
Elle avait dans la main un verre rempli de jus de myrtilles. La boisson prenait une teinte inhabituelle, presque surnaturelle.
Elle n'était ni grande, ni petite, mais lorsqu'on se trouvait à proximité, on percevait une chaleur froide et inquiétante. Elle portait un tee-shirt rouge rehaussé de dentelle écarlate, qui laissait apercevoir ses formes à peine nubiles. Son bassin gracieux était ceint d'un large ceinturon noir orné d'une boucle de vieil argent.
La toile de jean usée et mal coupée dévoilait plus qu'elle ne masquait ses jambes, qu'on devinait fines et fuselées. On imaginait sans peine le teint léger de ses mollets, et on se les représentait frottant contre un drap blanc, le soir, à la lueur blafarde d'une bougie.
Elle porta son verre à ses lèvres. Sa peau était légèrement hâlée.
De grands traits d'eye-liner pourpre épousaient ses yeux bleus, leur donnant un éclat inhabituel. Ses cheveux teints en bleu électrique encadraient son visage trop fin ; par moments raides et à d'autres bouclés, c'était une sorte de crinière broussailleuse, sauvage, moderne, artificielle.
Elle ferma les yeux, s'enivrant du liquide violet qui glissait dans sa gorge. Quand son verre fut vide, elle le jeta au-dessus de son épaule. Il se brisa dans un tintement de cristal. Elle resta un instant, songeuse, dans la pièce.
Elle dévisagea tour à tour chacun des hommes présents ; ils la regardaient, médusés et effarés. Elle haussa les épaules et sortit dans un courant d'air.
Merci d'avoir lu ce récit en entier, qui a dû vous paraître ennuyeux – une simple description d'une jeune femme, on a déjà vu plus palpitant. Toutefois, ce texte sert de prétexte à une interrogation plus profonde. Je cherche surtout à comprendre quels seront les critères de beauté de demain, tout en analysant ceux qui prévalent aujourd'hui et ceux qui ont marqué le passé. L'apparence physique, la mode et les accessoires, comme ce ceinturon d'un autre temps ou ces couleurs électriques, ne sont-ils que des éphémères ? Je me demande également s'il existe des conceptions de la beauté radicalement différentes, ailleurs dans le monde ou dans d'autres cultures, que nous peine à imaginer. Car la beauté est un concept fuyant, qui se transforme sans cesse au grès des époques et des regards.