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Essais

Je t'adore, comme le chocolat noir

Un texte plein d'espoir inspiré d'une phrase de ma meilleure amie. Entre doux réflexions matinales et saveur du chocolat noir, une ode aux petits bonheurs qui nous aident à traverser les moments difficiles.

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Un rayon de soleil passait à travers le rideau de soie que m'avait offert ma grand-mère. C'était un rideau blanc cassé qui me rappelait la douceur de ses desserts. Ma belle mamie d'amour. Le soleil fait rayonner la poussière, un petit rayon d'ange. L'espoir est là, partout autour de moi, mais mes yeux sont encore fermés.

Je n'ai pas envie d'ouvrir mes yeux, je n'ai pas envie de voir le monde. Pour l'instant, je suis encore dans les vapes, dans mon monde. Je ne suis pas encore réveillée. J'ai l'impression d'avoir dormi pendant des années et pourtant, seulement quelques heures se sont écoulées depuis que j'ai posé la tête sur mon oreiller. Et pourtant...

Tout semble avoir pris un autre chemin. Tout semble différent d'hier. Tout me donne l'impression d'avoir été transformé. Plus jeune, le jour de mon anniversaire, je m'attendais à tellement d'éclats et de différences en cette journée qui m'était dédiée. Chaque fois j'étais déçue. Maintenant, je n'attends plus rien et le temps fait son œuvre. Parfois en une année, parfois en quelques mois et d'autres fois, en une nuit.

Je n'ai pas envie d'ouvrir mes yeux, mais je les ouvre malgré tout. De peine et de misère, mes yeux voient ce qu'ils ont toujours vu. Un endroit apaisant et doux, comme les rideaux de ma grand-maman. Mon repère, ma tanière. Mes yeux ne voient pas tout. Seulement l'essentiel, parce que le reste, ce n'est pas important. Parce que tout ce qui n'est pas essentiel, c'est futile. J'aime ce que je vois, je sais que je suis chez moi. Ça ne l'a pas toujours été, mais ce l'est maintenant éternellement. Pour toujours, cette maison aura été la mienne, cette chambre ma chambre et mon lit, il me suivra partout où j'irai. Ce lieu est ma maison, tout comme la planète. Partout où je vais, je me sens chez moi. La beauté dans tout ça c'est que partout où je vais, je suis dépaysée. Le monde est ma maison, mais rien n'est jamais connu. Quand on sent qu'on connaît quelque chose comme notre propre maison, on se rend compte qu'il y a toujours quelque chose de plus, ou de moins.

Rien n'est jamais comme dans nos souvenirs. Notre maison d'enfance, les lieux où l'on allait, notre premier amour, le prochain printemps, le goût du café, le bruit du vent dans les arbres, la vie... Rien n'est pareil jamais. C'est ce qui fait la beauté du monde, le non souvenir de rien et de tout à la fois. Notre mémoire faillible, la vie qui se plie et qui se brise. La vie qui se reconstruit après avoir été réduite à l'état de miroir brisé. La vie que l'on rebâtit à la suite d'un ouragan. La vie reflétée dans les yeux des autres qui est tellement différente de la nôtre.

La seule chose qui est intemporelle, c'est le goût du chocolat noir. Corsé et savoureux. Amer et tellement doux, on ne l'oublie jamais. On n'oublie jamais la première bouchée, encore moins la dernière. On en redemande toujours pour l'effet de force qu'il nous procure. Pour notre dent sucrée qui n'en demandait pas tant. Pour le plaisir simple de tremper un morceau de chocolat noir dans un café au lait. Juste un petit plaisir, ceux-là même qui forment le bonheur, le vrai.

Mes yeux voient tout. Ils semblent s'envoler partout dans la pièce. Ils ne veulent pas oublier quoi que ce soit. Ils prennent une photo mentale. Voilà, ce matin, c'est l'automne, c'est la vie qui meurt. Elle emporte la nature avec elle sans trop savoir ce qu'elle veut. Dans quelques mois, elle nous reviendra, il faut croire qu'elle avait besoin d'une petite pause. Un moment pour elle, se retrouver, renaître...

Le soleil frappe fort ce matin, je le sais, je le sens. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est. Je ne veux pas le savoir. Mon chat se tortille, il s'étire. Je suis bien tout à coup. Les draps chauds m'enveloppent dans une bulle de non-voyance. Mes yeux sont ouverts, mais ils ne voient rien d'autre qu'une pièce, que mon cœur, que la vie.

J'entends une mélodie connue au fond de moi. Une douce musique qui apaise la tempête qui voulait naître en moi. C'est lent, ça ressemble à une valse. Tous les sentiments qui m'habitent forment une valse majestueuse et élégante. Un tout uni qui fait de moi celle que je suis. C'est uni et pourtant invisible parce que je ne saurai jamais vraiment qui je suis réellement.

Ce matin-là je réalise que rien n'est jamais fini. On n'arrive jamais au bout de rien. Ni la connaissance de soi, ni la connaissance de la vie et encore moins de ce qu'elle va devenir. On sait seulement qu'on fait ce qu'on peut, comme on peut, quand on le peut.

Tout arrive pour une raison, c'est ce qui est merveilleux dans la vie. Ce matin, je farniente, et c'est très bien. Il faut des jours comme ça où l'on puise en nous-mêmes ce qui reste de ce qu'on a été. On puise en nous le peu qu'il nous reste de ce qu'on a cru être.

Mes yeux commencent à comprendre. Ils transmettent un message à mon cœur. La vie continue. Même si tout est différent ce matin, il y a une suite logique à ce qui a déjà été.

La suite sera différente. J'aurai probablement d'autres maisons, d'autres souvenirs. Je ne sais pas ce que la vie me réserve. Mais si cette harmonie me suit, délicieuse et charmante comme en ce premier matin d'automne, alors je vivrai. Aussi longtemps qu'elle résonnera en moi, je vivrai de musique.

L'odeur du café se rend jusqu'à mes narines, quelqu'un doit en boire. Des milliers de personnes boivent du café à la seconde où moi, je perçois son odeur.

L'idée d'un morceau de chocolat noir me traverse l'esprit. J'ai envie de ce plaisir, j'ai envie, ce matin, de dire à la vie : « Je t'adore, comme le chocolat noir... »

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laulo
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