
Assise sur le sable, le temps autour de moi semble s'être soudainement arrêté ; mon esprit s'égare dans un monde où la douleur n'existe plus. Autour de moi, je vois ces gens si pressés qui, chaque jour, oublient de vivre leur vie, croyant qu'un jour enfin, ils auront le temps de se consacrer à ce bonheur qu'ils imaginent obtenu d'avance. Ces pantins qui, toujours, répètent les mêmes gestes, ne se posant aucune question sur leur but et leur destin ; ils ne me remarquent pas, moi, l'ange qui trop souvent s'est brûlé les ailes à vouloir voler trop près du soleil.
La pluie fine et fraîche, la nuit si sombre déjà malgré l'heure encore peu avancée, la mer si agitée et les vagues qui semblent rugir leur chagrin… Ces vagues, si majestueuses en apparence, ne sont que le reflet de ma vie : grandes, belles et pourtant si fragiles qu'à peine ont-elles touché un faible rocher qu'elles se détruisent et disparaissent dans l'infinité de la mer. La nature semble pleurer avec moi cet amour perdu trop tôt. Sur mon visage, les larmes ne coulent pas en dépit du chagrin qui recouvre mon cœur, peu habitué, si soudain. Je voudrais pouvoir hurler ma haine envers ce monde trop injuste.
Pourquoi le ciel l'a-t-il rappelé près de lui ? Cet ange, avec qui je ne faisais encore hier plus qu'un, lui qui constamment me répétait de croire en ce monde, lui qui jamais n'avait désespéré ni renié sa vie, pourquoi si vite est-il parti ? Lui, si beau, si gentil, pourquoi un soir, sans le savoir, s'est-il approché si près de la mort qu'il n'eut pas le temps d'éviter cette déesse aux charmes sensuels ? Ange de la mort, prêtresse de la douleur, muse des regrets, pourquoi m'avoir enlevé celui qui m'avait donné goût à la vie ?
Pour un instant dans ses bras, je donnerais ma vie ; pour un dernier baiser de lui, un ultime adieu, je serais prête à tout. Cependant, il est trop tard, je le sais trop bien déjà…
Ces gens qui passent autour de moi et qui pourtant ne me voient pas, j'aimerais leur dire : « Profitez ! Vous, qui n'avez jamais connu la douleur de perdre l'être qui donne un sens à votre vie, cette personne qui vous donne l'envie d'aller toujours plus haut. Jouissez de tous ces petits bonheurs qui s'offrent à vous. Car pour moi, il est trop tard, et je vis aujourd'hui dans le regret de ne pas avoir profité de celui que j'aimais… »
La pluie s'arrête peu à peu, la mer si agitée il y a un instant encore semble s'être endormie, la nature apparaît apaisée. Devant moi, un ange apparaît, il me regarde et me sourit, d'un sourire qui, à jamais, restera gravé dans ma mémoire. Lui, que je croyais avoir perdu, est enfin là devant moi, ses ailes blanches l'élèvent au-dessus de la mer, son teint si mat lorsque son cœur encore battait est si pâle ce soir… D'une voix si douce qu'elle ressemble à un chant, il me dit : « Viens… Viens avec moi, prends ma main et suis-moi dans cette seconde vie où tout est amour et paix. Jamais plus tu ne souffriras, et à tout jamais nous serons l'un contre l'autre. Voilà ton destin, je t'attendais depuis plusieurs jours déjà, te regardant de mon paradis pleurer sur notre amour déchiré… Prends ma main… »
Envoutée par cette voix, lentement, j'avance à sa rencontre, oubliant ces gens trop pressés, je ne veux que le prendre dans mes bras et oublier cette vie qui trop souvent m'a déçu. L'eau glacée me brûle, malgré cela, je continue ma marche pour enfin arriver près de lui. Je n'ai plus pied, je peine à respirer mais rien ne m'arrêterait dans cette tendre folie. Enfin je pleure mais ce sont des larmes de joie, enfin nous ne formerons plus qu'un, et notre amour sera éternel. Dans cette dernière étreinte, je sens ma vie s'évanouir, mon âme s'échappe de moi-même, et malgré ma peur face à cet inconnu, je crois en notre amour : jamais plus nous ne serons séparés…
Au-dessus d'eux, je vole avec lui, main dans la main, mes ailes me transportent dans l'inconnu, et je vois ces gens qui sont trop pressés de vivre leur vie. J'aimerais leur dire : « Amusez-vous ! Il n'est jamais trop tard, votre vie est courte, profitez de chaque instant, car pour moi il est trop tard, c'est la fin je le sais et plus jamais vous ne me verrez, ni les pleurs, ni les regrets ne me ramèneront dans ce monde que je hais. Adieu, mon cœur s'est déjà arrêté, mon corps froid est noyé. Pardon à tous pour le mal que je vous fais, mais comprenez-moi, la vie sans lui n'est qu'une vie condamnée. Tournez la page et comprenez qu'à cet instant mon bonheur est entier… »