
Comme à mon habitude, je me lève et me dirige vers la cuisine. Le poids du sommeil écrase encore mon corps, mes jambes engourdies par ce réveil brutal ont du mal à rester droites. Bol de chocolat ou de café, j'ai toujours le choix, ce matin rien. Pas d'appétit. Direction la salle de bain, la douche s'impose, le savon sent bon. Petite musique vivifiante pour m'encourager à me réveiller en me lavant. Soupir, c'est l'heure de partir.
Je me marche dessus, tombe à moitié dans les escaliers, je voulais éviter le seau d'eau que le concierge avait laissé traîner. Petite rigolade, je me moque de moi-même. Dehors le vent souffle, mes cheveux me cachent la vue quand je tourne la tête, quelle idée d'avoir les cheveux longs, vivement que je les coupe. Je marche tranquillement, passe devant le marchand de journaux, je vois un gros titre affiché sur une pancarte jaune : « Reims, deux morts sur la route la nuit dernière », pas le temps de lire plus, je fonce. Le bus arrive dans pas longtemps, du moins j'espère, je n'aime pas attendre. Je regarde les horaires, bizarre, rien d'affiché. Pas grave, de toute façon je le vois arriver au loin. Direction la fac.
Pas beaucoup de monde ce matin dans le bus, toujours les mêmes têtes : le petit gros qui regarde par la vitre, le jeune garçon sportif toujours en survêtement, la petite dame avec son chien dans son panier, et j'en passe. Une place assise près d'un chauve, pas le temps de réfléchir, je n'aime pas rester debout. Le bus ne démarre pas, les portes sont pourtant fermées, personne ne s'inquiète sauf moi. Aller voir le chauffeur pour demander pourquoi il ne part pas, étrange, j'avais juré le voir quand je suis rentré. J'ouvre la porte, je sors, personne ne bouge. Je pars à pieds.
Pas de chance, il se met à pleuvoir, pas besoin de capuche, j'aime ressentir l'eau couler sur mes cheveux. Tous les passants recroquevillés dans leur manteau, peur de l'eau sans doute, normal, l'eau tue. Je marche en pressant le pas, je n'avais pas prévu d'y aller à pied, la pluie de plus en plus forte. Je monte la rue principale qui me conduit à la fac, je vois un bateau en papier qui dégringole dans le caniveau, pourtant personne pour courir après. Je m'arrête à un feu, c'est rouge pour les piétons, vert pour les voitures, pourtant aucune n'avance. Les conducteurs me regardent comme si c'était à moi de passer, je passe. Plus que quelques mètres avant d'arriver devant les portes principales de l'université, un panneau d'affichage : faculté fermée pour travaux, pourtant aucun ouvrier dans les parages. Je ne cherche pas à comprendre, je fais volte-face, direction la maison.
Plus personne dans les rues, pas de voitures, pas de piétons, pas d'oiseaux dans le ciel. La pluie tombe toujours, je suis complètement trempé. L'horizon s'assombrit, normal, il fera nuit dans pas longtemps. Je marche seul, c'est fou de voir quels genres d'histoires je peux inventer dans ma tête pour passer le temps. Il fait totalement nuit maintenant, ça tombe bien je reconnais le marchand de journaux près de chez moi, un nouveau titre sur le panneau jaune : « Reims, deux morts sur la route la nuit dernière », pas le temps de lire plus, je fonce. Arrivé devant ma porte je cherche mes clés, je regarde dans toutes mes poches mais je ne trouve rien, pas grave, de toute façon il n'y a pas de serrure, ni de poignée d'ailleurs. Je pousse la porte, monte les escaliers, j'évite l'eau répandue sur les marches. Encore une journée fatigante, j'ouvre la fenêtre pour fermer les volets, je vois que le soleil se lève, tant mieux ça m'évitera d'allumer la lumière. C'est le soir, je m'effondre sur mon lit pour dormir.