Image 1
Essais

Ils pleurent

Un poème poignant sur un couple déchiré par l'alcool et la drogue, leur fuite désespérée et l'amour qui les sauve in extremis.

As-tu aimé cet article ?

Il boit, ivresse malsaine, il s'enterre seul, sans envie. Elle, à fleur de peau, rejette la vie. Ils pleurent.

Les nerfs à vif, ils se rejettent, se dégoûtent mais s'aiment. La nuit est longue et froide, leurs corps se soumettent aux idées trop vagues qui percutent les murs. Silence, bruit sourd : ils pleurent mais ne s'entendent pas.

La pluie coule sur les fenêtres, elle est douce, ils ne la sentiront plus. Plus jamais ils ne verront le jour, plus jamais ne se verront, ils sont partis.

Elle, ravagée par la drogue ; lui, ravagé par l'alcool. Leurs corps se touchent mais leurs sensations ont disparu. Ils se tuent. Passionnés, ils se haïssent. Ils pleurent.

Larmes de sang, larmes sèches d'un amour vaincu par l'artificiel. Seuls, entre ces quelques murs qui se dérobent de leur vue, seuls pour se vaincre, seuls pour s'aimer. Leurs mains se frôlent, leurs mots s'évadent, l'esprit éjecte les souvenirs des prairies, du jour, de la vie.

Il pleure, elle l'observe, elle a mal. Elle pleure, il l'observe, il a mal. Ils se veulent sans se vouloir, la peur les terrasse, isolés d'un monde indifférent. La poudre sur la table, la bouteille au pied du lit.

Silence, puis la folie. Elle se lève lentement, le fixant. De ses bras coule du sang, des veines perforées par une seringue lâchement plantée. La drogue pour seul remède à son silence, à sa passion, à sa souffrance.

Elle sort sous la pluie, ses jambes la portent, elle s'élance vers un chemin distordu. Sans confiance, elle fuit, elle fuit. Il la poursuit, titubant. Ils pleurent. Elle hurle.

Enfin, son corps se meurt dans sa fuite. Il l'aime, il a peur. Mais l'envie de mourir est si forte, elle ne peut plus reculer. Elle fait abstraction de tout, de lui, et il l'aime, et elle l'aime, et ils pleurent.

Le pont, l'envol, elle veut partir. Lui, il la veut. Il se réveille de la torpeur : elle va mourir. Non ! Son hurlement traverse le silence de mort, sa fuite ne peut arriver. Elle l'aime, il l'aime, ils pleurent.

Dans ses bras, elle se brise, retenue par l'amour, retenue par son souffle. Elle l'aime. Il l'aime. Ils rient.

As-tu aimé cet article ?
la fille de saturne
la fille de saturne @la fille de saturne
6 articles 0 abonnés

Commentaires (6)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires