
Chapitre 1 : Une mort bien trop longue
Je me suis réveillée le 5 janvier 2004, à l'hôpital. J'ai ouvert les yeux à 12h30, l'heure de mon décès. Mon cœur, qui avait cessé de battre pendant une minute, s'est remis en route alors que le médecin annonçait ma mort.
Tout s'enchaîne très vite. Ils observent le battement de mon cœur, ma respiration ; tout devient effrayant, presque irréel. J'ai peur, mais mon corps ne réagit plus. Seuls mes yeux regardent ces gens, ces médecins qui, comme des abeilles, s'acharnent sur leur travail.
Enfin, tout se calme. Deux hommes masqués me soulèvent, j'atterris sur un autre chariot et ils me déplacent. Ils semblent me parler, mais je n'entends rien. Je préfère alors fermer les yeux afin qu'ils cessent de me bousculer. Mais c'est alors qu'un autre médecin me plante sa lampe dans les yeux. Je les referme aussitôt, mais je n'arrive pas à lui résister. Je suis si fatiguée. C'est alors qu'il sort de sa poche une aiguille et me pique le bras. J'en viens à souhaiter que c'est la mort qu'il m'injecte. J'y crois, car mes yeux se ferment et je ne suis plus...
16h30 à l'hôpital de Saint-Pré :
— Votre fille va s'en sortir, si elle le veut !
— Quand va-t-elle se réveiller, docteur ?
— Cela ne devrait pas tarder, vous pouvez aller la voir !
— Regarde-la, elle est si paisible.
— Oui... Mais... elle ouvre les yeux... Oh ma chérie, c'est nous...
Mes yeux s'ouvrent à nouveau. Mais pas de médecin ni d'hommes masqués : deux personnes, un homme et une femme, des inconnus. Je retrouve l'ouïe. J'ai du mal à comprendre ce que je fais ici. Suis-je malade ? Et puis pourquoi on ne me laisse pas tranquille ? J'ai survécu à la mort qui ne voulait pas de moi, mais rester en vie ainsi, c'est bien pire.
Je vois ces deux inconnus, ils me parlent :
— ... Ma chérie, tu nous entends ? C'est nous, papa et maman, Sarah ?
« Sarah » ? C'est mon nom ? Je ne me souviens de rien, sauf de mon réveil. Ai-je dormi longtemps ? Qui suis-je ? Que m'arrive-t-il ? Trop de questions. Je veux sortir et je veux comprendre :
— Je... Je... Je suis perdue !
Je n'ai pas la force. C'est alors que je lève le bras ; j'ai enfin retrouvé l'usage de mes bras. J'essaie alors de me lever, mais je me rends compte trop tard que mes jambes restent immobiles. Je tombe au sol :
— Au mon dieu, Marc, elle est encore sous le choc !
— Je vais chercher le docteur, Marie !
— Sarah, ne bouge pas, je vais t'aider. Papa est parti chercher le docteur.
— Qu'est-ce que j'ai ? Pourquoi suis-je dans cet hôpital ?
— Tu ne te rappelles de rien, ma chérie ?
La porte s'ouvre :
— Madame, je suis le Dr Carpar. Votre mari vient de m'expliquer la situation. Laissez-la seule un moment, je dois vous parler.
Ils s'en vont. Je pense que j'ai perdu la mémoire, mon passé et mon identité. Ces parents semblent m'aimer, ils s'inquiètent pour moi ; c'est rassurant. Au moins, ils savent qui je suis et peuvent m'aider à me reconstruire :
— Je pense que lors de ce drame, votre fille a reçu un choc terrible, que ce soit sur le plan physique que psychologique. Je pense que sa perte de mémoire n'est pas permanente. Tout peut lui revenir. Tout ce qui l'entoure peut lui faire resurgir son passé, c'est pourquoi il est important de lui faire redécouvrir son environnement. Elle se porte bien, mais elle doit réapprendre à marcher. Elle restera à l'hôpital, mais vous pourrez lui rendre visite tous les jours.
— Merci docteur. Peut-elle encore recevoir de la visite ? Son ami voulait venir cet après-midi.
— Oui, bien sûr. Elle doit être terrifiée, rassurez-la. Je vous laisse, à bientôt.
Ils m'expliquent mon état, mais pas la manière dont je me suis retrouvée ici. Je leur fais confiance, j'ai espoir, je veux y croire. Marie et Marc sont adorables. J'ai dû leur paraître odieuse, car au lieu de rester calme, j'ai réagi comme une sauvage. Ils me prennent dans leurs bras et m'embrassent, mais toujours rien.
17h45, dans la chambre 204 :
« Toc, toc. »
— Tiens, encore de la visite pour toi, Sarah !
— Entrez ! criai-je du mieux que je pus.
— Oh mais c'est Laurent ! Bonjour, entre. Nous t'attendions !
C'est vite dit, je n'attendais personne d'autre. Un jeune homme vient de rentrer dans ma chambre, un autre inconnu.
— Il est au courant pour toi.
— Au courant que je suis la belle au bois dormant qui, durant son sommeil, a perdu ce qu'elle était.
— En tout cas, tu n'as pas perdu ton sens de l'humour, Sarah.
Il vient de prononcer mon nom. Sa voix résonne dans ma tête. J'ai chaud, je tremble :
— Non, non... au secours !
— Que lui arrive-t-il ? Sarah, ce n'est rien, tout va bien !
— Je... Je sais qui je suis et ce qui m'est arrivé !
Chapitre 2 : La mémoire douloureuse
Une vague de panique m'emporte, c'est comme si toute ma vie remontait à la surface. Les bons moments et les mauvais, tout ce qui m'échappait. La présence de Laurent venait de me faire retrouver la mémoire. Une partie du moins, car même si je reconnais les gens qui m'entourent, je ne sais toujours pas pourquoi je suis ici.
Je les regarde et je les rassure. Mes parents sont heureux, mais dans leurs yeux, je devine une certaine angoisse. Ils décident de me laisser seule avec Laurent :
— Sarah, tu nous manques à tous. J'ai eu si peur quand ils m'ont dit que tu avais perdu ta mémoire.
— Je ne l'ai pas entièrement retrouvée.
Laurent est un ami d'enfance et, avec le temps, notre amitié s'est renforcée. J'aime beaucoup ce garçon, mais ce qui m'arrive me rend méfiante. J'ai cet étrange pressentiment qu'ils me cachent tous quelque chose :
— Oh ! Si tu savais comme j'ai eu peur.
Il est au bord des larmes, sa voix tremble. Je le vois qui s'avance vers moi et me prend la main. Je la lui retire et, d'une voix dure :
— Tu me caches la vérité, Laurent. Tu t'en fais parce que j'ai perdu la mémoire, mais pas parce que je suis à l'hôpital. Dis-moi pourquoi je suis ici !
— Tes parents m'ont dit que tu avais été percutée par une voiture...
— Une voiture, tu dis ? Mais qui m'a percutée ?
— Je ne sais rien d'autre.
Il est sincère, ça se voit. Mais comment ai-je pu oublier un accident comme celui-là ? Ce n'est pas rien. Mais il est déjà 18h passées, les visites se terminent. Mes parents viennent me dire au revoir ainsi que Laurent. Les infirmières passent me donner mon repas : une sorte de purée verte accompagnée d'une autre purée orange. Un repas digne des grands chefs, mais ce n'est pas grave, je n'ai pas faim.
Il doit être 19h et le docteur me rend une visite. Je lui raconte que mes jambes ne réagissent plus :
— C'est normal. Lors de ton accident, ta colonne vertébrale a souffert. Tes jambes doivent réapprendre à marcher, c'est pourquoi tu devras faire de la rééducation tous les jours.
— Monsieur, je me rappelle de tout, sauf de mon accident, et personne ne peut me dire exactement ce qui s'est passé !
— Lors d'accidents, c'est souvent le début et le choc qu'on oublie. Mais tu peux t'en souvenir en le retraçant. Ce sera dur, mais c'est important pour toi...
Il me dit à son tour au revoir et me voilà seule enfin. Jamais je n'avais passé une journée comme celle-ci. J'ai décidé de tout faire pour me souvenir de mon accident. Moi qui adore jouer à la petite curieuse, me voilà devenue détective privé : « Détective Sarah, à la recherche de l'accident oublié ».
Bon, me voilà encore exténuée, je tombe de sommeil...
Chapitre 3
La suite bientôt...