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Essais

"Je veux une famille"

À Dakar, le cri d'un Talibé : "Je veux une famille". Un récit poignant sur l'orphelinat et l'urgence d'agir pour ces enfants.

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C'est ce que me cria un Talibé : "Je veux une famille".

Je m'arrêtai pour le regarder. Famille ? Avais-je bien entendu ? Et pourtant, c'était bien ce que j'avais entendu. C'était le cri de son âme en délire. Au cœur affligé et torturé, cet enfant en avait marre de souffrir.

L'absence de parents, la solitude... la solution n'était que dans ce mot : "Famille".

Ses paroles me transpercèrent l'âme. Que pouvais-je faire ? Je ne pouvais même pas lui offrir un toit. Et pourtant, il était là devant moi.

Il vociférait à tue-tête : "Je veux une famille !"

Il en avait marre de vivre comme un chien de rue. D'être ridiculisé par tous. D'être une proie. D'être appelé orphelin. Il en avait marre. Il voulait une famille. Juste une famille. N'en pouvant plus, j'éclatais en sanglots. Je l'entourais de mes bras fébriles.

Ses bras que je ne sentais plus et qui ne voulaient plus rien savoir.

Avec son cœur d'enfant, il me comprit. Il me serra contre son cœur... Tout bas, à l'aube de mon oreille, il me dit : "Tu es ma famille".

"Cette famille que j'ai toujours rêvée d'avoir. Ne me laisse pas tomber. Prends-moi encore dans tes bras. Serre-moi très fort sur ton cœur. Serre-moi comme si tu voulais m'étrangler. Serre-moi jusqu'à ce que je ne sente plus mon corps. Serre-moi jusqu'à ce qu'un frisson me saisisse. Serre-moi encore et encore jusqu'à ce que le trépas m'emporte loin des hommes.

Serre-moi juste une dernière fois car de l'autre côté, je ne pourrai plus sentir ce que je ressens maintenant." (Il pouffa en sanglots) puis s'écria : "J'aurais aimé avoir une famille. Mais comme le destin en a décidé autrement, je m'en irai sur la pointe des pieds.

Quelque chose me dit que dans l'au-delà, une famille m'attend. Et si jamais je me suis trompé, comme un ange je reviendrai pour toi.

À chaque fois que tu auras besoin d'une famille, je te prendrai à mon tour dans mes bras.

Tu comprendras alors un jour ce que c'est que ce sentiment de n'avoir pas connu une famille."

Le triste sort d'un Talibé

Un mois plus tard, ce jeune Talibé fut retrouvé mort. Les raisons de sa mort n'ont jamais été élucidées. Son corps n'a jamais été réclamé par une quelconque famille. Mis au courant du décès, je pus arriver tôt sur les lieux. L'auteur de "Je veux une famille" était là, couché. Je le pris dans mes bras et le serrais très fort contre moi. Je ne faisais que pleurer ce petit qui, comme beaucoup d'autres ici au Sénégal et partout dans le monde entier, meurent dans la solitude et dans des conditions extrêmement difficiles.

Mon engagement pour les orphelins

Je vous raconte cette histoire car je l'ai vécue. Je n'ai jamais connu ma mère. Elle est décédée à ma naissance. Je n'ai connu mon père qu'à l'âge de 19 ans, puis plouf : plus de père. Je n'ai pas eu le temps de lui dire bonjour que la mort l'emportait.

Ma prière serait de construire un abri pour ces jeunes-là. Au nom de ce jeune et de tous les autres, j'aurai besoin de votre soutien pour qu'un jour ce projet aboutisse. Ensemble, donnons-nous la main afin qu'ils vivent.

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bethsaleel
bethsaleel @bethsaleel
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