
Vous allez sans doute me dire que ce n'est pas grave après tout. Il y a bien pire que d'épouser l'un des hommes les plus influents du monde, n'est-ce pas ? Mais le fait est que je ne suis pas amoureuse de lui. Je ne l'ai même jamais vu.
Dans le cercle assez fermé que ma famille fréquente, sa réputation l'a précédé : un tombeur de dames qui répugne le mariage, tant et si bien que certaines de ses maîtresses sont mariées !
Alors, pourquoi se marier avec moi ? Sans doute à cause du contrat de mariage que j'accompagne.
Une famille aisée mais ruinée
Sans être les Fairchild ou autres, ma famille est plutôt aisée. On a un jet privé, quelques résidences secondaires, une résidence principale à Washington, qui pourrait rivaliser avec la Maison Blanche (ça, c'est ce que ma grand-mère répète tous les jours). Enfin bref, je ne manque de rien.
Vous devez vous demander : alors pourquoi j'accepte ce mariage ? L'homme auquel je suis promise n'est pas intéressé par ma personne, et lui aussi est riche — nettement plus riche que moi en fait.
Eh bien, il semblerait que la raison de ce mariage soit que mon père a perdu une petite fortune dans certains de ses investissements récemment. Le responsable a pris la fuite sous les tropiques avec les 55 millions de dollars d'investissements de mon père.
Et voilà que moi, je suis réduite — du haut de mes 21 ans — à me marier à un homme de 33 ans pour que ma famille (mes frères et mes sœurs) puisse revivre dans l'opulence dans laquelle elle vit depuis cinq générations. L'agneau sacrifié sur l'autel.
Pourquoi j'ai accepté ce mariage arrangé
Je sais bien ce que certaines personnes pensent de moi. Je ne suis pas idiote. Je ne suis pas non plus une gamine gâtée qui se fiche pas mal des autres. Non, je vous promets. Je suis plutôt gentille. Trop gentille même.
Cela a fait de moi une parfaite candidate pour ce mariage. J'aurais bien aimé que ce soit une de mes sœurs. Au moins j'aurais été débarrassée de leurs constantes plaintes à propos de leurs petits amis et, pour ma sœur aînée, de son troisième mari (déjà, et ça ce n'est pas ma grand-mère qui le dit, c'est moi).
J'ai trois sœurs et trois frères. Oui, nous sommes sept. Je suis la petite dernière, comme on dit.
Je me demande ce que maman aurait pensé de ce mariage. Elle est morte d'un cancer il y a deux ans. Je m'en suis sortie pas trop mal, je dois dire.
Et vous, vous devez vous demander pourquoi j'ai accepté. Pour ma grand-mère. Elle a 85 ans maintenant et je ne pense pas qu'à son âge les changements lui feraient du bien. Les 55 millions perdus, c'était juste la partie visible de l'iceberg. Mais si financièrement nous ne valions plus rien, notre nom lui vaut toujours quelque chose.
Voici l'histoire de la petite dernière du clan Scott.
La première rencontre avec mon futur mari
C'est aujourd'hui que je dois rencontrer pour la première fois mon promis. Je dois avouer que je ne l'ai jamais vu aux soirées où je suis allée, mais il faut dire que je sors bien moins souvent que mes frères et sœurs. Ma sœur aînée Muriel l'a déjà rencontré à plusieurs reprises. Moi je ne l'ai vu que sur des magazines (j'avoue, je m'en suis procurée dès que la sentence à mon égard a été prononcée !). Elle m'a dit qu'il est bel homme, et les clichés que j'ai pu obtenir sont plutôt flatteurs pour lui. Mais on dit aussi que c'est un coureur de jupons, et qu'il se fiche pas mal du statut matrimonial des personnes qu'il met dans son lit. J'avoue que cela me fait peur.
Moi, je rêve encore du Prince Charmant. Je rêve encore de coup de foudre. Je rêve tout court. Mais je n'ai pas le choix. Et puis il y a pire que de se marier pour vendre son nom et quelques sociétés de papa, pour beaucoup d'argent (vous ne m'en voudrez pas que cette partie-là reste secrète) pour que sa grand-mère vive en paix jusqu'à la fin de ses vieux jours.
C'est elle qui s'est le plus inquiétée de ma réponse. Elle se demandait si j'allais accepter. Pas pour elle bien sûr, mais je me rappelle qu'elle avait dit ce jour-là : « Nana, tu es une rêveuse. Oh, tu es bien gentille et tu as toujours de bonnes intentions pour tout le monde, mais tu es une rêveuse. »
C'était un reproche. Pour me faire savoir que je n'étais pas celle qu'il fallait pour ce mariage, mais elle ne me l'avait pas fait ressentir comme un reproche.
Alors je lui ai dit que je ne laisserais jamais tomber les membres de ma famille et si c'était ce qu'il fallait faire pour résoudre les problèmes, alors eh bien, qu'on publie les bans du mariage.
Des fiançailles mouvementées
Revenons plutôt au fait que je vais voir, en chair et en os, mon futur mari aujourd'hui, pour la première fois. Et que c'est avec lui que je passerai le reste de ma vie. Je dois avouer que cette perspective ne m'enchante guère.
La première fois où je devais le rencontrer, c'était la semaine dernière. Mais monsieur avait quelque chose de plus important à faire et n'est pas venu. Il n'a même pas pris la peine de me prévenir lui-même, il a envoyé son bras droit le faire : je poireautais à ma table depuis une bonne heure !
La raison pour laquelle vous me voyez grimacer (la grimace devait passer pour un sourire), c'est que nous sommes à nos fiançailles et qu'il est partout sauf à la fête. Ce qui me crispe, c'est le fait qu'il y ait des médias ici. Un Scott ne se marie pas tous les jours (ne comptez pas ma sœur s'il vous plaît) et il semblerait que John Howard encore moins. Eh oui, je me marie avec le milliardaire John Howard. Le célibataire le plus en vue de cette décennie. En tout cas, cette année, il a dépassé tous les Brad Pitt et Johnny Depp, ceux que ma sœur Hally appelle « le petit peuple ». Elle ne supporte pas les stars de cinéma, mais je crois que ça a à voir avec le fait qu'elle se soit faite larguer par Jensen Ackles il y a quelques temps. Mais là je m'égare.
Donc, je suis là, à accueillir tout le monde, en faisant de mon mieux pour sourire. Et tout le monde me demande : « Alors il est où l'homme le plus chanceux du monde ? » ou encore « J'espère que ce n'est pas cette foule qui fait fuir votre fiancé ! » ou des « Nous aimerions tellement prendre une photo avec vous deux ! »
Le pire c'est que la plupart de ces gens étaient au courant de la débâcle financière récente de mon père, et du fait que John Howard possédait la banque de mon père. Bien sûr, ils se doutaient que ce mariage n'était pas le coup de foudre annoncé par quelques feuilles de choux il y a quelques semaines. Ce sont tous des vautours ! Ils attendent patiemment que je me casse la gueule pour bouffer les restes (excusez mon langage). L'hypocrisie de mon milieu m'a toujours étonnée.
L'arrivée de John Howard
Je me demande quand est-ce qu'il va arriver ? Ça fait déjà deux heures et je fais désormais partie des gens qui s'impatientent. Et pourtant je suis d'un naturel très patient. Certaines personnes commencent à arborer leur sourire carnassier. Et je déteste ça ! Et puis j'ai peur ! C'est pas ma faute si tout va de travers !
Je suis tellement prise dans mes réflexions (et les cent moyens de tuer une personne au moyen d'un couteau) que je ne l'ai pas vu arriver.
Je ne me suis rendu compte que quelqu'un m'embrassait que lorsque j'ai senti une langue demander accès à ma bouche. J'ai ouvert mes deux yeux, et je peux vous dire heureusement qu'il m'a tourné vers lui, sinon, le truc du coup de foudre, personne n'y aurait plus cru. J'étais quelque peu choquée ! Et ça peut se comprendre, non ? Enfin, j'étais là et puis, zut ! Qu'est-ce qu'il embrasse bien !
Un premier baiser inoubliable
Ce baiser a bien duré trois minutes. C'était mon premier vrai baiser. Le seul autre garçon que j'ai embrassé, c'était Leslie Grant (je vous assure que c'est un garçon !) quand nous étions en primaire. Oui, je sais, pathétique. Mes sœurs n'arrêtent pas de me charier là-dessus. Mais je m'égare encore.
J'ai mis quelques temps pour me remettre de mes émotions. J'ai ouvert les yeux sur lui et je vous assure qu'il est encore plus beau que sur toutes les photos que j'ai pu avoir. Tellement plus !
Il m'a naturellement pris par la taille et s'est tourné vers les invités : « Désolé de vous avoir fait attendre, mais je préparais une surprise pour ma merveilleuse fiancée ! Qui bientôt, et si elle me supporte encore d'ici là, sera ma femme ! »
Tout le monde se mit à rire joyeusement. Quelle bande d'hypocrites !
Je suis sûre que j'avais encore cet air hébété que j'ai chaque fois que je n'arrive pas à mettre des mots pour exprimer mes émotions. Je devais ressembler à un poisson rouge ouvrant et fermant la bouche toutes les dix secondes.
« Souriez, ne soyez pas si crispée. On pourrait croire que je vous amène à l'abattoir ! » me chuchota-t-il.
Ce geste fut pris pour un compliment à mon égard ou tout autre chose que les amoureux font je suppose, et en observant les gens autour de moi, lentement, je me mis à sourire.
« C'est nettement mieux ! » murmura-t-il de nouveau. « Alors par qui commence-t-on ? » demanda-t-il.
— Vous... Enfin, tu, je crois que c'est préférable... Enfin... Je...
— Je ne vais pas te manger Fiona Scott. Tu peux me tutoyer, après tout, dans deux semaines, tu seras ma femme.
Je n'ai pas trouvé de réponse à sa réplique.
— Alors ? Par qui on commence ?, me demanda-t-il de nouveau.
— Oh, oui bien sûr. Vous êtes supposé déjà avoir rencontré ma famille proche, alors on va commencer avec les autres et on finira par dire bonjour à papa.
— Très bien. Je te suis.
La présentation aux invités
Et pendant une heure, peut-être même plus, je me suis vue en train de le présenter à toutes nos connaissances. Certaines qu'il connaissait déjà, d'autres qu'il venait de rencontrer. Même si dans notre milieu, tout le monde connaît tout le monde.
Ce qui m'a surpris chez lui, c'est qu'il connaissait ma famille. Enfin, je veux dire, il ne s'est pas trompé de nom. Il a commencé avec grand-mère qui plus tard m'a confié qu'elle aimait bien ses mains. Traduction : Tu as ma bénédiction petite. Ensuite papa, Muriel, Hally, Jane. Et puis les garçons : Graham, Philip et William. Les garçons ont été nommés d'après les ancêtres de maman, et nous par grand-mère. À chaque nom correspond une période de lectures. Je n'ai pas trouvé lesquels. Enfin.
— Eh bien, maintenant que j'ai dit bonjour à tout le monde : que la fête commence !
Je n'avais qu'une envie alors, c'était de m'enterrer dans un petit trou et disparaître à jamais. J'en avais assez de ces gens.
— J'ai l'impression que tu vas exploser. Et si je te montrais ta surprise maintenant ?
La surprise de John
Ma grande tante Virginia, qui traîne toujours là où les ragots se réunissent, s'est écriée : « La surprise, c'est maintenant ? »
Elle l'a fait exprès ! Oh je sais qu'elle a fait exprès ! Naturellement tout le monde s'est tourné vers nous.
— Oui, c'est maintenant, tante Virginia, lui a dit mon futur mari.
J'ai compris à ce moment pourquoi tant de gens étaient subjugués par John Howard. Bien malgré moi, j'ai senti des papillons dans mon ventre. Ce n'est pas bon signe. Vraiment pas bon signe. Pour moi en tout cas.
Il m'a tendu une petite boîte rouge. La bague de fiançailles ? C'était ça sa surprise !
Il s'est mis à sourire et moi à fondre.
— Ne fais pas cette tête. Ouvre-la déjà.
Je me suis exécutée et effectivement il y avait là un bel anneau. Un diamant, bien taillé, bien lumineux. Parfait. Assez simple mais tellement majestueux. Parfait.
— Regarde à l'intérieur.
C'est à ce moment que j'ai lu qu'il avait inscrit « John et Fiona pour toujours », avec la date d'aujourd'hui. C'était d'un cliché, j'en conviens, mais tellement mignon ! Ça m'est allé droit au cœur. C'était parfait. Il venait de se faire pardonner son retard et d'avoir des bons points même.
— Et ce n'est pas fini !
— Ah oui !, lui dis-je clairement interloquée.
Je vois par ses yeux qu'il s'amuse follement.
— Non, ma belle. Ce n'est pas fini. Regarde.
Il m'a indiqué la direction de l'estrade, et là, vous me croirez ou non, j'ai vu toute ma famille en costumes. Dites-moi que je rêve ! Ils allaient tous se mettre à chanter ! Et ils sont en train de chanter.
C'était vraiment drôle ! Très drôle ! Et très mignon, très touchant. Je n'aurais jamais cru... Enfin... Ça m'a vraiment touché ce truc !
Quand ils ont fini, j'avais les larmes aux yeux.
— J'espère que le mariage se passera beaucoup mieux que ce jour-ci, me murmura John juste avant de m'embrasser de nouveau.
Un moment de répit
J'avais l'impression de me trouver dans la troisième dimension (c'est comme ça qu'on dit déjà ?). Tous ces gens qui me félicitaient, qui me disaient que j'avais beaucoup de chance. J'avais l'impression d'étouffer et une seule envie de crier.
— Allez, viens avec moi.
Je l'ai suivi à l'écart, dehors dans le jardin. Loin de tous ces gens.
— Allez-y, criez !
— C'était si évident que ça ?, lui demandai-je.
— Seulement pour moi. J'ai appris à étudier les gens.
Je n'ai pas crié. Le contraire m'aurait étonné d'ailleurs. Je me suis juste calmée, et j'ai pris de grandes bouffées d'air.
— Merci.
— Mais de rien. Je suis là pour vous, non pour te servir.
— Je... Enfin... Merci.
Oui, je l'avoue, je bégaye quand je suis nerveuse.
— Fiona. Voudrais-tu qu'on s'éclipse ?
Je l'ai regardé un moment. J'étais un peu étonnée. Et puis, un peu peur. Il faut dire que je ne le connaissais pas vraiment.
Apparemment, il a pris mon silence pour un oui, car il a pris ma main et m'a mené hors de notre maison familiale.
Seule avec John Howard
Elle se retrouva seule avec lui dans un bureau très masculin. Il n'y avait personne dans l'immeuble à part eux. Malgré l'absence de touche féminine, le bureau tout entier criait la fortune de celui qui l'occupait, mais avec bon goût toutefois. Beaucoup de bois bien poli et verni. Ça donnait une impression de chaleur. Mais en même temps quelque chose de, comment dirais-je, assez solennel, comme l'ambiance d'une bibliothèque.
Le bureau lui faisait penser à celui du principal de son lycée (privé, bien évidemment) : en effet, elle avait une peur bleue d'y entrer !
— Tu veux boire quelque chose ?, lui demanda-t-il.
— Hein, oh euh... Rien. Peut-être un verre d'eau.
— Va pour un verre d'eau.
Il se dirigea vers le bar (oui, il a un bar dans son bureau et bien d'autres choses d'ailleurs) et servit un verre d'eau à sa future femme.
Fiona s'efforçait de ne pas tomber dans les pommes et de pouvoir répondre correctement aux questions qu'il lui posait.
— On s'en est plutôt bien sorti, non ?, commenta John.
— Si par là vous voulez dire que je n'ai pas piqué une crise de nerfs pour l'instant, alors oui... Je veux dire, tu... Enfin...
Il sourit. Il trouvait amusante la réaction de Fiona, de la voir hésiter et trébucher sur les mots ! Oh, elle le détestait !
— Excusez-moi.
— Ce n'est rien Fiona. J'espère juste que tu ne me vouvoieras pas devant le prêtre. Au fait, c'est quand exactement le mariage ?
Elle se demanda comment se pouvait-il qu'il ne connaisse pas la date de son propre mariage. Elle eut la certitude que pour lui tout cela n'était qu'un contrat de plus à conclure.
— Euh, dans deux semaines. Le 7 juillet, lui répondis-je.
— Parfait. Ça aurait été un jour avant, ce serait très ennuyeux.
— Bien sûr.
Les règles du jeu
Elle l'avait bien compris depuis quelques semaines déjà, c'était elle qui allait devoir s'adapter à lui, et non le contraire. Toute sa vie, son emploi du temps devrait maintenant s'adapter au fur et à mesure au sien. Elle commençait à se demander si elle allait y arriver. Mais il y avait grand-mère, il y avait aussi tous les cadeaux qui étaient arrivés, et les invitations déjà envoyées. Elle ne pouvait pas agir comme une enfant gâtée et ne pas tenir la promesse qu'elle avait faite.
Encore une fois, elle pensa qu'elle était comme un agneau devant un loup.
— Je pense que tu sais qu'il ne s'agit aucunement d'un mariage d'amour. J'ai horreur des jeunes filles de ton âge qui nourrissent des rêves de ce genre et qui rêvent encore au Prince Charmant.
Elle avala sa salive. Décidément !
— Bien sûr que je le sais.
Son ton s'était fait plus dur qu'elle ne le voulait, mais ce qu'il avait dit l'avait blessée personnellement. Elle était de ces jeunes filles dont il venait de parler. Et malgré le fait que dans deux semaines elle allait bientôt devenir son épouse, elle continuait encore de rêver. Sa grand-mère avait raison, elle était une rêveuse.
Le point de vue de John
En entendant sa voix, John se tourna vers elle. Jamais il n'aurait pensé qu'elle fût aussi belle. Des cheveux aussi noirs que la nuit, des yeux, non plutôt des diamants noirs, et alors qu'elle avait prononcé ces quelques mots, ces deux yeux se mirent à étinceler encore plus. Pendant un moment, il crut qu'elle allait pleurer, mais il ne s'agissait en fait que des effets de l'éclairage de son bureau. Son petit nez impertinent, son menton volontaire. Et il n'y avait pas que son visage qui était remarquable. Sa peau était légèrement bronzée et il se souvint qu'elle avait passé une semaine dans un quelconque pays du Tiers-Monde il y a tout juste 4 jours. Il pensa en la regardant qu'elle avait toutes les courbes qu'il fallait là où il fallait. Elle n'avait rien à envier à ses conquêtes d'un soir.
Il avait entendu des rumeurs sur elle. Comme tout le monde. On l'avait dépeinte comme le portrait de sa mère, et c'était la vérité. Elle était même plus belle que sa mère. On lui avait aussi dit que c'était le genre sainte nitouche. Il savait que depuis son plus jeune âge elle avait suivi sa mère dans tous ses voyages : Éthiopie, Thaïlande, Chine, Kosovo... Elizabeth Scott, appelée Liz par ses proches, avait en effet créé sa propre fondation. Elle se battait contre l'illettrisme, les mines anti-personnels, l'esclavage des enfants, et bien d'autres choses.
Il l'avait rencontrée une fois lors d'une soirée de bienfaisance. En un simple discours, elle avait réussi à convaincre son parterre d'invités de lui faire don de 6 millions de dollars à sa fondation.
Fiona avait repris le flambeau. Elle avait cette même chaleur dans ses yeux, cette intonation qui vous faisait croire en elle, qui faisait que vous aviez envie de prêter attention à ce qu'elle disait, à ce qu'elle faisait.
Il avait intérêt à lui tenir la bride. Il n'aimait pas beaucoup le nombre de voyages qu'elle faisait régulièrement, et comptait bien lui en parler. Sa femme, celle qui deviendrait Mme Howard, se devait d'être à ses côtés. C'était le rôle qu'elle devait tenir dans sa vie.
— Alors ? Comment s'est passé ton voyage en Afrique ?
— Je n'étais pas en Afrique, mais aux Philippines.
Il n'eut aucun problème à reconnaître la colère dans sa voix.
— Ah, j'avoue qu'avec toutes les choses que j'ai à faire...
— Oui, tout le monde sait que vous, pardon, tu as beaucoup de choses à faire. Monsieur est très occupé, dit-elle avec sarcasme.
— Peut-on savoir pourquoi tu es en colère ?
Elle soupira, exaspérée par la situation.
— Toi et moi, on sait ce qu'il en est de ce mariage. Je n'ai pas besoin que tu viennes me mettre les points sur les i. Je suis adulte, et je ne suis pas bête ! Je sais, et je comprends tout ce qui se passe autour de moi. Maintenant, après le mariage je compte bien vivre de mon côté et je suis sûre que toi aussi. Alors au lieu de faire semblant de t'intéresser à ce que je fais, ce que tu fais d'ailleurs très mal, reprends ton travail, je suis sûre que tu en meurs d'envie.
Elle respira plus librement après cela et, sans un regard pour John, elle sortit de son bureau. Non mais, qui est-ce qui travaillait le dimanche ?
Après la confrontation
Lorsqu'elle quitta son bureau, John se retint de la rattraper, il se retint de lui courir après et de l'allonger sur son divan pour avoir un avant-goût de sa lune de miel, bien qu'ils soient supposés ne pas avoir ce genre de relation. Il avait envie d'elle et cela pourrait poser un problème. Il n'était pas supposé la trouver attirante.
D'un autre côté, c'était un avantage que d'avoir une aussi belle femme. Il pourrait se pavaner à son bras dans les différentes soirées auxquelles il devra venir.
Le cœur de Fiona battait encore la chamade quand elle sortit du building. Elle héla un taxi et donna son adresse au chauffeur.
— Eh ! Vous n'êtes pas Fiona Scott ? Celle qui se marie dans quelques jours.
Elle mit un sourire de circonstance et répondit : « Eh oui, c'est moi. »
— C'est là où travaille votre fiancé, non ?
— Oui, acquiesça-t-elle.
— Il a bien de la chance d'avoir une aussi gentille fille que vous. Moi-même je vais me marier dans trois jours.
L'enthousiasme de ce jeune homme était si en contraste avec l'attitude de John qu'elle se mit à pleurer.
— Hé ! Je voulais pas vous faire pleurer.
— C'est rien. C'est les nerfs qui lâchent un peu avant le mariage.
— Ma Mary aussi est un peu nerveuse. Vous inquiétez pas. Tant que vous savez qu'il vous aime, tout ira bien.
C'était bien là le problème : John Howard ne l'aimait pas. Et après leur premier baiser, elle était sûre qu'elle n'était pas indifférente à son charme. Elle était peut-être même en train de tomber amoureuse.