Image 1
Essais

Incomprise (1)

Entre harcèlement familial sur son poids et dépression, une adolescente se sent incomprise et sombre dans la solitude, jusqu'au coup de grâce.

As-tu aimé cet article ?

Image 1
Image 1
Depuis toute petite, j'ai toujours fait tout pour être comme ma mère voulait : la plus belle, la plus féminine, la plus intelligente, la plus sage. Bref, j'ai toujours été « la plus », et toujours dans le bon sens. Je ne faisais jamais de bêtises, je m'occupais toujours de mes petites sœurs autant le jour que la nuit. À vrai dire, ce n'était pas un problème pour moi puisque c'était normal : maman me le disait, et pour moi, maman avait toujours raison.

On s'entendait à merveille, elle et moi, mais je préférais quand même rester avec mon père. Il était moins sévère et beaucoup plus drôle. Il écoutait toujours tout ce que je lui racontais, alors qu'elle ne faisait même pas semblant. Bref, on menait une parfaite petite vie, assez banale.

Tout allait bien pour moi dans le meilleur des mondes jusqu'à l'adolescence. Contrairement à tous mes camarades, je ne faisais pas de crise d'ado. J'écoutais comme toujours tous les maux de mes amis car j'étais toujours l'épaule sur qui pleurer dès qu'on avait un problème, car je m'entendais bien avec mes parents. Je n'avais pas envie de fuguer, ni de faire la fête, ou de faire des trucs complètement fous. Mon seul désir était de rester à la maison, dans mon lit, lire, regarder la télé et écouter de la musique. Je n'aimais pas sortir, je n'étais pas non plus renfermée sur moi-même, mais j'étais bien chez moi.

Mais sans m'en rendre compte, je commençais à grossir, grossir, grossir... Pourtant, je ne mangeais pas beaucoup, mais à vue d'œil, je grossissais. Et c'est là que tous mes problèmes ont commencé.

Le début de la descente aux enfers

À 16 ans, même si personne n'osait me le dire, on pouvait déjà me qualifier d'obèse. Moi, je ne m'en rendais pas forcément compte, jusqu'au jour où, dans les boutiques où j'allais d'habitude m'habiller, je ne trouvais plus rien à ma taille. Ma mère a alors commencé à me prendre la tête pour que je maigrisse. D'accord, je devais maigrir, mais au point qu'elle me harcèle, je n'en pouvais plus.

Au fur et à mesure, je me rendais compte que je changeais. Moi qui auparavant étais si dure et douce à la fois, à l'écoute des gens et sociable, je devenais susceptible. Je ne supportais plus la présence de plusieurs personnes à la fois, même de ma propre famille. Je n'étais plus sociable. Je me suis refermée sur moi-même et j'ai évité le plus possible de sortir de chez moi.

L'effondrement familial et psychologique

La relation que j'avais avec mes parents se dégradait à vue d'œil. Certains jours, je ne pouvais plus supporter ma mère. J'avais l'impression que son but dans la vie était de gâcher la mienne. Chaque jour, elle me rabâchait la même chose : « Entre nous, c'est quand que tu commences ton régime ? », « Tu sais, tu ne peux pas rester comme ça », « Moi je dis ça, c'est pour ton bien », « Tu ne peux pas rester dans cet état, tu devrais un peu te maquiller, au moins mettre un peu de poudre, du mascara et un joli brillant à lèvres », ou encore « Mets des vêtements de couleur, pourquoi toujours du noir ? », « T'es vraiment dépressive ».

À force de l'entendre dire, je suis devenue dépressive. D'ailleurs, avant même que je le sois, c'est ce que tout le monde pensait. Je passais pour l'étrange fille de la famille, la dépressive auprès de mes amis. Bref, j'étais la fille « bizarre » (comme ils disaient). De plus, comme jusqu'à présent je ne m'intéressais pas aux garçons, on me croyait lesbienne, alors que ce n'était pas du tout le cas. Moi, j'aurais plutôt dit asexuée, du moins pendant cette période.

Mon état se dégradait de jour en jour, autant physique que moral. Je tombais malade de plus en plus facilement et de plus en plus souvent, mais comme toujours, je refusais d'aller chez le médecin. Mentalement, mon état se détériorait gravement. Je faisais toujours comme si tout allait bien pour que personne ne s'en rende compte. Comme j'étais assez bonne comédienne, ça fonctionnait très bien, mais mon état se faisait ressentir dans mon travail scolaire. Moi qui avais toujours été très bonne élève, je suis devenue plus que critique et je faisais croire à un mauvais passage.

Mais chaque soir, dans mon lit, je pleurais toutes les larmes de mon corps. Tout allait mal et je ne savais pas comment m'en sortir. J'avais besoin de changer de vie, changer d'air et même d'esprit. L'idée du suicide me venait souvent à l'esprit, mais bien sûr, je n'avais pas assez de courage pour exécuter mes pensées.

Le coup de grâce

Un soir, alors que je lisais et que ma mère faisait encore et toujours des rapports à mon père sur mon cas, celui-ci prononça une phrase qui me fendit le cœur : « De toute façon, si elle est grosse, c'est de sa faute, c'est elle qui le veut. »

Moi, qui pensais que s'il ne me disait rien, c'était parce que je lui faisais de la peine et qu'il me comprenait... Mais non, je me trompais. Lui aussi me prenait pour une alien. Tout de suite après, je suis allée me coucher et j'ai passé toute la nuit à pleurer.

Mais le pire, c'est qu'une semaine plus tard, alors que nous discutions, ma mère et moi, et pour une fois pas de moi, celle-ci revint à l'attaque en me demandant : « Pourquoi tu n'es pas comme toutes ces jeunes filles dans la rue, à la pointe de la mode et qui font attention à leur poids ? Tu devrais faire comme elles. »

J'avais l'habitude d'entendre ça chaque jour, mais pour bien m'achever, elle me dit ensuite : « Regarde Gwen (c'était ma meilleure amie), elle aussi était ronde, même plus que toi quand vous étiez petites, et maintenant elle, elle fait tout pour pas grossir » (elle était limite anorexique).

Et c'est là qu'elle prononça cette phrase que je n'oublierai jamais : « Je préfère avoir une fille anorexique qu'obèse. »

Cette phrase peut paraître banale, mais ça m'a fait très mal. Ça veut dire qu'elle préférerait avoir une autre fille qui serait anorexique plutôt que moi qui suis obèse !!!

As-tu aimé cet article ?
baby_styl
Orny M @baby_styl
1 articles 0 abonnés

Commentaires (9)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires