
Maxime, le paria de l'école
Maxime avait 16 ans, mais n'avait ni les yeux bleus, ni de mignons cheveux blonds. Il n'avait pas non plus un corps d'athlète, pas plus qu'il ne faisait partie d'aucune équipe sportive. Maxime était loin d'être populaire : la plupart des gens d'ici s'amusaient à l'appeler « l'erreur ». Il était le 3e d'une famille de 7 enfants, et le seul qui ne s'était jamais démarqué. La honte de la famille. Même le plus jeune de ses frères, Cyan, 6 ans, était considéré comme ayant plus d'avenir que lui.
Bien sûr, il avait sa vision de la vie parfaite, mais elle ne semblait pas cadrer avec celle des gens autour de lui. Cette vision qu'il avait, je la partageais aussi. Et depuis plusieurs mois déjà, j'espérais me rapprocher de lui. Je n'avais jamais eu le courage de l'en informer ; je savais qu'il avait été ridiculisé tant de fois qu'il me repousserait sans doute.
Un secret lourd à porter
Mais nous étions le 23 décembre, et je n'étais pas sûre de revenir après les fêtes. J'avais, moi aussi, un secret. Je n'étais pas rejetée, non, mais je ne croyais pas avoir de réel ami à qui le partager. Mon secret était plus lourd : on m'avait diagnostiqué un cancer, une masse anormale en moi. On m'avait laissé vivre une vie normale jusqu'au 26 décembre. Après, on avait déjà prévu mon horaire des prochains mois à la journée près. Mon avenir était hypothéqué, et je ne savais plus trop si je devais croire en la vie ou non.
Je savais que même sans jamais lui avoir parlé, un lien secret nous unissait. Je ne sais pas trop comment le décrire, mais j'avais envie qu'il sache que j'avais existé.
La lettre qui ne sera jamais lue
Les professeurs ayant été informés de ce qui m'arrivait, ils avaient, en quelque sorte, pitié de moi. Ce fut donc avec facilité que je réussis à sortir de mon cours pour aller demander un service à la secrétaire. Je voulais qu'elle remette à Maxime une enveloppe, avec une lettre que je lui avais écrite. Je ne savais pas trop ce qu'il allait en penser, mais c'était important pour moi de savoir que j'aurais fait un geste envers lui.
La secrétaire ne semblait pas aussi souriante qu'à l'habitude. Quand je lui confiai sa mission, elle retint ses larmes en murmurant que c'était leur faute à eux. Elle finit par m'avouer qu'elle venait de recevoir un appel des parents de Maxime après que celui-ci fut retrouvé les poignets ouverts, avec une lettre expliquant la souffrance qu'avait causée le harcèlement de certains élèves.
La course contre la montre
Je sentis les larmes monter à mes joues et j'articulai avec difficulté : « Ont-ils réussi à le sauver ? »
Elle m'apprit qu'il reposait encore dans un état critique. Je me sentis si mal, soudainement. Je ne pouvais exprimer les questions qui fusaient de partout dans mon esprit à ce moment-là. Je savais que je devais me diriger vers l'hôpital. Je sortis du bureau et traversai l'école. Pour la première fois, elle me parut si longue.
Un garçon m'arrêta. Il avait l'habitude de crier des noms à Maxime. Il commença à me parler, et je le repoussai violemment contre les casiers. En cet instant, c'était lui que je tenais pour responsable de cette boule dans mon estomac, qui grossissait depuis que j'avais appris la nouvelle.
J'avais l'impression que je ne pourrais jamais vraiment accepter tout ce qui se passait tant que je ne l'aurais pas vu. C'était comme un sentiment que ma vie venait de perdre sa chance d'être complètement accomplie. J'avais toujours ressenti ce besoin de lui, et s'il n'y était plus, jamais il ne pourrait être comblé.
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