
Je ne vais pas vous raconter un conte de fées, avec des sorcières et des princesses. Non, je vais juste vous raconter l'histoire d'un homme. Un homme dont la vie a été bien trop courte.
Cet homme s'appelait Daniel. Je ne vais pas vous raconter son enfance, ni son adolescence. Je vais directement passer à son mariage. Son mariage avec cette femme, Agathe. De cette union naquit un fils, Nicolas. Aimé de tous, ce petit garçon était choyé par ses parents comme par ses grands-parents, oncles et tantes, cousins et cousines. Du côté de son père, il était l'avant-dernier petit-fils, après une petite fille prénommée Ambre. Nicolas s'amusait beaucoup avec cette dernière et son grand-frère Lucas, sans doute parce qu'il était fils unique.
Mais un jour, les parents du petit Nicolas divorcèrent. Dans les débuts, tout se passait bien : il y avait une garde alternée. De temps en temps, alors que son père habitait dans la banlieue parisienne, le petit Nicolas allait passer quelques jours chez ses cousins Ambre et Lucas. Mais pendant tous ses séjours, il ne parlait que de son papa qu'il allait retrouver. Le jour de son départ pour retrouver sa mère arriva, alors que cette dernière était en Australie. Le père d'Ambre et Lucas, le frère de Daniel, amena son neveu à l'aéroport en direction de l'Australie.
Divorce conflictuel : la perte de la garde
Deux mois plus tard, le tour de garde passait à Daniel, mais ce dernier attendit son fils longtemps. Très longtemps. Mais il ne revint jamais. Agathe l'avait gardé avec elle, sans aucune raison. Bien sûr, un procès eut lieu. Mais la situation d'Agathe, haut placée, fit qu'elle n'eut pas de mal à s'approprier la garde complète de Nicolas. Pour gagner ce procès, elle s'était servie de l'argument que Daniel frappait son fils. Argument que le frère de Daniel tenta de démentir par une lettre adressée au juge. Mais rien n'y fit. Le petit Nicolas allait rester chez sa mère. Daniel gardait pourtant espoir de pouvoir le voir. Ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi Nicolas n'avait pas comparu au procès pour la garde. Bien que tout le monde s'en doutât, Daniel ne voulait pas croire que Nicolas ne voudrait plus revoir son père car sa mère, étant riche, pouvait offrir à son fils, fan de jeux vidéo, tout ce qu'il désirait, contrairement à Daniel.
Une nouvelle vie avec Françoise
Malgré ce poids, Daniel réussit à refaire un peu sa vie et rencontra sur son lieu de travail Françoise. Il emménagea chez elle après quelques mois de fréquentation. Il fit la connaissance de ses deux filles, Lucile et Sandrine, l'aînée de 4 ans. Il menait une vie paisible dans cette maison remplie d'amour. Cette maison se situait à seulement 15 minutes en voiture de la maison de son frère et de ses neveux, Lucas et Ambre. Ils étaient devenus encore plus proches et passaient beaucoup de temps ensemble, y compris les anniversaires et les Noëls. Tout était redevenu tranquille, même si au fond de son cœur, Daniel pensait encore et toujours à son fils.
Le drame en Angleterre
Et pourtant, il n'était pas près de le revoir. En effet, lors du mois de mai 2003, Daniel, Françoise et sa plus jeune fille Lucile allèrent en Angleterre grâce à une organisation de jumelage. Ils furent accueillis par des Allemands venus antérieurement en France, chez Daniel. Alors qu'ils faisaient une balade en bus, Daniel ne se sentit pas bien : il avait mal à la tête et peinait à respirer. En descendant du bus, il s'effondra par terre, devant les yeux apeurés de Lucile et l'air effondré de Françoise. Daniel se sentait mourir. Et pour cause, il fit avec son doigt l'imitation d'un couteau qui tranchait sa gorge.
Il fut transporté d'urgence à l'hôpital le plus proche. Le réflexe de Françoise fut de téléphoner au frère de Daniel pour le prévenir.
L'annonce de la rupture d'anévrisme
Alors qu'Ambre rentrait du collège pour le midi, elle découvrit ses parents décontenancés. Ils lui dirent que son oncle avait eu une rupture d'anévrisme et qu'il était dans le coma, et que dès le début d'après-midi, son père partait pour l'Angleterre. Ils la prévinrent aussi que son oncle avait très peu de chances de survivre. Ambre, ne se rendant pas compte de la gravité des paroles de ses parents, continua à manger et prépara son sac pour son après-midi de cours au collège de sa ville. Mais au moment de partir, elle avait bien compris. Son oncle était dans le couloir de la mort. Elle ne voulait pas pleurer devant ses parents sachant qu'ils allaient l'imiter aussitôt. Elle commença sa route vers son collège et se mit à verser de fines larmes. Ce jour-là, elle faisait le chemin avec une de ses amies. Voyant sa triste mine, cette amie lui demanda ce qui n'allait pas. En essayant de lui dire, Ambre s'effondra dans ses bras en tentant de lui expliquer.
Son après-midi passa et elle rentra chez elle, accompagnée d'une amie qui resta quelques minutes chez elle. Lucas rentra du lycée et allait partir voir une pièce de théâtre pour qu'Ambre se change les idées, quand le téléphone sonna. C'était un ami qui l'emmena faire un billard pour lui chasser ses idées noires. Elle n'y pensa presque pas au cours de la soirée. La seule chose qu'elle pensait, c'était qu'elle était vraiment nulle au billard, même pour une première fois.
La nouvelle du décès
Mais le lendemain, le téléphone sonna à nouveau, et cette fois-ci ce n'était pas un ami pour sortir. Ambre décrocha et c'était son père au téléphone. Il lui dit des mots qu'elle n'oubliera jamais : « Ça y est !!! C'est fini !... IL EST MORT !! » Un frisson parcourut le corps d'Ambre. Ne sachant quoi dire ni faire, elle se dirigea vers la porte fermée de son frère, réveillé par la sonnerie du téléphone. Ambre passa le combiné à son frère en pleurant. Lucas savait très bien ce que signifiait ce coup de fil et les larmes de sa sœur. C'était bien fini, leur cher oncle était mort. Une fois avoir raccroché, Lucas alla vers sa sœur en larmes. Ils se serrèrent dans leurs bras comme jamais et tout leur visage était humide par le flot de larmes qui s'échappait de leurs yeux remplis de chagrin.
Ce jour-là, un barbecue était prévu chez une amie de Lucas. Ambre y était également conviée. Après avoir passé une très bonne journée et après avoir oublié les événements du matin, ils rentrèrent en riant en repensant à leur journée. Mais ils n'ont pas ri longtemps. En ouvrant la porte, ils découvrirent leurs parents en train de manger un bout de pain avec du pâté. Leur mère avait les yeux tout rouge, sans doute avait-elle beaucoup pleuré, et leur père avait un air fatigué, comme s'il n'avait pas dormi depuis des nuits. Les sourires des deux enfants se dissipèrent aussitôt et régna une ambiance de deuil dans toute la maison.
L'enterrement et les questions sans réponse
Le jour de l'enterrement approchait. Ambre se posait une question : Nicolas était-il au courant que son père était décédé ? Si oui, viendrait-il à son enterrement ?
Ce jour arriva, c'était un vendredi. Ambre et Lucas n'étaient pas allés en cours. Ce dernier avait voulu voir son oncle une dernière fois avant qu'il soit amené à l'église. En attendant, Ambre, accompagnée de Sandrine, était allée chez sa tante, une sœur de Daniel. Il y avait sa cousine, Virginie. Les trois filles rirent et parlèrent de leurs études. Mais ça n'allait pas être la même chose dans une petite heure. Une fois écoulée, le monde arriva, puis la voiture des pompes funèbres laissa place au cercueil où reposait Daniel, 47 ans. L'église fut une étape éprouvante pour Virginie mais pas pour Ambre. Elle trouvait ridicule ce que disait le curé. Il disait que Dieu est toujours juste. Mais elle pensait : si Dieu est si juste, alors pourquoi son oncle est mort ? Surtout si jeune, alors que des milliers d'autres personnes, des vieilles personnes, des malfaiteurs, et d'autres, vivaient toujours ?
Mais le cimetière fut une étape horrible. Sachant que l'oncle qu'elle adorait tellement était dans cette boîte, et qu'elle n'allait plus jamais le revoir, elle s'effondra bruyamment dans les bras de son père, qui essayait de la consoler. Mais ses paroles ne faisaient qu'empirer les choses. Elle avait utilisé tous les mouchoirs. On n'entendait qu'elle dans tout le cimetière. En partant, elle entendit deux adultes dire sans discrétion : « T'as entendu comment elle a chialé Ambre ? » dit l'un. « Ouais mais bon elle est vachement jeune » répondit l'autre. Cette remarque révolta Ambre. Ce n'est pas parce qu'eux n'ont pas pleuré qu'il suffit d'être une gamine pour pleurer. Elle éprouvait beaucoup de peine, voilà tout. Chaque personne pouvait aller dire un mot à Daniel. Se rappelant d'un Noël il y avait longtemps où elle avait prédit à son oncle qu'il ne « mourrait » jamais, elle prononça ces mots : « Tu n'es peut-être plus là, mais tu ne mourras jamais dans nos cœurs ! »
Et là, ce fut le grand étonnement, même un choc. Une grande corbeille de fleurs était déposée à l'avant de la tombe. Une bande rosée y était déposée avec l'inscription « A mon père ». Nicolas savait, et était peut-être là. Après tout, c'était son père, c'est quand même normal de vouloir venir à son enterrement. Mais pas de Nicolas dans les alentours ni d'Agathe, sa mère. Quelques jours plus tard, on apprit qu'elle serait passée. Rumeurs ou vérité, on le saura peut-être un jour.
L'espoir de revoir Nicolas un jour
En attendant, Daniel est mort, sans avoir pu revoir son fils. Environ 10 ans de sa vie s'étaient écoulés sans la présence de son fils bien-aimé. Un souhait reste dans les têtes de tout le monde, surtout dans celle de la sœur de Daniel : revoir un jour Nicolas. Les avis divergent : une fois atteinte la majorité, il voudra revoir sa famille ou bien, ayant refait sa vie, il a oublié sa famille.
Comme vous avez peut-être pu le comprendre, cette histoire est vraie (à l'exception de certains noms changés). Et la nièce de Daniel, Ambre, c'est bien moi. Aujourd'hui, Nicolas demeure toujours dans l'ombre de nos vies, malgré nous, et espérons, malgré lui. Il a hérité de tous les biens de son père. Françoise, la compagne, mais non femme, de Daniel, n'eut rien du tout, même pas la petite voiture, qui ne servait qu'à Sandrine pour aller travailler. De jour en jour, j'apprends de plus en plus d'horreurs sur cette femme. Une fois divorcée, elle continuait à faire des crédits sur le compte de son ex-mari, et plein d'horreurs touchant même son fils. J'espère que ce court récit d'une partie de cette histoire vous aura touché.
EN HOMMAGE À DANIEL, 1954-2003, un oncle adorable et un père dévoué au cœur meurtri.