeux. Les bras tendus, il pointait l'arme en direction du monstre. Sa main tremblait, mais la seule vue des cadavres à ses pieds lui donna le courage d'appuyer sur la gâchette. La bête gémissait dans un coin de la chambre. Couverte de sang, elle n'avait pas fini sa proie. Un second coup partit, mais ne fit aucun effet sur le monstre, qui commença lentement à s'approcher de lui. Dans son mouvement de recul, il vida tout son chargeur en direction des gémissements. Mais il savait qu'il ne pouvait rien faire avec un pistolet à billes contre cette chose horrible qui avait éventré ses compagnons de chambre.
Il se remémora ce qui s'était passé : l'alarme du pensionnat ; lui et ses deux amis dans la chambre, qui avaient tardé à se lever, croyant qu'il s'agissait d'une simulation d'incendie ; puis la fermeture automatique des portes anti-feu. Ils étaient hermétiquement enfermés. Ils ne furent conscients du danger uniquement lorsqu'ils aperçurent les deux yeux rouges de la bête, qui les regardaient fixement. Au bout d'une minute, l'animal ne montrant aucun signe d'hostilité, ils finirent par s'approcher prudemment.
C'est alors qu'elle sauta au cou de l'un d'eux, l'égorgeant d'un coup de dent. Leur compagnon ne souffrit pas longtemps, car la bête eut vite fait de découper des morceaux de chair dans le corps encore chaud du jeune garçon. L'horreur gagna les deux autres qui allèrent se cacher, tout en regardant la bête se nourrir. Ce qui se passait sous leurs yeux était véritablement atroce. L'odeur du sang empestait la pièce qui ne renouvelait pas l'air.
S'armant des objets les plus pointus qu'ils purent trouver, et prenant leur courage à deux mains, ils se jetèrent sur le monstre. Un combat des plus sauvages commença. Mais il ne fallut pas longtemps à la bête pour égorger un deuxième garçon. Le dernier réussit toutefois à planter un compas dans la chair de l'animal, qui, dans un rugissement, alla se réfugier dans un coin sombre de la pièce.
Le garçon savait qu'elle le regardait. Léchant ses plaies, elle attendait un moment d'inattention du jeune pour le tuer. Il le savait, et n'allait pas la laisser faire. Il s'arma de son pistolet à billes qu'il avait apporté illicitement à l'internat, et visa la bête...
Elle s'approchait de plus en plus. Lentement, mais sûre d'elle. Une étincelle de joie brilla dans ses yeux rouges sans pupille. Il entendit le déclic de la porte qui se déverrouillait, mais c'était trop tard. Il n'eut même pas le temps de crier que la bête était déjà sur lui et...
... le réveilla en sursaut.
— Crapule, va-t'en ! s'égosilla le garçon.
Mais il n'eut pour toute réponse qu'un coup de langue en travers de la joue. Repoussant l'animal, il se leva. Son chat faisait sa toilette. Il l'appela. Mais lorsque la tête de l'animal pivota dans sa direction, ce n'est pas deux yeux verts à pupilles verticales qui le fixèrent, mais deux yeux rouges sang, sans pupille, qui le regardaient d'un air de défi...
FIN.