
Au début, c'était chouette, je crois. Au début, on s'amuse.
Mes bons moments ont été bons, autant que mes mauvais moments le furent. Les classes maternelles et primaires. Ensuite le collège et le lycée. Tout ça, c'est pareil. On a des bonnes années et des mauvaises.
Et puis c'est de pire en pire. On devient la « tête de turc » sur plusieurs années, on souffre sans savoir pourquoi. On voudrait qu'ils comprennent, qu'ils arrêtent.
Et puis ça passe. Enfin on est tranquille, mais toujours seul. Cette douloureuse expérience n'aura toutefois pas été sans effets. Car c'est là que je situe le départ de mes maux. Car c'est là que, depuis ma coquille, j'ai observé, sans jamais rien dire.
À force de prendre des coups, cette coquille devient vitale. Mais quelque chose se passe : on en devient prisonnier. On n'arrive plus à en sortir. Et puis on ne se débat plus, on la garde.
J'ai perdu le goût de vivre. Original, n'est-ce pas ? Et c'est dans ce pôle pulsionnel que je suis que toute l'ambiguïté se fait. Mon « Surmoi » et mon « Ça » réunis.
Moi. Moi qui vis, ici et maintenant. Moi, homme mais avant tout Homme.
Pourquoi je déteste la vie
Je déteste la vie. Je déteste l'Homme, je hais son orgueil, son égoïsme. Je suis devenu insensible, bien malgré moi.
Une bombe nucléaire serait lancée sur la Chine, je m'en moquerais éperdument. Chirac serait tué par un extrémiste, de même. Certains appelleront ça de l'égoïsme. Je ne suis pas égoïste, c'est simplement que je m'en moque. Appelez ça du « je-m'en-foutisme ».
Eh bien, là est le problème : je me moque de bien trop de choses. De beaucoup trop...
J'aurais simplement pu être un égocentrique de plus. Mais non. En fait, je me déteste encore plus.
D'abord parce que je me noie. Chacune de mes piètres tentatives pour m'en sortir m'ont à chaque fois enfoncé un peu plus. À chaque fois j'allais plus mal. Et à chaque fois j'aurais voulu sauter de la fenêtre du troisième étage de mon bahut pour qu'ils comprennent enfin, tous, que j'en ai marre.
Et ensuite parce que je suis lâche. Je n'ai jamais essayé de mettre fin à mes jours, même si j'avoue avoir perçu ça comme une solution. Pourquoi ? Parce que ma mère ne s'est jamais remise de la mort de ma sœur. Ça l'aurait tuée.
Trop lucide pour vivre ?
Je n'ai jamais songé à cette idée auparavant. Mais peut-être qu'après tout je suis simplement trop lucide, et que de ce fait, je vois ce qui se rapproche le plus du « vrai », à savoir la médiocrité du monde. Toujours est-il que je ne vois plus que ça.
Et pourtant j'aime des choses, dans ce monde. Lesquelles ? Ce n'est pas le sujet. Pourquoi ? Je ne sais pas. Et je ne veux pas savoir.
J'ai cessé de réfléchir trop longuement. Oui, mais alors, j'ai bien réfléchi pour écrire tout ça ? Oui, bien sûr, mais pas aujourd'hui, pas maintenant. Il y a quelques années. Car cela fait quelques années que chaque année, chaque mois, je me noie un peu plus.
La personne que tout le monde voit est sympa et marrante, des fois. Cette personne joue aux jeux de rôle, achète des mangas, fait preuve d'un profond respect pour la musique (la vraie), le théâtre et tant d'autres choses.
Mais ce n'est pas celui que je suis chez moi, seul, assis sur le bord de mon lit, la tête dans les mains, laissant échapper une larme au son de la musique de Yann Tiersen. Et tout à coup, tout est plus vrai.
Je deviens plus sensible au vivant. Tous ces objets autour de moi — ce tapis, cet ordinateur, ces jeux vidéo — ils deviennent ternes et perdent leur sens. Et tandis que je mets un morceau de bois dans mon poêle, je saisis le moment délectable où la douce flamme, fébrile, s'agite à dévorer chaque nouveau morceau de bois. Cette flamme, je voudrais l'admirer, je voudrais la toucher.
Ce que la vie m'a appris
Et quand les choses qui me font exister cesseront d'exister, ce sera mon tour. La vie qui est en moi n'est pas mienne. Comme chacun de vous, je ne possède pas la vie, c'est elle qui me possède.
Je ne mourrai pas de vieillesse, je mourrai quand je n'aurai plus de raisons de vivre. À quoi bon vivre 100 ans ?
Et en attendant, je vis dans cette mélasse avec laquelle j'empoisonne l'une après l'autre chacune des personnes qui se sont trop intéressées à moi. Une de ces personnes est trop loin pour que je lui dise de vive voix tout ce que je voudrais lui dire. Citons simplement son pseudonyme : Rikku.
Excuse-moi.