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Essais

Je ne peux, je ne puis plus

À 18 ans, une ado exprime sa vision sombre et poétique du monde. Peur de l'avenir, angoisse de perdre ses proches, questionnements existentiels : un texte touchant sur la complexité de grandir.

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Je ne vis plus. La vie m'écoeure. J'ai un avenir, des parents, des amis, des projets d'études. Pourtant.

Je n'en peux plus. J'aime et je déteste, je fuis et je cours, j'arrête pour mieux recommencer.

À 18 ans, on croit avoir trop vécu et pourtant pas assez. Tant de choses qui sont arrivées trop tôt, trop vite. Et puis on voudrait tant vivre plus, se dire que bientôt on ne pourra plus faire tout ce que l'on rêvait de faire « quand on sera grande ».

On a la vie devant nous et trop peu de temps pour vivre, pour apprécier les merveilles de notre monde. Et se cacher ce que l'on ne veut pas voir. Détourner le regard.

Refuser d'accepter ce que nous impose la Terre, refuser de voir ce qui nous est montré chaque jour. Refuser car, sans ce recul, la douleur nous tuerait. Refuser car chaque jour un peu plus, cette avalanche de nouvelles dans un monde en décadence nous fait souffrir bien plus que nos p'tits bonheurs de la vie de tous les jours.

« J'ai mangé une glace avec ma meilleure amie, pendant ce temps, un gamin mourrait de faim, oublié de tous. »

Tu vois, hier je me disais que la vie était belle, que rien ne pourrait effacer le rire d'un enfant. J'avais raison. Et pourtant. Pourtant je ne peux m'empêcher de me dire que chaque jour est un nouveau défi, une nouvelle raison d'avoir peur. Peur de ce qui pourrait nous arriver. Un nouveau drame.

Un nouveau coup de fil, une nouvelle lettre. Un nouveau drame.

J'ai peur chaque jour un peu plus, peur du lendemain.

Peur de la mort. Pas de la mienne, non, celles des autres, de ceux que j'aime.

Peur d'avoir à me dire qu'un jour, je devrai vivre sans eux. Ces êtres qui me sont essentiels et que j'ai peur de perdre à chaque instant. Peur de les voir disparaître, happés par la vie, par l'avenir, par ces études qui nous attendent. Peur d'en rencontrer un, un jour, dans vingt ans, sur le parking d'un supermarché, de le fixer, de le reconnaître à peine, de vivre cette scène que l'on connaît tous : « Non ! C'est toi ? Ça fait tellement longtemps, je n'étais pas sûr de t'avoir reconnu ! Comment vas-tu ? Tu es marié, 2 enfants ? Génial ! » Vivre ceci et se rappeler en même temps qu'on s'était promis. Promis que rien ne nous séparerait, qu'on serait tous là les uns pour les autres, quoi qu'il arrive.

J'ai peur de la vie. Question d'adolescente tourmentée par ce monde qu'elle ne comprend pas, certes. Mais ce sont trop de questions, d'interrogations. Comment peut-on vivre si légèrement, quand on sait ce qui se passe à côté ? Cette impression d'avoir à oublier, pour mieux vivre.

Faut-il oublier le passé pour vivre au présent ? Impressionnant comme cette simple question fait peur. Je suis effrayée ne serait-ce qu'à l'idée d'avoir à y répondre. Le passé est-il trop imposant dans nos présents pour qu'on puisse les vivre comme il le faudrait ? Faut-il parfois effacer ce qui nous fait souffrir pour avancer, même si au fond, notre passé fait partie de nous ?

Je ne peux plus. Cette impression de ne plus comprendre, de ne plus être comprise.

Ces larmes au milieu des rires.

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cascou
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