
Elle meurt dans ton esprit, dans ta mémoire, dans ta vie. Elle ne sera plus qu'un vague souvenir que tu remémores à tes moments perdus, en cherchant à savoir ce qu'elle disait, ce qu'elle pensait, comment elle était. Elle n'est qu'un simple et confus vestige d'une vie passée à laquelle tu penses à peine. Où est-elle ? Que fait-elle ? Se souvient-elle encore de toi, toi qui l'as oubliée ? Une vague sensation de mélancolie que tu oublies si vite lorsque le présent te ramène.
Mais elle ? Elle vit dans le passé, dans l'image de ton souvenir, dans une nostalgie incessante et envahissante dont tu es la cause. Dans la perpétuelle tristesse de ton départ, dans l'utopique douceur de ton portrait envolé. Ivre de cette douceur, elle ne pense qu'à te revoir. Ton souvenir la retient dans cette vie défunte. Comme l'épouse qui attend inlassablement le retour de son mari parti, elle attend indéfiniment ton retour vers elle. Elle t'attend, mais toi... tu l'as oubliée. Douce lueur caressant momentanément ton cœur, insignifiante et futile. Rage douloureuse, passion inaccessible hantant continuellement ses pensées.
Tu l'as rendue heureuse sans le savoir. Dans l'ombre, elle nourrissait une passion enflammée, ne vivait que pour le son de ta voix. Mais tu ne la voyais pas. Indifférent à ce frêle sentiment, tu continuais ton chemin sans jamais retourner les yeux pour la regarder. Ton ombre s'effaçait de plus en plus chaque jour et son cœur périssait un peu plus. Horreur, infamie : elle touchait le bord reliant la vie à la mort. Elle criait sa douleur pour que tu l'entendes, mais rien. Tu continuais ton chemin insensiblement, aveugle à elle et à sa douleur. Tu es devenu un monstre à être parfait. Dans le désarroi et la mort, son amour pour toi l'a conduite. Tu es son meurtrier sans même le remarquer.