
Le soleil se lève. Mes paupières le précèdent. Mes yeux s'écarquillent. Ma bouche s'entrouvre. Un souffle long de mes narines tournoie jusqu'à en faire frétiller les quelques poils de mon bouc naissant...
Comme à l'accoutumée, me voilà — du moins comme le pourrait dire un observateur ignorant de mon passé — réveillé...
Car peut-on dire qu'on se réveille quand on n'a jamais connu l'éveil ? Oui, je n'ai jamais connu l'éveil... Enfin, c'est ce que je préfère me dire... Car si je suis éveillé, ou même si je l'ai déjà été, c'est que ce que je crois rêvé, ce que je veux rêver, est bien... La triste réalité...
Que de mensonge à soi-même on peut se perpétrer pour ne pas être ébloui par cette fulminante réalité !
La souffrance au cœur de l'existence
Tant de souffrance... La vie n'est qu'une plaidoirie pour éviter la mort. La mort conditionne la vie. La vie entraîne la mort. On vient au monde pour prendre conscience, prendre conscience qu'on n'a rien à y faire.
Moi, je ne suis pas venu au monde : le monde est venu à moi, m'étreindre dans ses bras plus miséreux que miséricordieux... M'étreindre jusqu'à m'éteindre, m'étrangler de cette réalité...
[... 3 ans, une voiture passe, ma mère trépasse, mon papa à moi se signe d'une croix, celle que je fais et refais pour l'implorer, lui, celui qui « est », pas comme mon papa...] (un enfant pas plus spécial ni que toi ni que moi)
Capitalisme et écologie de façade
Le monde nous est hostile, mais on le lui rend bien. L'homme ne parle d'écologie que quand, par logique économique — fier apanage capitaliste — il lui vient l'envie de protéger la sécurité, d'assurer la liberté de respirer pour se garantir celle du marché...
Libéralisme pour mieux aliéner, impérialisme des draineurs d'énergie qui ne sont pas sans rappeler les extraterrestres de Matrix ponctionnant tout le potentiel d'une vie humaine : l'homme n'est pas moins qu'une pile. Matrix se dit être une fiction, mais c'est juste car elle est en deçà de la réalité : « Toi, tu es de bonne famille, tu seras dite alcaline, petite pile qui sous mes doigts roule... On dit de la vie qu'elle n'a pas de prix, et moi je te l'achète pour moitié moins... »
L'homme marchandise dans la société moderne
Faust était un chanceux, chanceux d'avoir eu le choix, de vendre son âme au diable... Remarquons que nous nous sommes loués, le temps court d'une vie, prêts à être asservis, pour une durée concise... Après, on s'étonne de louer le Seigneur ?... Pauvre rancunier que nous sommes.
Remarque, c'est de notre faute en même temps de placer tous nos espoirs sur une chose dont il faudrait mieux espérer qu'elle ne soit pas... Car je ne prédis pas un bon avenir au-delà de la vie pour un bon nombre de ceux qui se disent hommes...
[... des milliers d'enfants meurent du sida chaque jour, la plupart d'entre eux appartiennent au tiers, voire au quart monde...] (un sondage pas plus spécial à l'histoire humaine que l'était le petit garçon à la parenté ébréchée)
Notre lâcheté face à l'injustice mondiale
Et se dire homme, c'est déjà ne plus l'être. Car comment nous, qui avons la chance de pouvoir nous exprimer correctement après une bonne scolarité, nous qui connaissons comme un canon les verbes souffrir, mourir, CREVER LA DALLE ; comment pouvons-nous fièrement afficher notre pusillanimité...
Quoi ? Ce terme ne vous dit rien ? Il devrait. Lâcheté, désintéressement des responsabilités, faiblesse sont autant d'adjectifs qu'il englobe. Et en parlant de globe, mes oculaires roulent dans mes orbites quand je pense que, du sien, la terre ne sort pas quand elle se sait infestée par tant d'hypocrisie et de malignité !
[... braoummmm katakatakatakat... braoufff !!!!] (Un beau pays oriental, un jour de vendange... du pétrole)
L'argent et la marchandisation de l'humain
L'argent coule à flot, et surtout quand il est noir, son éluant est ce sang qui, du bras de bonnes gens, remplit des rues... Mais des rues DÉMOCRATIQUES s'il vous plaît !
Pourquoi l'homme a-t-il inventé l'argent ? Pour faciliter les échanges ? Donc la cohésion entre les hommes... La cohésion serait-elle égale à l'agglutinement corporel ?... Dans ce cas, la cohésion des charniers qui jonchent les sols de bien des contrées serait signe de la réussite de cette invention qu'est la valeur...
Oui, depuis que l'on compte, l'on quantifie la valeur de toutes choses. L'homme n'est pas une chose, dit-on !... Mais par là, on veut dire qu'il n'a pas de valeur. En tout cas, ils ne nous l'ont bien fait comprendre... et comment les mettre en doute puisqu'ils en sont aussi... des HOMMES.
[... Hiroshima... ouh la belle bleu, regarde le nuage pyrotechnique... ça fait beau... aïe aïe aïe... non, ça fait bobo... ouch, regarde le beau bleu... qui vire au turquoise...] (un jour où le ciel se fongiforma !)
Des hommes avec un grand H... comme Hypocrisie
L'erreur est humaine, et je dirais même plus : c'est son exclusivité !
D'ailleurs, j'en ai fait moi aussi une : j'ai osé dire que l'homme ne se marchandait pas alors que pute, homme et douce et tendre enfant font le bonheur d'un marché noir plus sombre qu'on se le peut imaginer.
Et Sarkozy, qu'est-ce qu'il dit ? Qu'il faut les enfermer ? Mais comment le voulez-vous plus, monsieur, quand leur aliénation les pousse à ne plus pouvoir disposer de leur corps comme elles l'entendent, et tout ceci sous prétexte qu'elles n'entendent même pas notre langue ? Elles ne sont disposées qu'à sucer, lécher et laisser traîner sur leur peau... Mais pas de pot : aujourd'hui, en France, elles n'auront bientôt plus le droit de se faire extorquer jusqu'à leur dignité, et on les punira sévèrement pour avoir été des victimes de l'économicentrisme humain !
L'homme bestial : quand la violence devient système
Argent, égoïsme, loi du plus fort : l'homme est bestial et, du haut de sa supériorité, se permet de critiquer l'animal. Cela donne, du coup, un nouveau sens au mot bête : il y a la bête, l'animal, et le bête, le stupide, cet homme qu'on est tous et que l'on hait tous !
Sarajevo, Bagdad, Kaboul... tous ces noms qui résonnent de la souffrance des peuples, de l'humiliation humaine, les enfants qui pleurent leur mère ensevelis sous des monceaux de terre, les larmes de la misère qui inondent la surface de la terre, partout, partout, PARTOUT !
Poésie de la révolte
*[Ce monde étrange
Où l'homme se bat dans la fange
Ce monde étrange
Où seule compte la vengeance
J'y suis, j'y reste
Je me méfie de toi comme de la peste
J'y suis, j'y reste
J'écrase pour ne pas me faire écraser
Savoir se battre
Quand il faut, quand on est chaud
Refroidir les autres
Ne penser tout le temps qu'à sa pomme
La suprématie
La seule chose que je recherche
Exceller ainsi
En humiliant mes congénères
Chef d'entreprise
L'homme que tout le monde vénère
Patron de l'homme
L'homme s'asservit lui-même
On n'est jamais mieux servis que par soi-même...
Il faut faire des bénéfices
Et ne négliger aucun vice
Il faut faire des bénéfices
Même si l'on doit tuer ses fils
Ce monde absurde
Va bien finir par imploser
Ce monde ridicule
Commence vraiment à m'énerver
J'exerce l'homme
Ce n'est que l'excrément de la planète
C'est ma grosse commission
Me voilà paré à tirer la chasse
L'humanité
N'est que diarrhée dans un monde constipé
L'humanité
Va partir dans les WC du temps
Mon scepticisme
Me pousse à convoiter la fosse septique
Comme avenir de l'homme
Ça, c'est bien fait pour sa pomme
On n'est jamais mieux servis que par soi-même...
Il faut convoiter l'abysse
Pour l'homme qu'est bourré de vices
Il faut convoiter l'abysse
Pour lui et tous ses fils
Petite enfant venant en ce monde, abject et immonde, ne crie pas ainsi, ce n'est que la vie...
Ce monde est un monde affreux,
C'est horrible comme les gens ne sont pas heureux.
Et moi, je suis peureux :
Pour ne pas voir la misère, je baisse les yeux.
Les hommes crient et ont faim,
Le monde sera bientôt repu d'eux.
La satiété de l'humanité...
Ça y est, arrive à son apogée.
Bouffons-nous
Bouffons-nous
Bouffons-nous avant de se faire bouffer
Ça y est, j'ai plus faim.
Ça y est, c'est la fin...]* (lyrisme fortuit car quand les mots ont trop de poids, il est bon d'aérer leur contenance pour éviter d'en faire un étau à cerveau...)
L'éveil lucide : un constat désespéré
Me voilà réveillé. Telle une bouffée de lucidité, la vie en moi a repris. Et je désire la mort — celle de la guerre, celle de la misère, celle du mal, celle des choses qui font beau. Mais maintenant je sais que cet idéal, cette fin du mal, cette mort, c'est celle de l'homme... On n'éteint pas un feu en versant de l'eau sur la fumée...
Triste constatation : s'éveiller, c'est, par définition, pouvoir se rendormir...
Moi, je dis que s'éveiller, c'est devoir se rendormir !!!