
En France, l'euthanasie est une pratique interdite. Seul le président de la République en exercice peut l'autoriser, à titre purement exceptionnel et après plusieurs expertises médicales (comparable à la grâce des prisonniers, mais en beaucoup plus rare). Mais cela n'est jamais arrivé. Doit-on autoriser l'euthanasie ? Je vous donne mon point de vue.
Le débat politique sur l'euthanasie en France

Un cas concret : quand la médecine sauve-t-elle trop bien ?
Plus concrètement, « l'être humain » à qui l'on va donner la mort est peut-être ce Pierre Dupont, accidenté de la route, paraplégique à vie, aveugle, sourd et muet, mais qui a gardé — et c'est là le drame — toute sa conscience et son intelligence... « Par chance » comme dirait un de ces médecins, nous avons réussi à sauver les neurones de Pierre. Est-ce une chance ?
Désormais, Pierre communique grâce à la pression que fait son pouce sur une plaque reliée à un ordinateur qui forme des lettres, des mots, puis des phrases. Il est complètement isolé du monde : personne ne peut communiquer avec lui.
Deux problèmes, à mes yeux, se posent :
La limite entre prouesse médicale et qualité de vie
Le premier, c'est le travail des médecins. Je n'ai absolument rien contre l'ordre des médecins et je suis tout à fait pour le progrès de la science et l'avancée de la médecine. Ces gens ont la vocation de soigner des personnes, de rendre leur maladie guérissable et de leur permettre de vivre, tout simplement. On peut se poser la question suivante : est-ce qu'en « sauvant » les neurones de ce Pierre, on a fait du mieux possible pour la suite de son existence sur Terre ? D'un point de vue purement médical, oui... Bien sûr... Mais d'un point de vue humain, je ne crois pas. Et trop souvent, ces deux points de vue ne sont pas pris en compte ensemble dans la guérison d'un malade... Soit l'un est favorisé, soit l'autre. Mais on s'écarte du sujet...
Qu'est-ce que la vie vraiment ?
Le second, c'est la définition de la vie, tout simplement. Est-ce que, comme pour les médecins et le gouvernement, la vie c'est un cœur qui bat ? Si oui, alors effectivement Pierre vit et l'on ne doit pas le tuer...
Moi, je ne pense pas que la vie se résume à un cœur qui bat ! Je ne suis même absolument pas d'accord... La vie pour moi, c'est cinq choses : l'amour, la réflexion, le partage, la liberté et les droits indéniables de l'homme. C'est un minimum pour vivre, je pense. Lorsqu'il en manque un seul, on ne vit plus. Je vous laisse compter combien il en manque à Pierre.
Mais attention, et là je parle pour ceux qui font attention à tout : pour moi, Pierre n'est pas mort ! Mais il ne vit plus... C'est compliqué, je sais.
L'euthanasie en Europe : quels modèles pour la France ?
Dans son cas, ils sont des dizaines, voire des centaines en France. Pour eux commence une « vie » très, très difficile, peu supportable pour leurs proches et leur entourage. Malheureusement, et je dis bien malheureusement, ils sont nés dans un pays qui ne pratique pas l'euthanasie. Un pays pourtant développé et à la pointe de la recherche scientifique moderne : la France...
En Belgique, en Suisse et aux Pays-Bas par exemple, l'euthanasie active est autorisée (dans un certain cadre juridique bien sûr — cliquez ici pour en savoir plus). En réalité, c'est l'euthanasie tout court, car l'euthanasie active c'est celle dont je vous parle depuis le début. Elle se différencie de l'euthanasie passive dont je n'ai pas parlé car je trouve qu'elle est inutile et bien entendu à proscrire : le fait d'euthanasier quelqu'un par délaissement et indifférence en ne lui administrant aucun médicament permettant son maintien en vie.
Alors bien sûr, je rappelle que la Belgique, l'Islande et la Suisse sont des pays européens qui respectent donc les droits de l'homme. « L'euthanasie s'y fait exclusivement sur la demande expresse du patient lui-même et non par un proche, aussi proche soit-il ».
Pardonnez-moi ce pathétisme, mais encore faut-il qu'il puisse bouger le pouce, « chance » qui n'est pas donnée à chacun d'entre eux...
L'acte est pratiqué par un médecin désigné par le gouvernement et un refus de sa part est considéré comme un manquement grave à son devoir et donc à l'arrêt de son métier par les autorités, ce qui n'arrive que très rarement (1/10 000 refus).
Alors bien sûr, la taille réduite de ces pays, leur faible population, etc. rendent cette organisation possible et sont des arguments pour la France de ne pas l'intégrer à la législation du pays. Mais avec un minimum de volonté, je pense, on pourrait faire au moins des dérogations pour des cas vraiment très graves comme celui que je décris depuis le début de cet article.
D'une façon générale, l'euthanasie est utile et doit être une solution présentée systématiquement à chaque accidenté de la vie ou chaque malade atteint de dégénérescence cellulaire...
Le droit de choisir sa mort : témoignages

Son avocat (Philip Havers) a demandé de traiter ce dossier sur le plan « juridique et légal » et non pas sur le plan « philosophique, moral, éthique ou religieux ». En clair, cet avocat demandait au gouvernement britannique de donner « le droit de mourir » à un de ses citoyens.
La réponse du représentant gouvernemental dans la salle d'audience (Jonathan Crow) fut simple : « L'euthanasie ou le suicide assisté doit rester un crime ». Encore une réponse d'un politique, froide et désorientée. J'ajouterais que M. Crow a eu plus d'esprit que M. Mattei en utilisant un faux synonyme très puissant de l'euthanasie : « le suicide assisté ». Inutile de dire que ce « verdict » aurait été exactement le même en France.
Ce cas pose une autre question : a-t-on le droit de choisir le jour de sa mort ? Je dirais que dans certains cas, oui, mais encore une fois tout est question d'expertise médicale sur la condition du patient, de sa motivation, etc.
Mon avis sur l'euthanasie : pour une mort digne
Je suis pour l'euthanasie (active) parce que je pense qu'elle est le meilleur moyen de rendre la dignité à un homme et d'abréger des souffrances qu'aucun d'entre nous ne peut simplement imaginer. Bien entendu, il ne doit appartenir qu'au sujet de décider ou non de mourir. Mais il faut aussi que des contrôles très sévères de chaque euthanasie et des conditions dans lesquelles elle se réalise soient effectués. C'est rendre service à ces gens que d'intégrer cette pratique dans les textes de la médecine légale.
Et cela car chacun doit vivre et surtout mourir dignement ! Je trouve que mourir après la perte totale de ses neurones, attaché sur un lit d'hôpital (pour les maladies dégénératives), ou encore par un étouffement ou par une crise de claustrophobie (pour les accidentés), ce n'est pas une mort digne. C'est surtout ne pas penser à leur condition et au combat qu'ils mènent chaque jour pour boire, manger, aller aux toilettes, se changer... bref, tous les gestes de la vie quotidienne.
Bien sûr, en France nous avons la meilleure sécurité sociale au monde et tout, absolument tous les frais (sages-femmes, femmes de ménage, etc.) mais aussi les médicaments sont pris en charge. Mais le problème est ailleurs.
L'euthanasie pour moi, ce n'est pas « un homme qui tue un homme », c'est « un homme qui donne une délivrance à une personne consciente de son état ».
Ce que je vais dire peut paraître absurde et je ne sais pas si quelqu'un comprendra, mais je pense que donner la mort à une personne atteinte de maladie incurable, c'est lui sauver la vie.
Je vous remercie d'avoir lu cet article et je vous demanderai de ne pas seulement mettre dans vos commentaires « ouais t'as raison, les gens comme ça faut leur permettre de mourir » ou encore « tu es un malade, c'est contraire à la loi, tu es fou », mais plutôt de vous justifier dans les deux cas et de créer un vrai débat...