
Je ne vous connais pas, j'ignore vos convictions, vos rêves, vos échecs et vos victoires. Ici, je me permets tout de même de vous juger, un rictus de mépris accroché aux lèvres. Ce soir, je me permets de cracher sur votre ignorance et votre absurdité. Je me permets, moi qui ne suis personne, de me détacher de la masse de moutons qui s'est formée partout sur la planète, tant il était de mise de détester ces Américains. Américains ! Vous qui ne comprenez même pas que l'Amérique est bien autre chose que les États-Unis, que la marque Coca-Cola, que la guerre. Vous qui êtes bien incapables de nommer tous les pays de cette belle et vaste Amérique. Moi, je me permets de vous juger, tandis que vous, croyant sauver le monde, vous permettez de les juger, eux. Ces « Américains » stupides, ignares, guerriers, selon vos dires. Je lève les yeux au ciel et je vous le réaffirme, avec encore plus de conviction : je vous méprise.
Pourquoi détestons-nous les États-Unis ?
La guerre ? Personne ne souhaite la guerre. Pas même la plupart de ces États-uniens que vous osez nommer des traîtres. Croyez-vous qu'ils soient fiers, en ce moment, ces États-uniens qui l'étaient tellement jadis de vivre dans le plus grand pays du monde ? Ils sont bruyants en vacances, certes. Ils sont persuadés que leur pays est le seul qui importe, certes. Mais vos divagations sur leur mode de vie, leurs lois loufoques, sont de plus en plus dénuées de sens.
Consommer américain tout en critiquant
Depuis votre naissance, vous vous habillez en vêtements qui viennent des États-Unis. Vous mangez leur nourriture, buvez leur eau, idolâtrez leurs chanteurs. Les États-Unis sont l'un des pays à avoir instauré la technologie dans le monde. Oui, ils polluent. Oui, ils ont refusé de signer le protocole de Kyoto. Mais c'est en partie grâce à eux si vous vous levez tranquillement chaque matin en pestant contre une autre stupidité ridiculement sans importance.
L'héritage démocratique américain
Sans les États-Unis, la démocratie n'existerait pas : ils ont été les premiers à en faire usage, excluant les Romains bien entendu. Oui, ils pratiquent parfois la peine de mort. Oui, ils font la guerre. Oui, leur budget militaire dépasse celui de tous les pays industrialisés réunis. Mais qui donne le plus aux pays en voie de développement ? Qui ? Hé oui.
L'hypocrisie de l'anti-américanisme
Je vous méprise, vous et votre ignorance. Je vous méprise de devenir de purs anti-américains, comme vous aimez si bien le dire. On ne manifeste plus contre la guerre, on manifeste contre les États-Unis. Vous n'avez rien compris, rien du tout.
Et cette guerre, à part ce qu'on en dit à la télévision, l'avez-vous comprise ? À part parler de pétrole, d'Américains, de honte, de crime contre l'humanité. Avez-vous pensé que c'était un mal pour un bien, vous, pauvres ignorants ? Je suis contre les motivations de cette guerre, contre les innocents qui pourraient mourir. J'espère une autre solution, un exil de Saddam. Parce que le peuple irakien meurt de faim. De soif. De liberté. Y avez-vous seulement pensé, du fond de votre petit confort ?
Ma position personnelle
J'ai manifesté, pleine de paix, moi aussi, ce jour de février où des millions de personnes ont marché, comme moi. Je refuse que des enfants meurent et je hais l'administration Bush de ne pas en tenir compte. Je hais cet engouement pour tout ce qui vient des États-Unis, je hais leur absence de conscience environnementale. Mais par-dessus tout, je vous hais, vous.
Je vous hais pour votre stupidité scandaleuse, pour cette vague de paix qui vous a pris. 2 000 personnes sont mortes ce 11 septembre. Vous en avez fait un drame, puisque effectivement c'en était un. Mais combien d'entre vous ont pleuré les 800 000 victimes rwandaises ? Combien d'entre vous ont pleuré les génocides d'Afrique, les déportations kurdes ? Vous dites les détester, mais vous êtes tous, autant que vous êtes, pendus à leur cou. Je méprise ce sentiment d'amour-haine qui vous lie viscéralement aux États-Unis.
Un dernier cri de mépris
Je crie mon mépris pour vous ce soir, pauvres enfants gâtés modernes. Je vous méprise, vous et vos lectures d'articles sur la façon de trouver l'âme sœur, sur la mode, sur ce qu'il faut dire ou penser. Vous qui êtes estomaqués, révoltés en ce moment, tellement vous refusez de vous avouer que ce que je vous affirme ce soir est vrai. Tant cette vérité est cruelle. Je vous entends : non, pas moi. Moi, je suis pour la paix, pour l'égalité de tous. Mais c'est bien vu, ces derniers temps, d'être pour la paix, n'est-ce pas ? Vous et vos vêtements griffés, votre pseudo-conscience morale, votre pseudo-guerre pour la paix, votre façon d'être devenus tout à coup de grands pacifistes.
Je n'ai pour vous qu'un profond mépris dégoûté.