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Essais

Je serai toujours là pour toi

Une jeune fille découvre le drame du suicide d'un proche. Entre culpabilité et chagrin, elle se remémore ses dernières paroles : "Je serai toujours là pour toi."

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27 octobre, 10h

Assise sur une chaise dans la cuisine, je regarde, hébétée, les lumières des gyrophares dans la cour. Comme dans un rêve, j'entends des cris, des pleurs, des voix qui semblent venir de loin, de très loin.

Comment en est-on arrivé là ?

Tout à coup, un bruit me fait sursauter. Je m'aperçois qu'un policier vient d'entrer dans la cuisine. Sans me regarder, il sort un carnet, un crayon et me dit :

— Vous êtes de la famille ?

Je hoche la tête lentement, mon regard de nouveau fixé sur la porte.

— Quel est votre lien de parenté, exactement ?

— Je suis sa fille...

Il prend des notes. Son ton est froid, indifférent. Des scènes comme ça, il a déjà dû en voir des centaines, des milliers même. Il a dû voir des choses plus affreuses, plus tristes... Non, c'est impossible. Mon chagrin me fait si mal que j'ai l'impression que je vais mourir. Rien ne peut être plus terrible que ça. Rien.

— Avez-vous une idée de ce qui a pu se passer ?

Je sens une bouffée de colère monter en moi. Si j'avais « une idée de ce qui se passait », j'aurais tout fait pour empêcher que ça n'arrive ! Quelle question idiote ! Devant mon absence de réponse, le policier lève enfin les yeux vers moi :

— Un événement, une phrase, quelque chose qui aurait pu laisser entendre que...

— Non.

Bien sûr, je savais que ça n'allait pas, mais je pensais que c'était rien, que ça passerait... Comme d'habitude...

Je sens le regard du policier sur moi.

— Je suis désolé.

C'est de ma faute, j'aurais dû m'en apercevoir, essayer de faire quelque chose, d'en parler... Soudain, comme une monstrueuse vague, l'horrible évidence me submerge, me renverse, me détruit tout en moi... Il est mort, je ne le verrai plus jamais... Et c'est de ma faute... Je n'ai pas été assez présente, je ne l'ai pas assez écouté... Je ne peux retenir un gémissement et, après des heures d'hébétude, je fonds en larmes. Je sens une main qui serre la mienne. Je lève les yeux et vois le policier qui me regarde et me dit très doucement :

— Vous n'y êtes pour rien, on peut rarement prévoir ce genre de choses. Ne vous torturez pas. Vous n'y êtes pour rien. Vous vous en remettrez.

Non, c'est faux. Je le sais bien. La blessure sera toujours là. Il y a des choses qui ne se guérissent pas. Et un proche qui se suicide en fait partie.

Je me souviens subitement de ce qu'il m'avait dit quelques jours auparavant :

— Je serai toujours là pour toi.

Menteur...

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jordane1
Jordane 1 @jordane1
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