
Tout a débuté d'une façon tout à fait anodine. Mon passe-temps préféré a toujours été de faire des blagues au moyen d'Internet. Vous ne pouvez pas savoir comme les gens sont crédules : vous pouvez leur faire subir les pires canulars, presque systématiquement ils vous croiront. Pour votre information, il existe divers sites sur le Web qui vous permettent d'envoyer à des amis (mieux, à des ennemis) de faux virus particulièrement efficaces pour affoler votre cible !
Un exemple me revient en mémoire. Il y a quelques années, au lycée, nous avions, avec une bande d'amis, téléchargé un faux virus depuis notre CDI, sur ce même ordinateur où nous étions. Une fois notre farce effectuée, l'air de rien, nous rejoignîmes une table placée idéalement pour voir la réaction du documentaliste lorsqu'il s'apercevrait du message inscrit sur son écran.
Il disait :
CECI EST UN VIRUS
AVEZ VOUS UN GROS SEXE ?
Puis, dessous, étaient inscrites les deux solutions :
OUI NON
Bien entendu, le pauvre homme tenta de cliquer sur le « OUI », mais à chaque fois qu'il essayait d'approcher la souris de ce mot, le « oui » se déplaçait ! Fatigué de courir après, il jeta un regard autour de lui et se résigna enfin à sélectionner le « NON ». Évidemment, ce bouton-ci était docile et instantanément apparut un smiley (vous savez, ces petites têtes rondes faisant un grand sourire) et l'écran afficha :
C'EST BIEN CE QUE JE PENSAIS !
Ce fut bien sûr l'un des plus gros fou rire de notre scolarité, car nous ne nous doutions pas qu'il serait par la suite suivi d'une exclusion temporaire !
Les hackers : cyber-délinquants ou génies de l'informatique ?
Bref, tout ça pour vous dire qu'Internet est le meilleur moyen de distraction qu'il soit. Cependant, si vous avez comme moi quelques connaissances supplémentaires de l'outil informatique ainsi qu'un certain talent pour pirater des sites importants et que vous mettez votre savoir en pratique, alors vous êtes un cyber-délinquant ou, dans le jargon du milieu, un « hacker ». Sachez que les peines prévues vont de 2 mois à 5 ans de prison et de 2 000 francs à 2 000 000 de francs d'amende.
Dans le milieu, je suis considéré comme un petit génie et suis respecté. On me connaît sous le pseudonyme de « Hackman » et je suis spécialisé dans la prise d'assaut de documents devant, en temps normal, rester secrets, tels que les projets de construction d'automobiles de grandes firmes comme Renault.
Mon infiltration du FBI : une mission risquée
Dernièrement, j'ai tenté d'infiltrer le FBI, de contourner les barrières de ce site hyper protégé. Figurez-vous que j'ai réussi !
Mon but était de recueillir des informations pour ensuite les revendre à des personnes dont les motivations ne m'intéressent pas, afin de me faire un maximum d'argent pour pouvoir accéder à mon rêve : déménager et m'offrir une superbe villa dans le Sud de la France !
Pour cela, j'ai passé 4 jours et 3 nuits, avec un total de 7 heures de sommeil. Alors, qu'ai-je découvert ?
Eh bien, ça aurait pu tout simplement être qu'à long terme, le téléphone portable cause de graves effets irréversibles sur le cerveau ou que les Américains détiennent dans la fameuse zone 51 une dizaine de soucoupes volantes d'origine extraterrestre.
Non, ce serait trop facile. Il a fallu que je découvre que Ben Laden a, en fait, déjà été capturé depuis un moment, juste après le début des offensives américaines en Afghanistan. Il est à présent en train de pourrir dans le couloir de la mort d'une prison américaine.
Seulement, les Américains veulent à tout prix sauver l'honneur et se donner l'image d'une nation qui se bat avec ferveur pour que justice soit établie, et faire vite oublier que le pays le plus riche du monde a été attaqué (par un homme qu'il a lui-même formé) et a été meurtri au plus profond de sa fierté. Même si cela a déclenché des élans de patriotisme et a permis de montrer au monde entier que la bonne vieille mentalité américaine est saine et sauve, on peut dire que les terroristes qui ont attaqué à l'aide de cutters sont quelque part victorieux.
Tout ça pour vous expliquer pourquoi je suis poursuivi et pour vous faire comprendre à quel point je risquais ma peau.
Maître Corbeau : le maître chanteur du dark web
J'ai donc transmis l'information confidentielle à un homme se faisant appeler Maître Corbeau. Son boulot est de faire « chanter » une personnalité en lui faisant part des informations compromettantes qu'il détient. Le plus souvent, la personne paie de peur que ces infos soient livrées aux médias. Il suffit que vous ayez vu une star acheter une dose d'une drogue quelconque à son dealer un soir en vous promenant dans une petite rue, et ça y est, si vous êtes malin, vous pouvez devenir riche !
Comme vous pouvez vous en douter, pratiquer cette activité régulièrement peut se révéler extrêmement intéressant. Cependant, le maître chanteur met sa vie en péril à chaque fois qu'il allume son ordinateur. Il faut savoir qu'à peine plus de la moitié des maîtres chanteurs du Net survivent après deux ou trois affaires. En effet, les stars sont quelque peu rancunières et il n'est pas rare qu'elles embauchent des tueurs à gages pour descendre les petits malins qui les titillent un peu trop !
Quand tout bascule : traqué par le FBI
Bref, tout a commencé un soir, il y a environ deux semaines. J'avais travaillé toute la matinée à la création d'un site sur la protection des pandas (c'est un sujet qui me tient particulièrement à cœur). Pour m'aérer un peu, je sortis faire un tour dans la rue… à vrai dire au bistrot, et après une bonne demi-douzaine de bières, plus très clair, je pris la décision de rentrer me reposer.
Aux alentours de quatorze heures, réveillé par le concierge qui hurlait aux gamins du quartier d'aller jouer au ballon ailleurs, je décidai d'envoyer un e-mail à ma mère pour la rassurer sur le fait que les courses de la semaine avaient été faites, que mon linge était propre et que tout allait bien au bureau (elle croit que je travaille dans une agence de pub). Mon PC était éteint, il me semblait pourtant l'avoir laissé allumé en sortant. J'avais du mal à réfléchir à cause de ma gueule de bois. J'appuyai donc sur « POWER », mais il resta silencieux. J'avais beau répéter cette opération, l'écran demeurait noir. Noir comme le regard de mon ex-femme le jour où elle a appris mes véritables activités et qu'elle m'a annoncé qu'elle me quittait. Pardonnez-moi si je m'égare.
Après avoir vérifié que tout était bien branché, après avoir changé les câbles d'alimentation, je me mis à faire le tour de la maison pour voir si les autres appareils électriques fonctionnaient correctement. Très rapidement, mes maux de tête qui me tiraillaient depuis déjà dix bonnes minutes passèrent le cap du supportable. Je sentais comme un vrombissement sur mes tempes, j'avais de plus en plus de mal à me déplacer. La difficulté pour me concentrer était telle qu'il me fallut un bon quart d'heure pour comprendre la cause de l'état de mon ordinateur.
C'était soit une blague, une sorte de semi-virus qui vous met l'ordinateur HS pendant vingt-quatre heures et finit par s'autodétruire, soit… j'avais carrément été repéré par le FBI ! Heureusement, comme tout bon informaticien qui se respecte, j'ai un second ordinateur, un portable. Il fallait absolument essayer de me réinfiltrer parmi le FBI. Maintenant, je connaissais les petites ficelles pour gagner du temps, mais mes maux de tête risquaient de me ralentir.
Il me fallut toute la nuit pour trouver, parmi les ordres de mission, la recherche d'un homme qui posséderait des informations ultra secrètes : moi !
La traque commence
C'est là que les véritables ennuis commencent, car ils avaient mon nom, mon adresse et tout un tas d'autres renseignements sur moi. Il fallait que je fuie, et vite. Les fameux hommes en noir pouvaient débarquer chez moi d'une seconde à l'autre. Par la fenêtre, je vis justement au loin un grand homme en costume noir qui approchait assez rapidement en direction de mon immeuble. Après une courte période de panique, je réalisai qu'il ne s'agissait que de mon voisin du dessus, le directeur du petit casino se trouvant au coin de la rue. OUF ! Mais je devais tout de même réunir le minimum et partir chez mon frère. Je faillis l'appeler, mais un éclair de lucidité perça à travers la couche d'acide qui me rongeait la tête ! En effet, ma ligne devait déjà être sur écoute depuis un bon bout de temps. Il fallait donc que je débarque chez lui à l'improviste. Mon agitation permit à mes maux de tête de redoubler d'intensité.
Pendant la petite heure de voiture qui suivit, j'étais totalement perturbé. Il faut me comprendre : je ne savais pas si ces hommes me cherchaient pour me capturer et me remettre aux autorités ou bien si leurs intentions étaient beaucoup plus radicales.
Chez mon frère Frank : un refuge temporaire
Heureusement, Frank était chez lui. Il était le seul de ma famille à connaître mon travail. Je lui révélai donc toute l'affaire et il comprit très rapidement l'aspect critique de la situation. J'avais beau lui répéter qu'en m'accueillant, il mettait sa vie en péril, il ne voulut rien savoir et m'ordonna de m'installer chez lui pendant toute la durée de cette histoire.
Vous devez savoir que mon frère est quelqu'un de très prudent. Il y a quelques années, il était en proie à la paranoïa la plus totale et, après avoir subi plusieurs thérapies, il semble aller beaucoup mieux. Ce qui ne l'empêche pas de toujours être d'une prudence qui sort de l'ordinaire : il ne remplit jamais les petits coupons de jeux dans les magasins, est inscrit sur Internet sous un faux nom, et il est sur la liste rouge. En fait, il fait tout pour qu'un maximum de renseignements le concernant restent secrets. Je pouvais donc utiliser son ordinateur sans crainte.
Mais une question m'obsédait : comment avais-je été démasqué ? Ma première opération fut d'essayer de reprendre contact avec Maître Corbeau pour savoir s'il était à l'origine de mes déboires. Impossible à joindre, donc très certainement mort ! J'étais effondré. Imaginez que je n'avais aucun moyen de savoir ce qui allait m'arriver. Je ne pouvais qu'attendre et subir.
Je passai donc la fin de l'après-midi, toute la nuit ainsi qu'une bonne partie de la matinée à dormir. Ma tête fut enfin libérée des douleurs qui la tiraillaient, ce fut la première chose que je me dis en me levant le lendemain matin. À peine je posais un pied par terre que la porte d'entrée sonna. Mon frère était parti travailler, j'étais tout seul dans la maison. Que faire ?
— Qui est-ce ?
— Ouvrez !
— Je vous ai demandé votre identité.
— Maître Corbeau…
— Vous mentez, ne me prenez pas pour…
— Ouvrez, votre vie est en danger !
De toute façon, si c'étaient mes ennemis qui se trouvaient derrière cette porte, je pense qu'ils n'auraient pas de problèmes pour s'introduire de force dans cette maison. Je m'exécutai donc.
L'homme qui prétendait être Maître Corbeau
L'homme qui me faisait face était petit, trapu. C'était presque marrant, étant donné que je m'attendais à me trouver en face d'un grand homme maigre avec un air sévère. Celui-ci pourrait tout aussi bien être un clown.
Il entra rapidement et alla directement s'installer dans le fauteuil du salon. Son explication fut très brève : il avait pensé pouvoir obtenir de l'argent du FBI. ILS avaient fait semblant de coopérer, mais en fait, ILS le manipulaient depuis le début. Des hommes avaient forcé la porte de son appartement et avaient attendu son retour. Le deal était simple : soit il livrait son informateur, soit il perdait la vie. Son choix était évident, il me pria de bien vouloir le comprendre et l'excuser. Mais ILS n'avaient pas tenu leur parole et avaient voulu le tuer. Heureusement, il avait réussi à s'enfuir.
Il ne me donna pas de détail sur sa fuite et resta très évasif quand je lui demandais à quoi ILS ressemblaient. Je fus à plusieurs reprises tenté de paniquer, mais à chaque fois, l'homme me raisonna et me calma. Il parlait vite, mais de façon très hachée, comme s'il était constamment essoufflé. Son attitude était bizarre, je veux dire par là qu'il semblait très décontracté et sûr de lui pour quelqu'un qui vient d'échapper à la mort.
Je commençais à me demander s'il était vraiment celui qu'il prétendait être. Comme un imbécile, à aucun moment je ne lui avais demandé de me prouver son identité. Mais j'étais dans un tel état que je ne pus me résoudre à le faire.
Il me proposa de partir avec lui, faire un tour en ville, chez un homme qu'il connaissait et qui pourrait nous aider. Lorsque j'acceptai, son visage s'éclaira d'une façon très furtive avant de retrouver son expression habituelle. J'avais réellement de sérieux doutes quant à son identité.
La course-poursuite
Je compris qu'il fallait à tout prix fausser compagnie à cet homme dès que l'occasion se présenterait, lorsqu'une question m'apparut et me secoua : comment avait-il retrouvé ma trace ? Il était censé ne rien savoir sur moi, juste mon pseudonyme (Hackman). Il n'aurait pas pu être capable de me retrouver chez moi, alors chez mon frère… ?!
Je feignis de ne me douter de rien, laissai un mot sur la table de la salle à manger en disant que j'étais parti faire des courses, et le suivis dehors.
Brusquement, je pris la fuite. Je courus le plus vite possible en direction du centre-ville. On était un dimanche et il serait aisé de me fondre dans la foule ! L'homme resta un moment interdit, puis sans un mot se lança à ma poursuite, arme au poing.
Ça y est, j'en avais à présent la certitude : il était des LEURS. Quel idiot j'avais été d'imaginer que les personnes qui me recherchaient ressemblaient aux « hommes en noir » des films. Mais ce n'était pas le moment de me maudire, tout ce que j'avais à faire, c'était sprinter en évitant les gens.
En tournant au coin de la rue, je voulus prendre le virage trop vite, trop serré, et fus projeté sur l'extérieur du trottoir. En me relevant, je le vis qui s'approchait dangereusement, un rictus de tueur sur le visage. On aurait dit un boucher enragé. S'il m'attrapait, ça allait être ma fête ! Ce dimanche ne serait plus le jour du Seigneur, mais celui du sang ! Le bougre avait beau être gros, pour autant, il ne languissait pas.
Au lycée, j'avais fait de l'athlétisme. Mon prof avait fondé de grands espoirs en moi, mais à l'époque, j'étais déjà plus intéressé par l'informatique que par les pistes de quatre cents mètres.
De plus belle, je repartis et, de nouveau, ne pus éviter de m'affaler lourdement sur l'asphalte. Ma pensée à ce moment-là fut que si je me sortais vivant de cette histoire, je me plaindrais au maire que les poubelles sont un peu trop souvent placées n'importe comment au milieu des trottoirs.
C'était maintenant une panique étouffante qui me serrait la gorge. Le temps de me retourner et je vis soudain le Soleil disparaître et une ombre s'abattre sur moi. Il était monstrueusement lourd !
— Menteur ! hurlai-je.
— Au niveau de la correction, vous n'avez pas grand-chose à me dire. Moi, je ne vole pas des informations qui ne m'appartiennent pas !
Un point pour lui !
Une dizaine de personnes s'étaient arrêtées pour nous regarder. Moi qui croyais que ce genre de service agissait toujours dans la discrétion la plus totale. Encore une fois, j'avais faux sur toute la ligne.
— Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
— Vous allez me suivre bien gentiment, et on va retourner chez votre frère.
— OK.
Il paraissait surpris de ma coopération. Il s'ôta de moi, me tint en joue et me fit signe de me lever. Nous marchâmes en direction de la maison. Ma mère m'a toujours dit qu'en cas de problème, rien ne valait un bon gros coup de poing dans le nez.
J'eus du mal à croire qu'on avait parcouru autant de distance en courant et, très rapidement, il baissa son attention. Je mis donc en pratique le conseil de ma mère qui se révéla particulièrement efficace ! C'était horrible ! Je sentis son nez craquer sous mon poing. C'était comme si son visage avait éclaté. Le sang gicla avec une puissance inouïe.
Je ne devais pas laisser place à des sentiments tels que le dégoût ou la pitié. Je pris donc la fuite pour la seconde fois. Cette fois-ci serait la bonne. Je courus en direction de la maison. L'homme était resté à terre. On peut dire que je n'avais pas fait dans la dentelle !
La trahison finale
La porte était ouverte. Mon frère m'attendait à l'intérieur.
— Il faut fuir Frank. Loin. Très loin !
— On m'a proposé beaucoup d'argent, désolé frérot.
Et il braqua un fusil sur moi. Il répéta :
— Désolé.
Je n'ai pas eu de jugement. À présent, je suis en train de moisir dans le couloir de la mort d'une prison américaine. Devinez qui se trouve dans la cellule voisine…