
Vouloir en parler, c'est déjà complètement dingue, mais essayons quand même. Je suis pas du genre à me prendre la tête avec des histoires à deux balles. Je sais bien que la vie, c'est pas un soap opera ou un TV-show à la mormoileneu tout ça tout ça. Pour vous en parler, je peux même pas être moi : je dois être ce personnage qui sort tout ce qu'il a dans le ventre, un type que je fais toujours parler quand j'écris. Non, vraiment imaginez, moi, parler de ça, ce serait pas crédible : « Je vais vous parler de l'amour, tertre de toutes les passions, toute la vie humaine, je vois déjà la ciselure iridienne de ses yeux ne reflétant plus que la juste couleur des miens... » Nan, ce serait ridicule. Détends-toi mon gars, arrête de parler, montre-leur, c'est tout. Crache-leur à la gueule ce que c'est que la passion.
Première rencontre : le visage qui raconte une histoire
Première chose. La fille. Brune, cheveux bouclés longs et noirs, yeux verts gris, mère espagnole. C'est tout ? Son visage. J'aime son visage parce qu'il raconte une histoire. Pas encore la nôtre, juste une histoire. J'en dis pas plus parce que vous vous en branlez. Je pourrais parler d'elle pendant des heures, mais c'est juste une fille pour vous. La rencontre ? On éclipse. Ça pourrait se passer sur un pont, dans un désert ou un salon automobile que ça ne changerait rien. Mais j'aime bien l'idée du désert. Orange le désert.
Quand la passion devient une drogue
Bon bah, je vous montre. C'est là que ça commence. On pourrait croire que c'est juste des jambes qui se décroisent, mais moi j'ai pas vu ça. J'ai vu « Viens ! Viens ! ». C'est là que j'ai foncé. Je lui ai annoncé d'emblée la couleur : je lui ai sauté dessus. Et elle a répondu, en me mordant la lèvre à m'en faire pisser le sang, ses doigts passés sous ma chemise me griffaient déjà le dos. Même là, je la sens. Elle est en moi, plus qu'en elle, et tout autour aussi. Dans les mots, dans vos yeux. Ça fait mal. Ce truc, c'est pas des craques, c'est du crack. Faut dire que je bois pas mal et que ça m'arrange pas. Enfin ça, on s'en fout.
Je vous cite les effets : « Stimule le système nerveux en augmentant les niveaux de dopamine dans les synapses de certaines régions cérébrales. Elle y bloque la recapture de dopamine par le neurone émetteur, s'opposant ainsi à son élimination de la synapse. » Ouais, bah moi j'ai rien compris. Je vous explique à ma façon : la fille, c'est pas un cachet, ni une ligne, c'est un fixe. Elle va droit dans les veines, mais elle vous bousille la gueule en tournant l'aiguille dans tous les sens. Mydriase. Ses yeux à elle sont fermés, les miens ouverts. Ça veut dire un truc comme « Hey bébé, c'est important de fermer les yeux des fois », et à moi de répondre : « Et toi, ça t'arrive de les ouvrir ? »
Pureté contre mensonges : l'aveu d'un amoureux fou
Est-ce qu'une seconde de ma pureté vaut une vie de vos mensonges ?
La passion, c'est ce rire qu'on vomit sans trop savoir pourquoi, sans trop savoir comment, quand la fille nous détruit. Je vous parle pas d'amour, peut-être que ça viendra. Après cette folie. Je veux pas que ça s'arrête. Je veux que toute cette foutue planète s'arrête de tourner et qu'on nous laisse en paix, deux trois secondes, c'est pas la lune !
« Là, bout de viande saignante, les yeux à genoux dans la merde, elle s'enveloppe de mes bras, mes doigts sur son dos comme les dents d'une fourchette prête à lui bouffer la gueule, aimera, aimera pas. Je prends le risque ouais, les lèvres déjà ouvertes, vais te crever. » Cherchez pas, c'est de moi. Pas de la mégalomanie, juste que ça veut tout dire. Envie d'elle, mais je suis coincé dans ce stupide costume d'humain.
La fille, c'est la fille de la couleur de votre route, la seule qui a le droit d'y traîner les pieds. Mais aussi la fille, elle change vite. C'est comme une petite porcelaine que vous serrez trop fort. Évidemment, à force, elle s'ébrèche. Vous la rejetez violemment puis la reprenez dans vos bras de force, jusqu'à ce qu'elle se casse la gueule, sa belle gueule d'ange. M'est égal. Je veux ma dose, j'en veux de plus en plus. Pas la tête à penser au sevrage. Elle m'emmène encore j'sais pas où, je la suis, la mor(t)... Ce sera plus qu'une porcelaine en miettes, suffira de quelques coups de balai, quelques coups. Mais ça recommencera un jour ? Tu m'en poses des questions. J'suis pas un savant, juste un pauvre type qui profite d'un rêve même pas drôle, paradis artificiel où y'a tout plein d'ours en peluche et cette fille au milieu, vie qui palpite, fait rougir ses joues.
Texte écrit par le membre FJ enfantdocile