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Essais

Je t'aimais... Je te hais...

Un témoignage poignant sur une relation père-fille marquée par l'emprise et la violence invisible. De l'amour aveugle à la haine, le parcours d'une reconstruction.

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Je l'aimais, oui je l'aimais. Car même si aujourd'hui ce n'est plus le cas, je ne peux pas nier l'amour que j'avais pour lui au début. Avant de comprendre, avant de savoir, avant de grandir, je l'aimais, je l'adorais, je l'estimais. Je le voyais comme l'homme le plus important de ma vie, comme celui que je ne pourrais jamais détester, jamais haïr, comme celui dont je ne pourrais jamais avoir honte. Il était celui qui me faisait vivre, je le croyais tellement...

Quand la réalité rattrape l'illusion

Et puis vient un moment où l'on ouvre les yeux sur une réalité effrayante, effroyable. On refuse d'y croire, on voudrait juste que tout soit comme avant, comme au début, que tout soit bien. Pas parfait, car nous avons connu comme partout des disputes, des colères, des incompréhensions. Mais je voulais juste qu'il ne change pas, qu'il reste celui que je croyais connaître. Mais il n'a pas écouté mon souhait silencieux, il a continué dans sa voie sombre et détestable. J'ai longtemps supporté en silence ses ordres, ses interdictions, ses propos blessants, ses gestes déplacés. J'ai trop longtemps laissé cet homme diriger ma vie, l'obligeant à faire ceci ou cela, sans rien dire, sans réagir...

Peut-être aussi que son changement n'a jamais eu lieu, qu'il a toujours été comme ça. Mais j'étais trop jeune pour m'en rendre compte, il cachait trop bien son jeu. Comme cette vérité qu'on cache aux enfants pour ne pas les blesser, les choquer, pour ne pas les terroriser : « Toute vérité n'est pas bonne à dire... » Elle n'est pas bonne à entendre non plus, ni meilleure à voir, et encore moins bonne à découvrir...

Le poids des cicatrices invisibles

Je me souviens de tout, de chaque geste, de chaque parole, je me souviens de chaque instant. Comme une cicatrice qui ne s'effacera jamais. J'ai peu à peu compris : ces choses qu'il faisait n'étaient pas à partager, elles n'étaient pas à raconter. Elles étaient à garder secrètes, presque jalousement, comme pour tenter d'oublier que c'était arrivé. Comme pour abstraire ce mal d'une vie que tout le monde voyait parfaite, comme pour donner raison à tous ces gens qui nous voyaient heureux. Avec ce secret imposé est venue la honte...

La situation n'a pas changé, il était toujours le même, peut-être pire parfois. En sentant sa puissance face au silence, il gagnait du terrain. Il n'a pas hésité longtemps : les problèmes qu'il causait et que je croyais déjà bien trop lourds à supporter sont devenus futiles après ce qu'il a fait... Je n'ai jamais cru à l'enfer, mais parfois je me disais qu'il y aurait eu sa place. Ses ordres sont devenus tyranniques, ses interdictions guidées par son unique jalousie, ses propos étaient un heurt à chaque fois qu'il ouvrait la bouche, ses gestes meurtrissaient en ne laissant que des traces invisibles...

Briser le silence pour se reconstruire

Tout ce qui commence a une fin... Il avait déjà été trop loin depuis longtemps, mais un jour, je n'ai pas su, pas pu, accepté plus. J'ai rompu le silence, je l'ai interdit d'agir comme il le voulait, je l'ai interdit de me toucher, de m'obliger, je l'ai interdit de m'interdire. Je voulais vivre ma vie, celle que j'aurais enfin choisie, sans qu'il ne décide, sans qu'il ne vienne m'empêcher de réaliser mes désirs, mes rêves !

Alors qu'il a basé sa vie sur la soumission de sa compagne, sur le pouvoir émanant de lui-même par tous les moyens, sur la gloire qu'il voulait montrer à tout prix ; alors qu'il a construit sa vie sur quelque chose qu'il croyait indestructible, alors que son règne atteignait des sommets de puissance, tout s'est effondré pour lui. Son tort aura sans doute été d'en vouloir trop, d'en désirer toujours plus, de montrer son bonheur en effaçant tout le malheur qu'il causait dans ce but atrocement égoïste... Son mal s'est retourné contre lui...

Plus jamais le silence

Je n'ai jamais eu les mêmes rêves que lui. Il croyait que son existence me servirait d'enseignement. Oui, j'ai beaucoup appris : j'ai appris que le silence n'engendre que la souffrance, et plus jamais je ne me tairai. Plus jamais un homme ne me soumettra comme il l'a fait, plus jamais un homme ne me fera souffrir comme il l'a fait, plus jamais un homme ne me blessera comme il l'a fait...

Il a brisé beaucoup des rêves que je m'étais construits lorsque j'étais petite, et il a laissé des cicatrices qui ne s'effaceront sans doute pas. Je suis comme marquée au fer rouge de son passage dans ma vie, son passage obligatoire, son passage que j'ai été contrainte d'assumer. Car sans lui je ne serais pas là aujourd'hui, sans lui je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui. Je ne lui suis reconnaissante que d'une chose : d'avoir un jour donné un peu de lui pour donner la vie...

Je te hais papa...

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willoze
willoze @willoze
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