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Essais

L'histoire sans fin

Plongez dans une rencontre à suspense entre Bonney, un anti-héros lâche, et Giorgio, un terrifiant caïd. Un face-à-face mortel.

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Il pouvait tout juste voir de l'autre côté de la rue. Qu'est-ce qu'il faisait là ? Il ne le savait pas. Il pleuvait. Il pouvait encore sentir les quelques gouttes de pluie glisser le long de sa joue. Il jeta un œil par-delà la nuit, par-delà la rue, à travers un rideau de pluie. Il tira une longue bouffée de sa cigarette ; la fumée lui brûlait le fond de la gorge. Il toussa un peu. « Cette cochonnerie me tuera, si un autre ne le fait pas avant. »

Il avait de l'eau plein les bottes et ses pauvres pieds macéraient dans un mélange dont l'odeur lui rappelait la boisson énergétique que lui préparait sa copine, Alita, tous les matins. S'il buvait ce poison chaque matin, c'était bien à cause de la petite tenue sexy qu'elle portait, qui mettait ses fesses en valeur assez bien pour lui donner le tournis toute la semaine — à moins que ce ne fût la solution énergétique. Bref.

Qui est cet anti-héros lâche ?

Il haussa les épaules et traversa la rue. Une rue pourrie, comme on n'en voit que dans les films de série B, où le héros n'est en réalité qu'un anti-héros, une pauvre victime torturée par elle-même, qui n'a rien d'attirant. Ni courage, ni bravoure, ni sens de la justice, ni même le goût de l'aventure. Il sourit en pensant qu'il aurait fait un anti-héros parfait, et que s'il n'était pas devenu policier, c'était parce qu'il était trop lâche. De toute façon, le droit ne l'avait jamais attiré : trop de travail, et courir après des petits dealers enragés toute la journée ne l'intéressait pas vraiment.

Mais maintenant, il n'avait plus le choix. Il fallait qu'il aille trouver le caïd pour lui demander un délai de plus pour le remboursement de sa dette.

La rencontre terrifiante avec Giorgio

C'était lui le client. Le Caïd. Il venait d'entrer dans un restaurant italien, qui lui appartenait sans aucun doute. Il était court, non petit, rond comme la boule de pétanque de son oncle Richard. Il n'avait plus de cou, mais en revanche, il avait cinq ou six mentons. Il avait l'air essoufflé à chaque pas et était toujours en train de s'éponger ; il suintait la graisse, il transpirait la graisse. Même ses dents étaient obèses : énormes, limées, arrondies, elles ne coupaient pas mais broyaient. Ses incisives étaient en réalité des molaires.

Il avait un de ces accents exagérés qui rappelait à notre « héros » — qui n'a pas encore de nom — la douce Italie. Lui qui était noir, qui n'avait jamais mis les pieds en Italie et qui ne savait même pas placer la botte de l'Europe sur la carte. La botte de l'Europe. Sa mère lui avait dit un jour que l'Italie ressemblait à une bite et que c'est pour cela que Rocco Siffredi était italien. Tout bien réfléchi, elle était conne, sa mère...

Giorgio le caïd l'avait toujours effrayé. Il ressemblait à un ogre prêt à tout dévorer. Lorsqu'il ouvrait la bouche, derrière l'haleine de phoque, notre héros — qui n'a toujours pas de nom — devinait un gouffre immense, un abîme capable d'avaler la Terre entière. Giorgio était monstrueux. Giorgio avait de l'argent. Giorgio était un mafioso. Giorgio lui avait prêté de l'argent. Il ne pouvait pas encore rembourser Giorgio. Giorgio allait lui faire la peau. Mais s'il fuyait, Giorgio allait faire la peau à Alita et à lui.

Alita n'aimait pas notre héros — il faut vraiment lui trouver un nom —, elle était avec lui parce qu'il pouvait la nourrir. Notre héros — pas de commentaire sur son nom — en était parfaitement conscient, mais il s'en moquait. Elle baisait bien. Et il l'aimait, du moins pendant les trois minutes de leurs ébats sexuels. Notre héros n'était pas un athlète.

Il pénétra dans le restaurant et passa devant un grand miroir qui lui rappelait la Renaissance européenne. Il devait y en avoir une aux États-Unis ; il y a toujours tout aux États-Unis, ça l'a toujours étonné. Il se vit dans la glace : grand, mince, les joues creusées par le stress et la cigarette, des cheveux crépus, un teint noir qui lui rappelait étrangement celui d'un mort, et un regard privé de personnalité. Il se faisait pitié. Il était pitoyable derrière ses lunettes de vue démodées et son imperméable noir.

Puis il regarda Giorgio du coin de l'œil. Malgré sa présence, le caïd ne se gênait pas pour dévorer un poulet entier. Il pouvait voir des débris de viande voler jusqu'au visage du garde du corps debout derrière lui, l'air impassible.

L'ultime face-à-face sous la menace

Lorsque Bonney — notre héros a enfin un nom — arriva jusqu'à l'ogre, le pas hésitant et le souffle court, il se serait cru dans un film qu'il avait vu la veille : Le Bon, la Brute et le Truand. Brusquement, la viande cessa de voler à travers la pièce. L'ogre posa les yeux sur Bonney, l'air dérangé — il l'était !

Silence. Bonney avait froid, pourtant il pouvait sentir la chaleur extérieure contre sa peau. Giorgio lui proposa une chaise. Il répondit qu'il préférait rester debout. Giorgio insista. Il s'assit. Giorgio posa le pilon, gros comme la jambe d'un bœuf, qu'il venait d'entamer — c'est magique ce que l'on peut faire grâce aux OGM —, s'essuya le coin des lèvres puis les doigts. Il sortit un Desert Eagle 0.50 qu'il posa sur la table.

Silence. À la vue de cette arme, le corps de Bonney fut pris d'une légère convulsion qu'il eut peine à dissimuler.

« À te voir trembler, j'imagine que tu n'as pas mes tunes. »

Pas de réponse. Seulement le silence. Bonney baissa les yeux.

Il avait dit « tunes ». Bonney avait toujours assimilé les mafiosi à des sortes de dandys, raffinés jusque dans le langage ; apparemment, il était loin de la réalité. Silence. Il n'osait même pas prier, il savait que Dieu l'avait abandonné dès qu'il avait passé le pas de la porte. Dieu n'aime pas les ogres. En y réfléchissant bien, Dieu n'aime pas grand monde.

Maintenant, la situation était claire : Giorgio allait le démembrer comme il l'avait fait avec cette pauvre carcasse de poulet. D'ailleurs, la SPA devrait s'intéresser à ce genre de cas ; ce n'est pas manger, c'est maltraiter un animal. Giorgio allait peut-être même l'avaler aussi, qui sait ? Giorgio, c'est un porc. Et Bonney se rappelait qu'à la télévision, il y avait un débile qui disait que les cochons étaient les requins de la terre, qu'ils devenaient fous à l'odeur du sang. Alors, Giorgio va le démembrer, puis deviendra fou à l'odeur du sang, puis le dévorera.

C'est tout. Non, ce n'est pas tout. Giorgio appellera sa mère, peut-être entre une cuisse et un bras, parce qu'il se sentira seul. Parce qu'il est malade. Parce qu'il devrait avoir les couilles un peu trop serrées par une camisole de force dans un asile en ce moment, au lieu d'être assis là à contempler un Bonney désespéré et paniqué.

« Eh oh, l'ami ! Je te cause ? »

Ces mots résonnèrent dans l'âme de Bonney. Qu'est-ce qui lui a pris de venir jusqu'ici ? Pourquoi n'a-t-il pas fui comme d'habitude ? Il a peut-être eu des états d'âme. Le problème avec les états d'âme, c'est qu'ils surviennent seulement quand on est sûr de crever.

Panique. Giorgio se met en colère. Chut, ses cris empêchent Bonney de réfléchir. Il faut une parade. Alita lui a dit un jour que quand un ours attaquait, il fallait faire le mort. Ça marche peut-être aussi avec les porcs... Oui, voilà, il va faire le mort. (À suivre)

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iron bonney
Iron Bonney @iron bonney
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