
Tout a commencé un matin. Le temps était couvert, l'air humide, la pluie se faisait sentir. Je me suis levée, j'ai pris mon petit-déjeuner comme tous les jours, je me suis habillée : un jean, un tee-shirt manches longues et des baskets. Je suis sortie de mon appartement. Arrivée dans la rue, j'ai senti un petit frisson. J'ai voulu remonter chercher une veste, mais par paresse de monter les quatre étages, je me suis dit que j'allais supporter ce petit air. Dans les poches de mon jean : portable, portefeuille et quelques pièces de monnaie, au cas où. Arrivée devant l'arrêt de bus, je me suis souvenue que ma carte était dans ma veste. Après tout, marcher ne peut pas faire de mal.
J'ai décidé d'aller en ville à pied, rien de bien spécial de prévu, juste pour m'aérer un peu. Après une demi-heure de marche au bord de la mer, j'arrive enfin au centre-ville. Il y a du monde en cette période de fêtes de Noël. Toutes ces personnes ont des cadeaux à faire : pour une mère, un père, un frère ou peut-être une sœur, ou tout simplement un ami. Moi, je suis seule. Depuis des années, je préfère la solitude. Au moins, on n'est pas déçu par un ami qui trahit notre confiance. Pour ce qui est de la famille, j'en avais peu : juste ma mère qui m'a élevée, puis la vieillesse l'a emportée.
Sous la pluie, une rencontre fatidique
Quelques gouttes de pluie commencent à tomber. Tout le monde s'agite, ouvre son parapluie. Mais ce n'est que de l'eau, et parfois il est bon de sentir des frissons. Ça nous rappelle que nous sommes vivants, mais aussi faibles. Combien de fois je me suis demandé si j'étais vivante, si j'étais réelle, si la vie elle-même l'était... Peut-être que je vis tout simplement le rêve de quelqu'un d'autre, que je suis l'actrice des pensées d'un autre. Pourquoi pas un comateux qui attend ma mort pour retrouver sa vie ?
La pluie commence à s'intensifier. Je crois qu'il est l'heure de se mettre à l'abri. Le plus proche, c'est la gare. J'entre dans le hall. Apparemment, je ne suis pas la seule à y avoir pensé. Je n'aime pas la foule. Je m'isole dans le sous-sol. Il y a très peu de monde : quelques jeunes et des SDF qui font la manche. Allez, c'est jour de bonté, je donne quelques pièces à l'un d'entre eux, histoire de me dire que je ne suis pas si égoïste que ça.
En sortant la main de ma poche, mon portefeuille tombe au sol. Je n'ai pas le temps de réagir qu'un jeune a déjà pris la piste avec. Je remonte dans le hall et m'aperçois que j'ai donné mes dernières pièces à ce vieux monsieur. Je crains bien que je doive rentrer de la même façon que je suis venue... à pied.
Le trajet du retour : un coup du sort
Il pleut des cordes. Là, on ne se sent plus vivre, mais on s'imagine bien mourir de froid, avec les cheveux mouillés qui caressent un visage bleui par le froid. Dans la rue, plus personne, mis à part quelques businessmen qui sortent du bureau. J'accélère le pas et m'imagine déjà dans un bon bain chaud chez moi.
Je vois un jeune homme courir au loin. Il a l'air un peu effrayé. En fond sonore, les sirènes de police — tout ce qu'il y a de plus banal pour une grande ville. Arrivée à la hauteur du jeune homme, mon pied glisse sur une plaque d'égout. Je le fais trébucher par mégarde. Je me retourne pour l'aider à se relever. Je vois ses yeux écarquillés. J'attrape son bras, j'ai peur de lui avoir fait mal. Derrière, les grincements de frein de la voiture de police. Je tourne la tête pour regarder. Et au même instant, je sens une douleur me prendre au bas du ventre. Le jeune homme s'en va en courant. Je vois les policiers s'approcher en courant. Je m'écroule sans trop savoir pourquoi.
J'aurais dû prendre une veste
Quelques minutes après, les secours étaient là. Je m'étais fait poignarder par ce gamin qui a eu peur des flics. Quel petit con. Une fois à l'hôpital, je me dis : tout ça pour une plaque d'égout... Mais au fond, j'aurais dû prendre ma veste. Je serais sortie, j'aurais pris le bus, je n'aurais pas eu froid, je ne serais pas rentrée à pied, je n'aurais pas glissé et... Oui, vraiment, j'aurais dû prendre ma veste.