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Essais

L'Eternel Retour

Jean apprend qu'une tumeur peut le tuer à tout instant. Cette condamnation pousse ce père de famille à tout chambouler : divorce, reconnexion avec sa fille, idylle avec sa secrétaire… jusqu'à une révélation cosmique bouleversante.

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« Ma tête peut exploser à tout moment »

C'est ainsi qu'il avait entièrement traduit le discours post-IRM du neurologue. Celui-ci lui avait parlé de « malformation artérioveineuse dans la région du cerveau » à cause d'une tumeur d'origine inexpliquée qui avait grossi depuis cinq ans. Il lui avait montré sur le moniteur une espèce de boule noire qui prenait une place énorme dans son cerveau. Littéralement, c'était un embrouillement de câbles qui pouvait péter à n'importe quel moment et provoquer une attaque cérébrale assez musclée. L'attaque, suivant son importance, pouvait avoir comme conséquence un coma léger, la perte de facultés intellectuelles et/ou physiques à la suite d'un coma profond, ou tout simplement sa mort. Le docteur ajouta que, vu la taille du machin, ce étaient plutôt les dernières possibilités qu'il fallait envisager.

Migraines. Elles étaient devenues quotidiennes ces dernières semaines, si fortes, si harassantes que Jean les prenait comme une sorte de punition divine. En tout cas, Dieu Doliprane était impuissant contre ces foudroiements, et le médecin généraliste, pas plus avancé, recommanda une IRM.

— Vingt euros la consultation, c'est ça ? avait-il demandé.
— Ah non, moi c'est vingt-deux, lui avait-on répondu.

Le neurologue avait vainement essayé de le rassurer tout en lui disant que la situation était grave et qu'il était « urgent d'opérer », mais il précisa ensuite qu'il allait être opéré dans deux semaines. Jean faillit avoir une attaque avant l'heure. Deux semaines ! « Il est urgent d'opérer »… il n'en revenait pas. Comment pouvait-on le faire poireauter aussi longtemps alors qu'il était au bord d'une explosion de cervelle ? Paniqué, il zappa tout ce qu'avait dit le docteur pendant les trente secondes qu'il lui fallut pour encaisser la nouvelle, et l'interrompit au milieu d'une phrase pour savoir pourquoi cela prenait autant de temps.

Il avait donc débarqué à 10h00 à l'hôpital et on l'avait étalé sur une table glacée qui glissait dans un cylindre géant. Bougeant le moins possible, il avait écouté des vrombissements et fixé le métal pendant un quart d'heure, le temps que les petits noyaux d'atomes de son cerveau résonnent magnétiquement pour produire une jolie image tridimensionnelle.

Le toubib lui déroula alors le couplet habituel sur le manque de moyens et de personnel dans les hôpitaux, les agendas overbookés des blocs opératoires. Il ajouta qu'il avait du bol d'être opéré aussi tôt, étant donné que le créneau horaire de l'opération avait été obtenu suite au décès prématuré d'un patient qui devait également se faire extraire une tumeur du cerveau, sauf que lui n'avait pas pu attendre. Jean aurait préféré que cette information ne parvienne pas à ses oreilles car elle avait déclenché en lui une panique majeure. Il ne pouvait s'empêcher de penser : « Il va m'arriver la même chose, il va m'arriver la même chose… » Sa propension à s'enterrer dans le négatif avait pris le dessus, la loi de Murphy régnait en maître dans son système nerveux.

Une fois la résonance magnétique de son cerveau terminée, il put se rhabiller et rejoindre le neurologue pour un debriefing.

Croulant sous de nouvelles angoisses, prêt à plonger dans de grandes introspections, Jean décida de rentrer chez lui pour réfléchir tête reposée.

La route du destin

Sur le chemin, il ressentit l'implacable malheur qui tombait sur lui, mais il se demandait si c'était de la malchance ou le destin. Si c'était le destin, alors c'était plus honorable, cela signifiait que Dieu lui-même s'était occupé de la fin de sa vie, il lui avait porté une attention toute particulière en disant : « Lui, il mourra d'un accident vasculaire cérébral », quel grand honneur ! Jean était exalté de voir que Dieu veillait ainsi sur lui, mais cela ne dura pas. Il se rendit compte qu'il allait mourir et que cela n'avait aucun sens. C'était absurde ! Si soudaine et terrible, cette nouvelle inattendue détruisit le peu de foi religieuse que sa femme avait entretenue chez lui pendant plus de dix ans. Bon dieu ! Qu'est-ce que c'était rapide, c'était à se demander s'il avait déjà cru.

Lui, Jean, 45 ans, marié depuis dix-sept ans, père d'une fille de dix-huit ans, cadre dans une entreprise de services informatiques, il gagne 3 500 € par mois, dans la rue les femmes le regardent, pleines d'envie. Il doit payer 1 300 € de loyer pour sa maison en agglomération, 200 mètres carrés avec un terrain de 600 mètres carrés. Sa femme, Christine, ne travaille pas mais l'héritage de son père, un ancien évêque, subventionne les besoins de la famille (quand elle le veut). Il se demandait quelle nouvelle attristerait le plus sa femme : savoir qu'il avait perdu la foi ou qu'il allait mourir ? Il décida de ne rien lui dire. Quant à sa fille, il ne la voyait jamais. Elle vivait chez eux pourtant, mais en semaine elle travaillait comme une folle pour sa première année de médecine et le week-end elle était toujours partie « teuffer » quelque part. Les rares conversations avec elle se faisaient au téléphone et n'allaient pas plus loin que : « Tu peux venir me chercher ? ». Il s'imaginait bien lui annoncer au téléphone qu'il allait mourir :

— Julie, ma tête peut exploser à tout moment.
— Quoi ?!
— Oui, écoute je sais que ça te rend triste mais…
— Quoi ? Attends, j'entends rien ! Je suis en boîte là !

Tout lui paraissait si risible maintenant. « Une attaque cérébrale pourrait survenir à tout moment… à tout moment… » Est-ce que ça valait la peine d'agiter sa carcasse dans de pareilles circonstances ? Il sentait venir la grande Résignation petit à petit dans son esprit, celle qui rend les condamnés à mort doux comme des agneaux, en totale acceptation avec leur sort même s'ils sont innocents.

Un camion avait surgi de l'horizon sur l'autre voie. Sans réfléchir, Jean déporta sa voiture à contresens puis accéléra. L'Audi A6 commença à vibrer, le camion se rapprochait, Jean était calme, résolu. Il entendit le klaxon sourd du camion fonçant vers lui, mais lorsqu'il ne fut plus qu'à dix mètres de l'engin il se ressaisit, comme si un pétard avait éclaté près de son oreille. D'un réflexe fulgurant, il se rabattit sur la bonne voie.

Il se gara sur un des parkings bordant la nationale et sortit de sa voiture en titubant. Il s'approcha d'un fossé, se pencha et posa ses mains sur ses genoux. Il sentit une flopée de sucs gastriques monter dans sa gorge mais il ravala tout à temps. Il resta dans cette position pendant plusieurs minutes en réfléchissant intensément, puis il se redressa. Il avait pigé un truc. Il revint vers la voiture et, avant de rentrer à l'intérieur, il se mit à rire d'un éclat frais, généreux et libérateur.

Le cauchemar

Le cerveau en fusion, Jean s'inséra dans son lit. Sa femme somnolait, ses cheveux bruns mi-longs étalés sur l'oreiller. « Trop maigre », pensa-t-il, « et cette nuisette censée être sexy ne lui va pas du tout ». Il dut repousser délicatement la main de sa femme qui commençait à étreindre son sexe, il n'était vraiment pas d'humeur. Quelques grognements plus tard, elle s'était endormie. Il ne tarda pas à faire de même.

Il vit sa femme à plusieurs reprises, elle essayait de percer un trou dans sa tête avec ses longs ongles vernis de rouge. Lorsqu'elle y arrivait, elle poussait un soupir de satisfaction et commençait à triturer l'intérieur de son crâne en souriant de façon diabolique. Elle était habillée d'une combinaison de latex rouge avec des bas résilles, elle se tenait derrière le fauteuil où Jean était installé. Il lisait son journal, impassible. Elle avait introduit sa main dans son crâne et elle agitait ses doigts comme pour l'amadouer, on pouvait entendre le bruit de succion de la chair fraîche que l'on malaxe. Elle passait sa langue sur ses lèvres d'une façon vulgaire et exhalait des soupirs de jouissance en fermant les yeux. Lui lisait toujours son journal, ne prêtant aucune attention aux agissements de sa femme.

Visiblement déçue, son visage se ferma et elle remua encore plus sa main, les bruits de succion se firent plus forts. Jean commença à tiquer sur son fauteuil. Satisfaite, elle extirpa de la cavité creusée dans son crâne un épais fil noir enduit de sang. Jean était de plus en plus mal à l'aise. Elle tirait de plus en plus, jusqu'à ce qu'une pelote entière de fil maculé de sang tombe dans son autre main. Elle prit cette pelote de fil et la pressa dans sa paume, ce qui provoqua un horrible bruit de broiement. À cet instant, les yeux de Jean se révulsèrent, il lâcha son journal et se tint tout raide, mains sur les genoux. Alors sa femme commença à lui lécher l'oreille, puis déplaça sa langue jusqu'au trou qu'elle avait creusé avec ses ongles. Elle pencha la tête de son mari et ouvrit grand sa bouche afin d'avaler la cervelle liquéfiée qui s'écoulait de l'orifice. Sa langue s'enroulait libidineusement autour de la viande rose qui se déposait dans sa bouche comme une glace à l'italienne sur un cornet.

La décision de divorcer

Dimanche. Comme à son habitude, Christine était déjà levée, habillée sur son 31 sans occasion particulière. Jean s'avança dans la cuisine en caleçon.

— Rhooo, combien de fois je t'ai dit de t'habiller avant de venir manger ? dit-elle en s'épinglant les cheveux.

Il ne répondit pas et s'installa pour prendre son petit déjeuner. Il beurra mollement une tartine et étala de la confiture d'un geste las.

— Eh bien, c'est la grande forme aujourd'hui, remarqua-t-elle avec une ironie mordante.

Elle se tenait debout devant l'évier où elle lavait des bols.

— Je… J'ai fait un mauvais rêve, dit-il, fatigué.
— Dois-je te rappeler que tu dois aller chercher ta fille ce matin, elle est encore à une de ses « fêtes » ?
— Oui, je m'en souviens, merci, dit-il, agacé.
— J'aimerais que tu sois un peu plus respectueux de ta fille qui travaille dur et plus aimable avec moi, le fait que nous sommes dimanche matin n'est pas une excuse.

Il arrêta de beurrer sa tartine, leva les yeux vers le plafond et se tourna vers sa femme.

— Chérie, tu sais quoi ?
— Non, je ne sais pas, dit-elle froidement, le dos tourné.
— Je crois qu'on devrait divorcer, dit-il avec calme.

Elle stoppa ce qu'elle était en train de faire et se mit à trembler, elle était complètement déstabilisée. Le monde s'effondrait autour d'elle et on ne l'avait pas prévenue. Elle se ressaisit, son visage se déforma en un rictus d'horreur. Elle mit un bol dans le lave-vaisselle et partit sans regarder son mari.

— Et on aurait dû le faire depuis bien longtemps ! cria-t-il à la silhouette brisée qui s'éloignait.

Jean savait qu'elle ne le laisserait jamais faire, alors le matin même il alla au centre-ville voir son avocat. Il lui fit part de ses projets et lui donna une grosse avance pour qu'il s'occupe de tout.

À la recherche de Julie

Grâce à l'adresse et aux indications que lui avait données sa fille la veille, il trouva facilement la maison. Elle se situait en bordure de la ville, dans un quartier où les maisons sont trop grandes pour être dans le centre-ville. Celle-ci ne dérogeait pas à la règle : massive, deux étages, véranda à l'arrière de la maison surplombant une partie de la piscine, deux garages, jardin étagé parcouru par un escalier en marbre, mur en crépi blanc de luxe et – cerise sur le gâteau – le nom de la maison Félicité creusé dans la façade et recouvert de feuilles d'or. Rien de tout cela n'était visible si le portail automatique de trois mètres de haut était fermé. Il fut un temps où Jean aurait été jaloux face à une telle demeure, mais ce jour-là, il s'en foutait royalement. Cela puait tellement le fric et la frime que la meilleure chose à faire était de ne pas y prêter attention.

Il gravit les marches jusqu'à la porte, sonna une fois, attendit qu'on lui ouvre, sonna une deuxième fois, attendit encore, puis il appuya sur la clenche et remarqua que la porte était ouverte. Il pensa « Boh, après tout… » et il entra dans la demeure. Il déboucha sur un couloir, il entendait de la musique avec beaucoup de basses au loin, mais ne pouvait pas savoir qu'il s'agissait de la chanson Detox de Strapping Young Lad. L'intérieur était immense et richement décoré : couloirs extra-larges, nombreuses toiles accrochées aux murs, portes en bois sculptées avec poignées dorées. Pour retrouver sa fille, il suivit à rebours le chemin des ondes musicales et entra dans un énorme salon avec un plafond situé à quatre mètres de hauteur. Il découvrit alors le plus grand bordel qu'il n'ait jamais vu…

L'intérieur de la fête

Les baffles qui crachaient les riffs déplaçaient l'air troublé par un brouillard constitué de fumées multiples. Jean put discerner du tabac dans l'atmosphère mais fut bien incapable de démêler les autres senteurs exotiques qui occupaient la pièce. Sur une table basse en verre, il y avait un narguilé d'un mètre de haut, le charbon n'était pas éteint. Il s'approcha et vit que l'eau du réservoir avait pris une couleur jaune-verte. Autour, il y avait plusieurs boîtes de charbons éventrées ainsi que du tabac éparpillé. Jean avait déjà vu ce genre d'engin chez des amis à sa femme mais ils ne s'en servaient jamais. Bien décidé à explorer de nouvelles sensations, il prit le tuyau et tira une longue bouffée dessus puis retint la fumée. Il toussa, une, deux fois, mais il se sentit plus léger.

Obnubilé par l'objet oriental, il n'avait pas fait attention aux jeunes étalés tout autour de lui dans des positions que seul un relâchement musculaire total aurait pu provoquer. À leur tête, on ne pouvait discerner s'ils étaient endormis, dans le coma ou tout simplement morts. Un gars gisant sur le sol était en caleçon avec son jean ratatiné à ses pieds, plusieurs filles étaient en sous-vêtements. Jean s'approcha de l'une d'elles, elle était aplatie sur un canapé, cheveux explosés, la tête déformée par un accoudoir, le maquillage en berne et la bouche ouverte, elle bavait abondamment sur une main qui n'était pas la sienne. Il lui saisit un bras, le souleva à cinquante centimètres puis le lâcha, il retomba d'une façon si molle qu'on pouvait se demander s'il y avait encore les os pour supporter la chair. « Ainsi », pensa-t-il, « c'est à peu près comme ça que je serais si le… le truc m'arrive. Plutôt marrant ».

Il se releva, enjamba les corps nubiles, résista à l'appât de la chair fraîche et ausculta la table en chêne massif jouxtant l'assemblée de fauteuils. Elle était recouverte d'une nappe criblée de dessins, déchirée et brûlée à plusieurs endroits. On aurait dit un entrepôt de bouteilles en tout genre, majoritairement des bouteilles d'alcool : J&B, Cointreau, Eristoff, London Dry Gin, Dillon, Manzanita, Passoa, Jet 27, Malibu Coco, Soho, Desperados… Et un nombre impressionnant de 1664 éparpillées sur la table, mais aussi quelques timides bouteilles de Joker et de Coca-Cola étaient présentes. Les bouteilles étaient plus ou moins vides, on avait inséré de la bouffe à l'intérieur de certaines, d'autres étaient renversées et le liquide trempait dans des chips et des conglomérats de gâteaux apéritifs. Des gobelets en plastique étaient écrasés un peu partout, certains avaient des noms écrits dessus au marqueur : « Mina », « Nico », « Chacha », « JP »… D'improbables cocktails alcoolisés où s'étageaient des boissons de couleurs différentes n'avaient pas été finis de boire, Jean en essaya quelques-uns, recrachant les plus dégueulasses. Un quatre-quarts s'était transformé en un monticule de miettes, il y avait également un gros plot de chantier sur la table qui le rendit perplexe.

En revanche, il n'y avait aucune trace de sa fille au milieu de tout ce fatras. Il décida de changer de lieu, renversa une 1664 sur son chemin et entra dans une pièce qui ressemblait à une cuisine où un intestin grêle de tyrannosaure venait d'exploser : poêles et casseroles dans tous les coins remplis d'une mixture brune pleine de grumeaux, traces de farine, jaunes d'œufs, un nombre incalculable d'ustensiles usagés, etc. Mais ce qui attira l'attention de Jean était un morceau de shit sérieusement entamé de la taille d'une clé USB qui trônait sur une planche à pain à côté d'un briquet, de feuilles à rouler, de tabac, de tickets de bus et de clous de girofle. Apparemment, un joint avait été oublié par son créateur, Jean le prit et l'alluma. Il tira plusieurs bouffées et un goût frais envahit sa bouche, sa gorge se ramollissait. Il huma l'extrémité du joint et se sentit dans le cabinet d'un dentiste, « Nooon » dit-il, amusé. Le joint faisait son effet plus que jamais grâce à cet ingrédient incongru ajouté dans la recette. Quelques lignes de poudreuse étaient présentes sur la planche à pain, Jean utilisa un billet de vingt euros pour en sniffer une, « La coke de papa et maman » dit-il à haute voix. Le mélange des substances fit d'étranges effets : excitation relaxante, douce euphorie, il expérimentait un oxymore physique et mental. À côté de la planche à pain il y avait une feuille de papier où il était écrit « Space Cake » suivi d'une liste d'ingrédients apparemment normaux, excepté peut-être le mot « marijuana » qui s'était glissé au milieu.

Il jeta un coup d'œil par la fenêtre qui donnait sur le jardin et vit des formes bizarres s'agitant sous l'effet du vent mais il faisait trop sombre pour en voir plus. Il retourna dans la salle et entra dans la véranda. Il trouva un interrupteur et appuya dessus, cela eut pour effet d'illuminer tout le jardin. Jean avait sous les yeux ce qui ressemblait à une œuvre d'art nihiliste : des rouleaux entiers de PQ avaient été déroulés de part en part du jardin, avec des bouts accrochés aux arbres, enjambant les buissons et les arbustes. Au milieu de ce maelström rose et blanc, un infortuné gisait inconscient, momifié dans du Lotus extra doux. Autour de lui étaient disposées des fleurs ainsi que des plaques en marbre où il était écrit des choses comme « À notre père/soeur/oncle bien-aimé » qui provenaient sûrement d'un cimetière proche d'ici.

Jean poursuivit l'exploration de la maison à la recherche de sa fille, il traversa les couloirs, ouvrit les portes. Dans une des toilettes il trouva un mec en plein acte vomitoire et dans une des chambres il trouva un couple en plein acte sexuel. Il vit que la fête était loin de s'arrêter au salon et à la cuisine, des personnes gisaient dans presque toutes les pièces au milieu de cadavres de cigarettes. Il ouvrit les placards, regarda sous les lits, parcourut les deux étages en regardant chaque visage qu'il apercevait mais malgré tous ses efforts il ne trouva aucune trace de sa fille.

Les retrouvailles

Puis la chose qui gisait sur la pelouse au milieu du PQ revint à son esprit, il n'avait pas vu à quoi elle ressemblait. Il retourna en bas, sortit dehors et s'approcha de la masse rose. Il vit qu'elle tressautait de temps à autre et qu'elle émettait des sons hybrides entre le chagrin et l'euphorie. Il déchira l'enveloppe de papier hygiénique, la pauvre chose qui gémissait dans l'herbe était bien sa fille. Sa tête trempait à moitié dans une flaque de vomi, sa bouche exhalait une odeur fétide, son maquillage avait coulé, ses yeux étaient rouges, explosés, il y avait de l'herbe dans ses cheveux, de la sauce tomate sur ses joues et du vomi au coin de ses lèvres. Ses traits étaient tirés, fatigués, cette nuit avait été une terrible épreuve pour elle.

Quand elle vit le visage de son père elle eut un grand sourire béat suivi d'une quinte de toux qui lui fit cracher ses poumons, elle essaya ensuite de parler mais rien de cohérent ne sortit de sa bouche, alors elle se mit à pleurer et à grogner des « j'suis désolé », « j'y arriverai jamais », « j'peux pas ». Son père essaya de la mettre debout mais elle n'avait aucun équilibre, alors il la porta dans ses bras, comme une princesse avec sa robe de Lotus qui traînait par terre et son diadème d'herbes défraîchies.

Elle cracha un peu de bile, elle était secouée par des hoquets de désespoir. Il la porta jusqu'à la voiture et la déposa sur la banquette arrière. Il s'apprêtait à prendre la place du conducteur quand sa fille l'agrippa par le bras. Elle était toujours en sanglots et ses paroles étaient entrecoupées de sons venus du fond de sa gorge :

— Papa, je voulais pas que… que tu me voies dans cet état-là, articula-t-elle.
— C'est pas grave, dit-il sur un ton apaisant.
— C'est que, c'est que, c'est trop dur, elle éclata en larmes, j'y arriverai pas tu comprends… La médecine… C'est trop dur, je peux pas… Et puis maman qu'est toujours sur mon dos… C'est pas possible, j'en ai marre de bosser comme une malade, j'suis pas faite pour ça, dit-elle d'une voix attaquée par le chagrin.
— Je… Je ne savais pas, je pensais que ça allait…, dit-il, prêt à succomber après cette révélation issue des tripes de sa fille.
— Vous ne voyez rien ! cria-t-elle, je me fous en l'air tous les week-ends et vous continuez de m'accorder votre putain de confiance aveugle qui me fout la pression, dit-elle à bout de nerfs.
— Mais tu n'as jamais songé à… tout arrêter ?
— Vous ne m'auriez jamais laissé faire ! Vous préférez que j'en chie pendant plusieurs années juste pour avoir un « docteur » dans la famille, z'en avez rien à foutre de ma santé mentale ! Putain, si je pouvais juste… juste disparaître !

Jean commençait à réaliser des choses, il vit à quel point les années d'une routine familiale moisie avaient pourri ses yeux. Il était devenu aveugle ! Il avait perdu sa fille. Lorsqu'il la voyait, il ne discernait rien des blessures qu'elle portait depuis des années. Il fallait que cela change, maintenant.

— Tu sais, Julie, maintenant je m'en balance complètement. Si tu ne peux plus supporter la médecine, alors abandonne, tu trouveras bien un truc qui te plairas quelque part. On a eu tort de t'inciter à faire ça, c'est de notre faute, alors ne te pénalise pas à cause de nous.

Il l'avait dit sur un ton vrai et jaillissant, plein de compassion, il voulait à tout prix que Julie redevienne sa fille. Silence. Julie dévisagea son père, elle avait un peu désaooulé. Elle se redressa sur le siège, les larmes coulaient encore sur ses joues, il la regarda, cherchant le pardon sur les traits de son visage. Elle agrippa son père et enfouit sa tête au creux de sa poitrine.

— Papa, tu as changé, dit-elle entre deux sanglots.

Il n'arrivait plus à parler. Des larmes se bousculaient sous ses paupières fermées. Une connexion nouvelle venait de prendre forme entre lui et sa fille, quelque chose qu'il n'aurait pas cru possible. Il débordait de joie.

Caroline, la secrétaire mystérieuse

Chaque matinée lorsqu'il débarquait au boulot elle était LÀ. Toujours en avance, même quand Jean faisait exprès d'arriver plus tôt, elle se débrouillait pour être présente avant lui. Cela lui fichait la frousse et l'excitait en même temps, cette femme devait l'espionner, tout savoir sur lui, quel fantasme ! Il avait souvent pensé à elle pendant qu'il faisait l'amour avec sa femme. Lui dire bonjour était une épreuve tant ses yeux sentaient bon le rayon X, elle n'hésitait pas à le pénétrer du regard pendant plusieurs secondes. Toutes les fois où il avait tenté de le soutenir, il avait échoué. Elle s'appelait Caroline, mais il l'appelait toujours mademoiselle Munraud, c'était sa secrétaire.

Ce matin-là, rien n'avait changé. Elle était assise à son poste, ses pieds délicatement déposés dans des escarpins noirs, ses jambes croisées enfilées dans des bas noirs, elle portait un tailleur noir qui ravivait sa silhouette élancée et une jupe noire serrée autour de ses cuisses. Un décolleté en V plongeait jusqu'à la ligne où naissait sa poitrine, on pouvait aisément deviner le contour des seins sous sa veste noire. Ses longs cheveux, teints dans un roux magnifique, étaient détachés et se répandaient libres comme l'air sur sa nuque. Ses lèvres étaient pleines et satisfaites, elle ne souriait jamais mais parfois elle entrouvrait la bouche, offrant une vue sur sa dentition parfaite. Jean était affolé par ce tic qui la rendait encore plus sexy. Elle avait un visage aux lignes douces et un nez fin, en revanche son regard était d'une dureté à toute épreuve. N'importe qui se retrouvait à poil sous l'effet de ses yeux colorés d'un marron pâle très inhabituel, de véritables Rayons X à la Superman, c'était d'ailleurs son surnom dans la boîte, Rayon X (pas Superman).

Jean avait toujours eu peur de cette femme, mais c'est aussi ce qui alimentait son fantasme. Il avait l'impression qu'elle connaissait tout de son intimité, ce qui la rendait capable de le briser d'un claquement de doigt à tout moment. Techniquement c'était sa subordonnée mais en réalité il n'y avait qu'un seul boss dans leur bureau et c'était elle. D'autre part, son statut d'extra-terrestre au sein de l'entreprise gratifiait Jean d'une certaine fierté de travailler avec elle. Il se retrouvait souvent au centre des conversations lorsqu'on lui posait des questions à son propos. Généralement, on voulait savoir si elle était vraiment aussi froide et muette qu'elle en avait l'air. Il est vrai qu'elle était plutôt fraîche et qu'elle parlait strictement boulot mais Jean était profondément convaincu que ce n'était pas son vrai caractère donc il répondait par la négative. Cependant il n'avait jamais tenté de vérifier ses suppositions, trop effrayé par le charme glacé qui émanait de cette personne.

Mais aujourd'hui c'était différent, il n'avait plus rien à perdre, il pouvait se lancer dans n'importe quoi sans avoir peur d'y laisser ses plumes. Il avait toujours rêvé d'elle, mais aujourd'hui il allait enfin passer à l'action.

— Dites-moi… Caroline, depuis combien de temps travaillons-nous ensemble ? demanda-t-il nonchalamment.
— Cela doit faire cinq ans, monsieur, répondit-elle formellement sans lever les yeux de son écran.
— Et… est-ce que vous êtes satisfaite de notre… collaboration ?
— Avec vous le travail est fait justement et comme il faut, monsieur, j'en suis satisfaite, répondit-elle sans ciller, même si la question était inhabituelle.
— Vous devez savoir, Caroline, que j'ai toujours admiré votre… discrétion et votre efficacité, et j'aimerais… pour fêter notre fructueuse collaboration sur cinq ans, j'aimerais vous inviter au restaurant, lâcha-t-il subitement.

Une pause.

— Ce soir.

Il se voyait déjà se jetant derrière son bureau pour se protéger du blizzard qui allait déferler à travers la pièce. Caroline pivota lentement sur sa chaise puis se mit à fixer Jean de son implacable regard. Pour la première fois, il discerna une lueur d'émotion dans le creux de ses yeux : le défi. Elle lui lançait un défi : il devait soutenir son regard le plus longtemps possible et ce serait dans la poche. La nouveauté de cette situation lui donna un élan de courage, il fut apte à scruter le blanc des yeux de sa secrétaire jusqu'à ce que les siens se brouillent. Un coin de la bouche de mademoiselle Munraud s'étira d'un millimètre, puis finalement elle dit :

— Avec plaisir, monsieur.

Le dîner et l'incident

Jean faillit succomber à une syncope lorsqu'il vit Caroline sortir de sa voiture. Elle était intégralement vêtue d'un blanc vespéral, escarpins, jupe et chemisier, elle était d'une beauté et d'une légèreté sans pareil. Lorsqu'il s'approcha d'elle, elle lui lança son premier sourire en cinq ans, il fut instantanément subjugué.

Le repas se déroula de façon inespérée. Au début, le feeling coinça quelque peu car Caroline lui posa des questions sur sa femme, il élagua vite le sujet en disant qu'il était sur le point de divorcer. Elle s'intéressa également aux relations qu'il entretenait avec sa fille, ainsi que son état mental. Il répondit en toute sincérité que tout allait pour le mieux et qu'il ne s'était jamais senti aussi bien.

L'alcool n'avait aucune emprise sur Caroline mais les verres de vin que Jean sifflait le rendaient encore plus joyeux. Il était absolument ravi de briser enfin la glace, Caroline était une personne totalement différente hors du travail, souriante, enjouée, elle le surprenait à chacune de ses phrases. Lui ne pouvait s'empêcher de la dévorer des yeux, il admirait sa façon de s'animer, de parler… En fait, il était en train de tomber dans une sorte d'amour alcoolisé.

Jean se projetait déjà dans l'avenir, à la fin du repas il s'approcherait d'elle en envoyant un paquet de signaux, il flirterait, lui parlerait en roucoulant de ce merveilleux moment qu'il avait passé avec elle, elle répondrait de même, il lui donnerait son manteau et ils sortiraient du restaurant pour faire une balade nocturne. C'est dans cette atmosphère paisible qu'il commencerait à lui dévoiler ses sentiments, avec de la chance elle succomberait et ils s'embrasseraient goulûment au clair de lune. Puis il lui dira « prenons une chambre d'hôtel pour la nuit ».

Ah, Jean se délectait à l'avance de ce paquet de clichés, il barbotait dans les yeux de sa dulcinée, plein d'espoirs et d'hallucinations. Mais tous les liquides qu'il avait ingurgités commençaient sérieusement à faire surpression dans sa vessie. Il s'excusa avec classe et se leva de sa chaise, mais lorsqu'il engagea un pied, il sentit que ses doigts étaient engourdis. Surpris, il regarda sa main, puis perdit la sensation de son bras. Caroline demanda ce qui se passait. Il répondit « gnon drap mais en pourri » puis une douleur fulgurante perça son crâne, il aperçut le regard perplexe de Caroline, puis fut de nouveau assailli, il poussa un râle de souffrance et perdit l'équilibre.

Son épaule heurta la table qui se renversa avec fracas, le pichet s'éparpilla en gros éclats de verre sur le sol, la nappe, les couverts et les assiettes s'écrasèrent sur son dos. Il était terrassé par la douleur et hurlait des choses insensées tel un dégénéré. Dans le restaurant, tout le monde avait ce sentiment morbide, comme si quelque chose de terrible venait de se passer. Un à un, les muscles de Jean ne répondirent plus aux stimuli, un mince filet de sang se mit à couler de sa bouche complètement déviée. Les sons se firent plus feutrés, lointains, ses sens faiblissaient. Il sentit la main de Caroline sur son épaule et l'instant d'après il ne la sentit plus, ses yeux roulèrent en arrière, il vit rouge, et ce rouge se fondit en noir.

La révélation de l'Éternel Retour

Jean battit des paupières, il était allongé sur une sorte de table d'opération argentée, il avait deux gros projecteurs braqués sur sa gueule, autour de lui régnait le bruit et l'agitation. Il jeta quelques coups d'œil aux alentours pour découvrir ce qui se tramait autour de lui. Beaucoup d'êtres vivants, apparemment, sauf que tous n'avaient pas la même… nature. Il y avait des petits, des gros, des grands, des maigres, certains étaient bleus, d'autres verts, voire jaunes ou rose fuchsia. D'autres avaient des tentacules, des creux, des bosses, des piques, des orifices mal placés ou des organes aux fonctions inconnues, cependant ils portaient tous du blanc, c'est pour cela que Jean les assimila à des docteurs. Ils étaient très nombreux et s'occupaient de centaines de « patients » allongés sur des tables, tout comme Jean, mais chacun était d'une espèce différente. Il y avait à peu près dix docteurs pour chaque patient. L'endroit où il se trouvait ressemblait à un immense hangar dont l'architecture était régie par les courbes, les murs et le plafond étaient recouverts d'immenses écailles nacrées qui changeaient de couleur selon le point de vue de l'observateur. Il y avait d'énormes trous dans les murs qui donnaient vue sur le noir le plus complet.

Jean ne voyait ses « docteurs » que de dos, ceux-ci discutaient vivement en regardant divers écrans. Ce n'était pas un rêve, Jean se sentait vaseux comme s'il avait dormi pendant des siècles, il voyait ce qui se passait autour de lui mais ne l'assimilait pas. Une fois qu'il fit la mise au point, il se rendit compte qu'il n'appartenait pas à cet endroit, il se sentait aussi étranger que la première fois qu'il avait mis les pieds dans une église. Il émit un maugréement de détresse et tous les docteurs de son « groupe » se mirent à le regarder.

Il se raidit sur sa table lorsqu'il vit la panoplie de choses qui le dévisageaient. Il aurait voulu disparaître. Pouf. Mais malheureusement cela ne marchait pas alors il essaya désespérément de se raccrocher à quelque chose de familier.

— Alors ça y est ? T'es réveillé ? lança une voix à sa droite.

Caroline, c'était Caroline. Mais qu'est-ce qu'elle foutait ici ? Il lui lança un regard qui appelait à l'aide, il voulait des explications. Caroline se rapprocha de lui.

— Je suppose que tu as beaucoup de questions, alors vas-y, ne te gêne pas, dit-elle sur un ton rassurant.
— Heu… Eh bien, est-ce que je suis… mort ? demanda-t-il, partagé entre le ridicule de sa question et la nécessité d'une réponse.
— Oh non, non tu n'es pas mort, tu es bien vivant.
— Mais… au restaurant, j'ai eu une attaque, j'a… j'avais une tumeur…, confessa-t-il.
— Oui, nous savons tout cela, dit-elle, sûre d'elle.
— Ah, bon…

En fait, cette brève conversation l'avait paumé encore plus qu'il ne l'était auparavant, Caroline s'en rendit compte et prit les choses en main.

— Bon, on va commencer par le début. Hum… Tu te trouves actuellement loin, très loin dans le futur, et loin de ta planète également. Malgré les apparences, je ne suis pas humaine, j'appartiens à une planète du système que vous appelez Vega mais il se trouve que ma planète, coïncidence absolue, possède sensiblement les mêmes caractéristiques que la vôtre, d'où la ressemblance entre nos espèces. Bref, nous sommes loin dans le futur et toutes les planètes où résident des êtres suffisamment évolutés se sont alliées entre elles et ont résolu tous les problèmes possibles et imaginables de leurs populations. Dit comme ça, cela paraît trivial mais en réalité il a fallu des millions d'années pour que cela se fasse. Il ne restait plus qu'une chose à percer : l'univers lui-même et notre raison d'être.

Elle fit une pause afin de s'assurer qu'il était prêt pour la suite de son explication.

— Nous avons réussi à percer le secret de l'univers : il s'agit en fait d'une boucle infinie : le cycle commence par un big bang, puis l'univers s'étend pendant une certaine durée, puis il fait marche arrière : il rétrécit, les galaxies se rapprochent, toute la matière converge vers le point central où a eu lieu le big bang, puis elle se compresse en un point à la densité infinie et on revient au premier stade. Le big bang se déclenche à nouveau et la marche de l'univers repart. Tout se déroule exactement comme le cycle précédent, que ce soit la trajectoire d'un photon ou nos vies, elles ne changent pas d'un iota, c'est ce qu'on appelle l'Éternel Retour. Attention toutefois, je te décris juste la boucle qu'effectue un seul univers, alors qu'il existe une infinité d'univers parallèles où nous avons des vies complètement différentes, et beaucoup où nous n'existons même pas. De plus les cycles expansions-compressions n'ont pas la même durée pour chaque univers, à l'heure qu'il est il y a sûrement un univers qui achève son cycle tandis que nous ne sommes même pas à la moitié du nôtre. Tu me suis ?

Jean ne savait que penser de tout ce délire mais il suivait avec attention, oui. Il hocha la tête en guise de confirmation.

— Bien, nous avions donc trouvé comment fonctionnait l'univers. Il ne nous restait plus qu'à trouver notre raison d'être. En effet, difficile de trouver un intérêt à des vies qui se répètent sans cesse ? Si on essaie de changer, on sait à l'avance que cela s'est déjà produit auparavant, il n'y a rien de plus déprimant. On a longtemps bûché sur ce problème alors que la solution paraît si simple une fois qu'on la connaît : au lieu de déprimer en se disant que rien n'allait changer, il fallait aimer cette vie, être heureux, en profiter jusqu'à la lie, jusqu'à qu'on ait envie de revivre la même vie éternellement, il faut dépasser les souffrances et les déceptions, les voir comme une partie intégrante de la vie. Seulement voilà, comment pouvait-on obliger les gens à aimer leur vie ? C'était la grande question, alors nous avons encore fait des recherches, puis nous avons commencé des tests.

Elle s'arrêta pour reprendre son souffle.

— Tu es un de ces tests, Jean. Nous avons intégré sur plusieurs de tes vies parallèles une personne susceptible d'avoir un effet sur toi : moi, ou plutôt des copies de mon corps avec quelques altérations de ma personnalité. Nous faisions varier les paramètres à chaque expérience, nous pensions que le test serait concluant si tu parvenais à établir une relation avec une de mes copies. D'après une analyse de ta personnalité, il fallait que tu opères un grand changement dans ta vie avant d'arriver à un tel résultat. Jusqu'ici, toutes les tentatives avaient échoué, mais pas dans ton cas, nous avons inclus une variable qui allait tout changer : le fait que tu sois en danger, l'incertitude face à la mort. Cela a souvent un effet terriblement néfaste sur la volonté d'une personne, mais pas dans ton cas, cela t'a fait réagir. La fausse tumeur que nous avons implantée dans ton cerveau était programmée pour simuler une attaque cérébrale pile au moment où ton objectif était accompli. En réalité, elle nous a envoyé ta signature corporelle à travers un vortex spatio-temporel. Grâce à cette signature, nous avons pu reconstituer ton corps et te faire part de notre connaissance.

Elle eut un sourire inexpliqué, puis sur son visage on pouvait lire que son explication touchait à sa fin.

— Ton véritable corps est toujours sur Terre, dans une espèce de coma simulé. La fausse tumeur se résorbera d'elle-même, tu te réveilleras dans une semaine, si tu as envie de t'amuser avec le modèle que nous avons appelé Caroline, ne te gêne pas, il est fait pour ça. Tu te rappelleras de l'expérience que tu as passée ici comme un vague délire de comateux, mais le savoir essentiel que tu as acquis restera à jamais gravé dans ta mémoire, ce sera le motif inconscient qui te guidera toute ta vie.

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