
Les Français se demandent s'ils ne devraient pas imprimer sur les paquets de cigarettes — dont le prix vient d'ailleurs d'augmenter considérablement — la photo d'un fumeur atteint d'un cancer ainsi que la mention « le tabac tue ». L'effet sera-t-il suffisamment dissuasif pour décourager les futurs consommateurs ou faire baisser la fréquence d'inhalation des adeptes de Jean Nicot (1530-1600) ?
L'idée n'est pas bête et pourrait faire des petits. On ferait imprimer sur les sachets de bonbons des photographies de dents gâtées et sur les étiquettes des bouteilles de bière ou de whisky des clichés d'accidentés de la route perdant leurs derniers litres de sang dans le bas-côté. Sur chaque emballage plastique, chaque canette, chaque bouteille d'eau minérale, une vue de décharge publique où s'entassent pour les siècles des siècles les rebuts de notre société d'hyperconsommation. Sur nos T-shirts, casquettes et chaussures de sport, on verrait le portrait des enfants esclaves qui, dans des caves obscures quelque part en Asie, pour quelques centimes d'euro, cousent de leurs petits doigts les vêtements que nous porterons seulement quelques fois avant de les jeter parce que le coloris ne sera plus de saison.
Il faudrait aussi apposer sur chaque litre d'essence l'image d'une mouette mazoutée et sur chaque baril de pétrole celle des terres inondées par les océans qui vont bientôt déborder suite au réchauffement climatique, ou celle de populations martyrisées par des guerres dont le seul but est de préserver l'approvisionnement d'or noir des pays les plus riches et les plus égoïstes du monde. Cette logique de l'avertissement sanitaire, poussée à son extrême, nous force à regarder en face les conséquences invisibles de nos habitudes quotidiennes.
Excusez-moi, je m'émporte. Au fond, après avoir passé en revue les objets de notre consommation, une seule solution s'impose peut-être avec encore plus de force. Plutôt que de multiplier les étiquettes sur les produits, le plus efficace serait de faire imprimer directement sur les billets de banque cette mention :
« Peut nuire gravement à l'humanité ».
— Philippe Geluck