
Avant de commencer à nous parler d'elle et de sa façon de faire les cours, la prof fait l'appel. Ce faisant, elle se rend compte qu'il y a trois Élodie dans la classe, dont moi, qui suis la dernière appelée. Elle dit mon nom et, me regardant, lance la première phrase blessante de l'année, à peine 10 minutes après le début du cours :
« Trois Élodie dans la classe ? Eh bien, vos parents n'ont pas beaucoup d'imagination... »
Pas mal comme remarque pour un prof, hein ? Surtout de la part d'une prof qui s'appelle Michelle... Tu parles d'une originalité ! Personne ne dit rien, personne n'a envie de se faire remarquer, ni de défier cette prof que tout le monde sait être un caractère fort. Donc nous laissons passer.
Comment le harcèlement moral s'installe en classe
Lors du deuxième cours, je m'étais mise au premier rang, me sachant nulle en géo, afin de bien commencer l'année. Ce n'était pas une question de lécher les bottes de la prof, mais plutôt de me forcer à bien l'écouter. Lorsqu'elle est entrée, elle m'a regardée et a dit : « Ceux qui sont au premier rang ne sont pas forcément les plus intelligents. »
De remarque en remarque, plus blessantes les unes que les autres, deux années entières se sont écoulées. Vous essayez de travailler, vous passez des heures enfermés dans votre chambre à essayer de retenir des pages de dates et des cartes de tous les pays, car vous savez que le lendemain elle va vous interroger, et que si vous ne savez pas, vous allez encore vous faire casser devant tout le monde.
Le pire, quand ça vous arrive, c'est qu'à part vous, personne ne semble se rendre compte que le comportement de la prof est agressif envers vous. Ils disaient : « Mais nan, elle est dure comme ça, mais c'est pour nous aider. »
Injustice scolaire et double visage de la professeure
Des aides comme celles-ci, je m'en serais bien passée. Si seulement un ou deux élèves avaient pris la peine de bien faire attention à ce qu'elle disait... Je rendais des devoirs sans fautes, qui collaient au sujet, mais elle trouvait toujours le moyen de trouver ça nul, et de me le dire en me balançant ma copie sur la table : « Vous n'avez rien fait ! » Bien fort, pour que tout le monde entende.
Quand quelqu'un d'autre avait raté son devoir, elle ne disait pas « C'est nul, vous n'avez rien fait ». Avec les autres c'était : « Tu n'as pas bien réussi ce devoir mais passe me voir à la fin du cours, je te dirai ce qui ne va pas et comment l'arranger. »
Un jour, pour la tester, j'ai recopié un article d'un magazine et l'ai rendu comme devoir. C'était un article du Nouvel Observateur, qui je pense n'est quand même pas n'importe quoi. Eh bien elle me l'a rendu en disant : « Ouais, c'est pas mal, mais les phrases ne concordent pas entre elles. »
Je vous jure qu'en lisant les devoirs de ceux qui avaient de bien meilleures notes que moi, j'ai failli avoir une crise cardiaque. Je ne dis pas que j'écrivais comme Victor Hugo, mais me dire que mes phrases ne concordent pas, alors que certains rendaient des devoirs dignes d'un personnage de Loft Story, et encore !
Les conséquences psychologiques du harcèlement scolaire
Quand ça vous arrive, vous devenez agressif envers tout le monde : les amis, la famille. Puisqu'on ne peut rien faire contre cette personne, ce sont tous les autres qui trinquent. Chaque jour il y a une remarque, mais vous ne savez pas laquelle, et vous ne savez pas quand elle va vous tomber dessus. Vous avez beau essayer de tout faire pour ne pas vous faire gronder, ce n'est jamais bien. Mais le pire, c'est que vous trouvez encore le moyen, parfois, de croire que c'est de votre faute !
Mais si c'est vous l'élève, c'est vous qui avez tort, et si la prof est mesquine, c'est qu'elle veut vous aider. À qui voulez-vous le dire ? Au principal ? Alors que cette prof a une réputation en béton ? Qui va-t-il croire ? Un simple élève ? Ou une prof à deux ans de la retraite qui a toujours travaillé dans ce lycée ? Je vous le demande.
Ne vous laissez jamais faire
Maintenant, quand je regarde la télé et je vois qu'un élève a frappé un prof, j'y repense à deux fois avant de me dire comme tout le monde : « C'était une racaille, j'espère qu'il se fera renvoyer. »
Je sais bien que dans 95 % des cas, c'est l'élève qui a tort, parce qu'il ne foutait rien, parce qu'il ne supportait pas l'autorité, tout ça. Mais il ne faut pas oublier qu'en ce monde il y a des personnes mauvaises, qui peuvent par de simples paroles vous faire perdre toute confiance en vous, parce qu'elles savent qu'elles sont les plus fortes, parce qu'elles savent que vous ne pouvez pas en parler.
Ne vous laissez jamais faire par ces personnes-là.
Schuss