
J'étais là, sur mon lit. Dans cette chambre, dans mon refuge, le seul qu'il me reste maintenant. Je ne sais pas vraiment comment ça s'était passé ni quand ça s'est passé. Ni pourquoi non plus. C'était il y a longtemps, peut-être qu'il ne s'en souvient même plus. Pourtant, je m'en souvenais. Et aujourd'hui, j'en étais là.
Un traumatisme d'enfance qui hante encore
J'étais jeune mais je m'en rappelle. Ma famille aussi s'en rappelle, j'en suis sûre. Mais ils n'en parlent pas. Ils pensent sûrement que j'étais trop jeune pour m'en souvenir. Oui, j'étais jeune, je ne me rappelle pas de tout : je ne sais plus quand c'est arrivé. Mais je m'en rappelle, peut-être pas exactement, mais c'est là, dans ma tête, ça n'en sortira pas maintenant.
J'étais petite et j'étais fière d'elle. C'était ma sœur. Je ne pensais pas qu'elle aurait pu faire quelque chose de mal pour moi. Que ce qu'elle m'avait fait, c'était normal. Mais ce n'est pas de sa faute, tu sais. C'est toi qui aurais dû savoir que j'étais trop jeune pour tout ça. Même elle était trop jeune. Pourquoi tu nous as fait ça ? Elle ne s'en rappelle plus. Elle a décidé d'oublier. Moi aussi, mais je ne peux plus faire semblant.
Elle a été leur dire. Tout. En m'accusant d'avoir tout fait. Depuis, je crois que je ne le lui ai jamais pardonné. C'est peut-être pour ça que je me sens bien avec elle, ma petite sœur. Elle n'était pas là. Elle n'a jamais su et elle ne saura jamais ce qui s'est passé ce jour-là.
Je me rappelle de l'endroit. À l'entrée du bois. C'est là que je voudrais mourir. J'ai beaucoup changé, tu sais. J'ai coupé mes cheveux que j'aimais. Je ne me suis pas renfermée. Au contraire, j'ai décidé de me faire beaucoup de mal. Pour oublier. Mais je n'y arrive pas.
La souffrance silencieuse et l'envie d'en finir
Et j'en suis là. Toujours sur mon lit. Je regarde mon plafond. J'ai mis la musique tout à l'heure. Nirvana. Ça me calme d'habitude. Mais là, c'est différent. Je ne sais pas trop pourquoi. Mais je sais que c'en est trop pour moi.
Je suis seule chez moi. Ma famille est partie. Tu ne te rappelles même plus de ce que tu m'as fait. Je te déteste, tu sais. Vraiment. Mais aujourd'hui, je n'attendrai plus un signe d'espoir. Je ne veux plus faire semblant d'être heureuse, d'être normale. Pour faire passer cette douleur, je me faisais mal. Très mal parfois. De toute façon, tu n'es plus là pour voir ce que tu m'as fait. Tu es parti. Dans la vie, les gens passent et s'en vont. Et on les oublie. Alors aujourd'hui je vous le demande, oubliez-moi.