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Essais

Je suis le numéro K80 84...

Adoptée en Corée du Sud il y a 18 ans, je porte ce numéro K80 84 comme seule trace de mes origines. Témoignage d'une jeune femme sur le poids des clichés et l'impossibilité de retrouver ses parents.

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Tout a commencé il y a maintenant plus de 18 ans en Corée du Sud. Comment savoir ce qui s'est passé vraiment ? Un accouchement, et ensuite ? La mort, la pauvreté ? Je ne saurai probablement jamais ce qui a conduit deux personnes, comme tant d'autres, à m'abandonner dans un des orphelinats de la ville. Tout ce que je sais, c'est que quelques mois plus tard, on envoyait à mes parents une photo avec moi tenant ce numéro.

Mon prénom d'orphelinat était Kim, aujourd'hui je suis Julie. Mais malgré moi, une question se pose — une question des plus classiques, une de celles que tout le monde se pose... enfin, quand je dis « tout le monde », il s'agit bien sûr de nous, les adoptés : durant les quelques minutes où ma mère m'a tenu dans ses bras, elle a dû me donner un nom, dans son cœur, le nom de sa petite fille qu'elle n'oublierait peut-être pas de sitôt... On ne peut pas pousser le désintéressement au point de donner un enfant sans nom, de le considérer comme tellement étranger que l'on le donne sans scrupules et sans identité !

L'image des adoptés dans les médias

Bien sûr que l'on se pose cette question, bien sûr que l'on voit des retrouvailles touchantes à la télé, mais cela fait partie de cette petite minorité qui est censée nous représenter par l'intermédiaire des médias. Pourquoi n'a-t-on jamais eu un reportage sur quelqu'un d'adopté qui ne voulait pas faire de recherches ? Pourquoi ? Mais parce que ça ne fait pas vendre. Dans cette société de consommation, il faut vendre, le plus vite et le plus possible, et ce qui fait vendre, ce sont les émotions : les morts de la Nouvelle-Orléans, les meurtres en Irak... tout le monde se fout du sort de l'insecte « je ne sais quoi » dont le nombre serait en diminution ! Bien sûr, ici j'utilise les clichés, mais c'est ce que la société nous a appris ! C'est donc pour ça qu'en allumant la télé, on ne voit pas l'envers du décor : il faut faire pleurer, émouvoir les gens en leur montrant des gens qui se retrouvent. Mais ce que l'on ne dit pas, c'est si cela leur servira de bouclier contre les malheurs du monde !

L'impossibilité de retrouver ses origines

Et remarquons une chose : les gens adoptés sont français, pas asiatiques ou venant du fin fond de l'Afrique. Ce que l'on ne dit pas non plus, c'est que l'on ne peut pas retrouver nos parents, nous qui venons de pays lointains. On ne pourra jamais parce qu'il n'y a tout simplement pas de traces de nos parents d'origine ! Souvent, ces pays sont mal développés, la guerre fait des ravages, l'administration s'est arrêtée, et il est même probable qu'il n'y ait plus de traces de nous dans nos pays d'origine.

Le poids des clichés sur les adoptés

Je ne supporte plus le regard de fausse ou réelle tristesse — qu'importe — des gens lorsque je leur dis que j'ai été adoptée. Oui, aujourd'hui je suis perdue, mais c'est de votre faute, société qui importe ces idées que la génétique crée des liens indestructibles, que le sang est le plus fort des amours et que l'on ne peut pas être totalement heureux sans repères ! OUI, je proteste contre ces clichés. J'ai toujours été plus ou moins heureuse et ce sont les gens qui me détruisent, en me répétant sans cesse qu'à ma place ils chercheraient à savoir, ils voudraient aller voir, trouver peut-être ! N'essayez pas de vous mettre à notre place, vous ne pouvez pas savoir, vous ne comprendrez pas. Je n'ai pas besoin de réponse, mais d'une épaule pour pleurer quand je ne vaux pas bien. Je ne veux pas savoir ce que vous feriez à ma place, car de toute façon à ma place, vous n'agiriez même pas de cette façon-là, car à ma place, vous sauriez ce qu'est ma vie !

Arrêtons de nourrir de faux espoirs

Et en plus, ce n'est pas POSSIBLE ! Quand est-ce que la société va cesser de nous nourrir de rêves ? De chimères ? Une fois pour toutes, retrouver ses parents, c'est bon pour certains Français, mais pas pour nous — nous, la majorité dont on ne parle pas, nous dont certains ont été achetés illégalement dans des pays en crise ! Ouvrez les yeux : la vie n'est pas un long fleuve tranquille, il faut parfois voir au-delà des apparences !

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joulaidu84
Julie C. @joulaidu84
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